ADMINISTRATION
80 hommes du train des équipages;
SO ouvriers d'administration ;
20 infirmiers.
Ces troupes, travaillées par les démocrates, ne s'étaient pas laissé séduire par leurs superbes doctrines, et la corruption républicaine en fut pour ses frais. Il faut dire que la voix pa« temelle du général en chef de l'armée des Alpes la mettait en garde contre ces manœuvres. Le général Oudinot avait donné sa démission de représentant du peuple pour remplir dans toute sa grandeur le rôle qu'il s'était imposé.
Ancien soldat de l'Empire, le général Oudinot avait gagné ses grades à la pointe de son épée. Âpres avoir dirigé avec un talent incontestable la célèbre école de cavalerie de Saumur, il avait été faire la guerre d'Afrique, cette guerre de dévoue* ment etde&tigue. Là, il était devenu lientenant-général.
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Ce n'était pfts deulement on soldat intrépide, c'était un administrateur éclairé^ et il avait ces qualités de finesse et de fidélité aux principes qui font les grands diplomates. Si le commencement do la guerre de Rome fut conduit d'une ma* nière qui parait imprévoyante, comme nous le dirons, parce que c'est la vérité, cela ne peut être attribué à rincapacitc du général Oudinot» mais à sa négligence, due aux faux rapports qu'on lui avait faits sur les dispositions de la population et de la garnison romaines.
L'expédition était résolue. Le général Oudinot, nommé général en chef de l'armée, composée de neuf mille hommes, rejoignit à Marseille la division commandée par le général Regnault de Saint-Jean-d'Angély, et lui adressa cet ordre du jour : .
a Soldats !
< Le Président de la République vient de me confier le commandement en chef du corps expéditionnaire de la Méditerranée.
« Cet honneur impose de grands devoirs ; votre patriotisme m'aidera à les remplir.
« Le gouvernement, résolu à maintenir partout notre ancienne et légitime influence, n'a pas voulu que les destinées du peu|de italien pussent être à la merci d'une puissance étrangère ou d'un parti en minoriîé. Il nous confie le drapeau de kl France, pour le planter sur le territoire romain comme un éclatant témoignage de nos sympathies.
« Soldats de terre et de mer^ enfants de la même famille, Vous mettrez en commun votre dévouement et vos efforts : wtte confraternité vous fera supporter avec joie les dangers, les privations et les fatigues.
« Sur le sol où vous ailes descendre, vous rencontrerez à chaque pas des monuments et des souvenirs qui stimulerottt
(lyisiamiiieiit vos inMiods de gloire. L'bontieur militaire co\Xh mande la discipline autant que la bravoure, ne l'oubliez ja-mais* Vos pères ont eu le rare privilège de faire jchérir le nom français partout où ils ont combattu. Comme eux, vous res* pecterez les propriétés et les mœurs des populations amies. Dans sa sollicitude pour elles, le gouvernement a prescrit que toutes les dépenses de Tarmée leur fussent immédiatement payées en argent. Vous prendrez en toute occasion, potir rè-* gle de conduite, ce principe de haute moralité.
c Par vos armes, par vos exemples, vous ferez respecter là dignité des peuples ; elle ne souffre pas moins de la licence que du despotisme.
a L'Italie vous devra ainsi ce que la France a su conquérir par elle-même : Tordre dans la liberté. »
En faisant une réserve pour cette dernière phrase, car la révolution avait compromis Tordre et étouffé la liberté en France, cette proclamation est magnifique.
I/armée expéditionnaire y demeura fidèle. Admirable de valeur dans le combat, elle se montra honnête, chrétienne, morale envers les ppula tiens qu'elle était appelée à délivrer» Chaque soldat fit son devoir avec intelligence et dévouement* Tous se montrèrent remplis de courase^ d'abnégation, de res^ pect pour la discipline^ d'enthousiasme pour la sainte cause pour laquelle ils combattaient.
L'expédition se composait de six frégates à vapeur, sous les ordres du contre-amiral Tréhouart: U Panama, rOrénoque, l'Albatros, le Labrador^ le Chmlophe-Colamb^ le Sani, et de deux bateaux à vapeur de guerre : U Ténare et le Tonnerre.
