IV INTRODUCTION
Il y avait à peine quatre ans que le saint évêque de Milan était mort, lorsque Rufin d'Aquilée attestait en ces termes l'impression laissée par l'athlète de Dieu chez ses contemporains. Eloignés de ce temps, nous sommes loin aussi de ces enthousiasmes ; et si Ambroise demeure encore un grand nom dans l'Église, on compterait facilement les esprits, même religieux , qui ont l'intelligence entière de son œuvre et la possession historique de sa vie. Cependant cette œuvre d'instruction, d'édification et de civilisation ne nous intéresse-t-elle en rien? Cette vie si noble, ce caractère si haut dans un âge de décadence ne nous toucheront-ils point? Et l'exemple de celui qui fut le père, l'oracle et le consolateur d'un siècle malheureux ne saurait-il devenir une lumière pour le nôtre?
Nous avons espéré qu'il en serait autrement, et c'est à raconter ce que fut ce grand homme , que ce livre est consacré. D'ailleurs un premier regard jeté sur cette époque suffira pour nous faire voir et la grandeur de l'ouvrage et celle de l'ouvrier qui en porte l'honneur devant l'histoire , comme il en a reçu le prix des mains de Dieu.
Ambroise fut donné au quatrième siècle pour l'achèvement de la ruine du paganisme et l'établissement du règne public de Jésus-Christ. D'autres Pères sont plus que lui théologiens, orateurs, apologistes de la foi ; Ambroise est surtout évêque , c'est l'homme de l'Église; et tout ce qu'il tenait de la nature , de la
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race, de la grâce et de l'étude, il le mit au service de l'émancipation , de l'organisation, de l'exaltation de l'Eglise de Jésus-Christ, — D'abord affranchi]' l'Église , la soustraire à la tutelle tracassière ou oppressive des premiers césars chrétiens; revendiquer sa liberté : liberté d'élection et de consécration pour le sacerdoce , liberté de vocation et de profession pour l'institut religieux , liberté de succession pour le saint-siége romain , livré dès lors à la calomnie et à des violences cupides; — puis, organiser le régime intérieur de l'Eglise , donner à la doctrine une puissante unité , donner au culte sa forme , à la prière publique ses règles et ses harmonies, au sacerdoce son code , à la discipline ses règles ; — enfin introniser l'Église dans la société, lui conquérir sa part légitime d'action dans la protection des peuples; infuser son esprit dans la législation , mettre son influence dans les affaires publiques, et au besoin opposer aux excès du césarisme le frein d'une loi de justice ou d'expiation : enfin , par ce moyen , transformer l'empire païen en monarchie catholique , en faisant du césar le ministre de Dieu et le soldat du Christ , avec la croix pour sceptre et l'Évangile pour code ; telle fut la mission d'Ambroise, telle est l'unité de son œuvre et ce qui la marque dans l'histoire d'un caractère qui lui est propre.
Il est vrai que tout semblait l'y avoir préparé : sa naissance, son nom, son autorité, la haute magistrature qu'il avait exercée, son esprit, à la fois si romain
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et si chrétien ; son habitude des affaires , son expérience des cours , sa connaissance de son temps ; de sorte qu'il paraissait l'homme providentiel pour une tâche que nul autre avant lui n'avait été en situation de remplir comme lui.
On verra avec quelle courageuse persévérance cette entreprise fut poursuivie à travers les révolutions et les persécutions de la deuxième moitié du ive siècle. De Valentinien Ier à Théodose le Grand, elle se continue sans relâche , pendant les règnes éphémères et par-dessus les tombeaux des deux frères Gratien et Valentinien II, « mes deux enfants, » ainsi que les nommait Ambroise.
Un moment on put croire qu'elle était accomplie ; et ce fut un jour de solennelle espérance que celui où , par cet homme , la république romaine et la république chrétienne joignirent leurs mains dans celles de Théodose, empereur d'Orient et d'Occident. La -loi Cunctos populos, portée le 28 février de l'année 1380, en donna le signal, en déclarant enfin la religion chrétienne non plus seulement libre, mais régnante dans l'État et seule reconnue par lui. Dans ce temps-là, de toutes parts les temples s'écroulaient, les idoles tombaient. Sur leurs décombres, les basiliques envoyaient vers le ciel les hymnes d'action de grâces et les aspirations d'un monde altéré de vie. Le culte de la Victoire , dernière idole de l'ancienne Rome guerrière , n'avait plus d'autres autels que les champs glorieux où l'on combattait pour Dieu , et où