V11I INTRODUCTION
ne virent le beau jour que promettait cette aurore. C'est le malheur des Etats où tout dépend d'un seul , que ce maître absolu venant à disparaître , tout s'écroule avec lui. Ce jour-là, pour la première fois, la société avait semblé sur le point de toucher à cet idéal catholique, vers lequel son devoir est de tendre sans cesse , où devaient la faire remonter plus tard pour quelque temps Charlemagne et saint Louis, mais où ne put la fixer aucun de ces grands princes. Le règne complet du Christ ne sera donc jamais de ce monde ? La liberté humaine aura donc éternellement la puissance d'y mettre obstacle? Je ne sais; mais Ambroise put bientôt se convaincre que, sous cette société régénérée par la foi, il y en avait une autre obstinément rebelle à l'esprit de l'Evangile. Dans l'ordre politique , le pouvoir continua à se faire adorer; et la sacrilège tradition des cours prosterna les sujets des divins empereurs au seuil du sacré palais de leur éternité. Dans l'ordre social, l'enfant demeura longtemps encore sous l'autorité brutale et discrétionnaire du père, la femme sous le joug capricieux de l'époux; l'esclavage resta la base même de la société; la guerre ne perdit rien de ses cruautés, ni l'amphithéâtre de ses sanglantes voluptés. Or, un tel ordre de choses était-il conciliable avec la religion de pureté, de justice et d'amour? L'empire ne demeurait-il pas ce mélange réprouvé d'oppression et de perversion, cette statue ;de fer et de boue que le prophète avait vue , et que devait briser une Pierre
IMTKODUCTION IX
mystérieuse , pour devenir elle-même une grande montagne et couvrir tout le globe?
L'effet de cette réprobation ne se fit pas attendre. Tandis qu'au dehors l'invasion barbare , un moment arrêtée par le bras de Théodose , couvrait de ruines les Etats de ses faibles successeurs, le flot impur du paganisme, refoulé par Ambroise, reparut derrière lui. Les derniers jours de l'évèque se passèrent à pleurer sur un débordement dont il n'était plus maître. La société politique et la société religieuse s'en allèrent de plus en plus aux extrémités opposées; aux derniers jours de Rome, le divorce fut complet. Alaric était aux portes; le bélier battait les murailles , et le préfet urbain , nommé Pompeianus . appelait au secours de la ville les flamines étrusques qui devaient Lout sauver en rétablissant le culte des aïeux. Gela se passait en 408, et il n'y avait pas dix ans qu'Ambroise n'était plus! C'était donc vainement qu'il avait combattu; c'était donc vainement que l'Eglise, comme une mère, avait étendu ses ailes sur la cité terrestre, pour la ranimer et la couvrir : l'ingrate avait méconnu le jour de la visite et méprisé les larmes de son rédempteur. Bientôt l'écroulement de l'empire apprit au monde ce qu'il en coûte de mépriser Dieu; et puisse l'exemple illustre de Jérusalem et de Rome en être le dernier exemple !
Toutefois, ce serait se tromper que de croire que le travail d'Ambroise périt avec l'empire. Lui-même put le redouter, car l'avenir de son œuvre fut voilé