L'armé mit à la voile le 22 à dix heures du matin.
Les révolutionnaires républicains et libéraux» qui ont dit que ces soldats ne savaient pour qui ils allaient combattre, en ont imposé. Us savaient parfaitement qu'ils aHaieot délivrer Rome du joug de ces républicains qu'ils avaient eu à combattrti à
Paris, à Lyon et ailleurs^ qui les avaient humiliés» diffiimés, éloignés, et qui, ne pouvant les désarmer ni les vaincre, cherchaient à les corrompre par leurs prédications. Ils savaient parfaitement qu'ils allaient restaurer le chef de cette religion qu'ils honoraient, et ils en étaient heureux et fiers.
Les révolutionnaires ont dit encore que le gouvernement français, lui-même, ignorait ce que nos troupes allaient faire en Italie, quoique ce fût son métier de le savoir. Ceci a été dit sérieusement. D'autres ont dit que l'expédition française n'avait d'autre but que de prévenir une intervention autrichienne et napolitaine, et de laisser le peuple romain libre de choisir le gouvernement qui lui conviendrait. D'imprudentes déclarations faites dans ce sens ont pu donner un moment un certain caractère de vraisemblance à ces suppositions ; mais les faits ultérieure n*ont plus permis aucun doute à cet égard. La mauvaise foi des partis révolutionnaires ne s'inclinera pas devant cette évidence, mais elle ne pourra non plus dénaturer les événements et calomnier de £dë1es et dévoués sujets du Saint- Père.
Le siège de Rome était pour la France catholique et monarchique plutôt encore une question intérieure que de politique étrangère. C'était la République en France autant que la République romaine qui était en jeu dans cette affaire.
Rome était le dernier asile do Vidée républicaine, ctoulTce, conspuée en Europe par la réaction religieuse et conservatrice, exécrée en France, où on n'avait plus déjà fa République que de nom. Rome était donc le dernier champ de bataille de la révolution européenne de 1848 ; et c'est là qu'elle devait ro. cevoîr le dernier coup. Européenne, en effet, et non romaine, était cette révolution, car la garnison qui se défendait à Romr, et avec elle Vidée républicaine, était composée des débris de tous les corps révolutionnaires du continent. Elle comprenp/it des Français, des Polonais, des Allemands, des Suisses, des Anglais, des Italiens de toutes les parties de l'Italie , — toute
cette nationalité commune, toute cette franc-maçonnerie niveleuse et assassine qui s'appelait la République. Aussi cette expédition souleva t-elle dans TÂssemblée française d'ardentes discussions. C'est ainsi que toutes les vicissitudes du siège ré* agissaient sur la situation intérieure de la France. Le parti de l'ordre et le parti républicain devaient acquérir une force nouvelle de la défaite ou du triomphe. Les membres de cette dernière faction formaient publiquement les vœux les moins patriotiques contre les armes de la France ; ils répandaient le bruit que le gouvernement et les troupes expéditionnaires ne savaient pas exactement ce qu'ils allaient faire en Italie, et ne se souciaient nullement de restaurer la papauté.
C'était une calomnie. Les soldats français savaient très-bien que les ennemis qu'ils allaient combattre étaient les mêmes anarchistes qu'ils avaient vaincus dans la guerre civile fomentée par le socialisme.
Quoi qu'en puissent dire les publicistes de la libre pensée^ de la science moderne, du libéralisme bourgeois et de la démocratie prolétaire, les enfants de la France qui firent l'expédition de Rome, c'étaient les soldats du catholicisme outragé, les vengeurs de l'Italie perdue et deshonorée par les républicains, les vengeurs de ses gloires foulées, de ses richesses pillées, de ses femmes et de ses filles flétries, de ses prêtres égorgéi.
Dompter les méchants, c'est être charitable envers les bons qu'ils oppriment.
— € Que Dieu se lève, a dit le Psalmiste, et ses ennemis seront dispersés. Et ceux qui le haïssent s'enfuiront devant lui. — Tu les chasseras comme la fumée est chassée par le vent, comme la cire fond dans le feu. Ainsi les méchants périront devant Dieu. >
Pour Dieu, s'était levée la France religieuse, et avec elle l'Europe catholique tout entière.