‹ Histoire de Saint AmbroiseChapitre 42 sur 137 · AMBROISE ET BASILE LE GRAND · texte numérisé non relu

AMBROISE ET BASILE LE GRAND

cée ; et dans la même lettre où il lui annonçait son ordination , Ambroise priait Basile de lui envoyer les restes du saint évêque Denys, son prédécesseur, mort, depuis peu de temps , dans une petite ville du ressort de l'Église de Césarée '. Basile comprit tout de suite la portée de cette demande : « Votre sollicitude, ajoutait-il aux lignes que nous avons citées , et votre désir de rendre ces honneurs sacrés au saint évêque Denys , sont le témoignage de votre amour pour Dieu, de votre vénération pour votre prédécesseur, et de votre ardeur pour la défense de la foi. Car l'amour qu'on témoigne aux serviteurs de Dieu remonte à leur Maître , qui est aussi le nôtre ; et celui qui honore les soldats de la foi, les martyrs de la foi, fait assez voir quel zèle l'anime lui-même pour elle 2. »

Avec sa lettre Ambroise avait envoyé de Milan une députation de prêtres chargés par lui de ramener la dépouille de Denys. Basile leur adjoignit un prêtre de son Église nommé Thérasius, et ensemble ils se rendirent au bourg de Botoium, sur les frontières extrêmes de l'Arménie et de la Cappadoce, où le confesseur de la foi avait fini ses jours. Les fidèles de ce lieu entouraient sa sépulture d'une vénération telle, qu'on eut de la peine à leur arracher le trésor de ses restes. Le rapport que Basile adressa à Ambroise sur celte translation est un des monuments les plus respectables du culte rendu dès lors aux reliques des saints. C'est également un témoignage des garanties d'authenticité dont les environnait l'Église dès le ive siècle.

« Nous faisons connaître à votre charité dans le Christ, disait Basile, que les frères choisis par votre piété pour

1 Baronius place, en 371 , la mort de Denys de Milan. Les Acta Sanctorum et VItalia sacra de Ughelli la placent aussi en 371 ou 374. Nous avons préféré la première de ces dates.

2 S. Basil. Epist. cxcvn, p. 289.

AMBHOISE ET BASILE U<: (JKAINI) il

ce ministère ont tout d'abord gagné l'affection de noire clergé par leur douceur, leur gravité et leur modestie. Puis ils n'ont épargné ni diligence ni peine, affrontant les rigueurs d'un voyage en hiver, ne se rebutant de rien jusqu'à ce qu'ils eussent amené les dépositaires du corps de votre bienheureux père à leur céder cette bénédiction de leur vie. Or sachez que nulle puissance, nulle autorité humaine n'eût été capable de contraindre ces hommes à ce grand sacrifice , si la constance des frères n'eût triomphé d'eux par la persuasion.

« Mais ce qui a le mieux servi au succès de l'affaire a été l'assistance du prêtre Thérasius , notre pieux et cher fils, qui est allé fléchir les fidèles de ce lieu. En présence des prêtres , des diacres et d'une multitude de chrétiens craignant Dieu , il a retiré les saintes reliques de leur tombeau, et il en a fait la remise à vos frères. Recevez-les avec une allégresse égale à la tristesse de ceux qui en avaient la garde. D'ailleurs ici nul doute , nulle contestation : c'est bien l'athlète de la foi qui revient parmi vous '. Le Seigneur a reconnu les ossements de celui qui a combattu pour lui , et il les couronnera au jour de la récompense , ainsi qu'il l'a promis. Le cercueil contenant ses restes était seul , et aucun autre corps n'avait été mis dedans. Son tombeau est connu, distingué, honoré comme celui d'un martyr. Les mêmes chrétiens qui lui avaient donné l'hospitalité et rendu de leurs mains les derniers devoirs , l'ont aussi de leurs mains retiré du sépulcre en l'arrosant de larmes; car ils croyaient perdre en lui un protecteur et un père. Ce sont des hommes religieux qui ont remis ce dépôt; ce sont des hommes dignes de confiance qui l'ont reçu. Il n'y a donc là ni fraude, ni mensonge, ni errreur. Nous le certifions à l'en-

1 My]8e!; ôiaxpiveaÔo), jJ.r)oeîi; àfjLcptëaXXéxto ' outôç èartv Èxeïvo; ô dwiTr,To; àôXTQT^i;. (Epist. cxcvii, n. 2.)

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