RETOUR DE SATYRE
retour, ne pouviez-vous obtenir celle d'une plus longue vie ' ! »
Il fut guéri en effet , ou du moins il parut l'être. Ayant conclu heureusement l'affaire qui l'avait conduit dans cette contrée, Satyre reprit la mer, qui, plus clémente cette fois, le porta à Ostie ; et peu de temps après nous le trouvons à Rome, où le vieux Symmaque le reçut et le traita comme un fils 2.
Cet ami entreprit de le dissuader de retourner immédiatement à Milan. Les raisons ne manquaient pas. Le nord de l'Italie était alors en feu ; les Goths infestaient encore la Mcesie, la Pannonie, l'Illyrie, poussant leurs courses jusqu'aux portes de l'Emilie. Ils enlevaient les habitants , pillaient les voyageurs , déshonoraient les femmes. Les routes étaient peu sûres, les passages impraticables. Impuissants à se défendre, les paysans abattaient les forêts , qu'ils précipitaient dans les défilés des Alpes pour les fermer à l'ennemi3. Symmaque représentait ces obstacles à Satyre : « Partir maintenant, disait-il, c'est chercher le danger , c'est se jeter au-devant des armes. — Je le sais, répondait Satyre, et c'est pourquoi je m'en retourne; car je ne puis concevoir que mon frère coure un péril, sans que je sois près de lui, pour le conjurer ou le partager 4. »
i De Excessu Salyri, n. 17.
2 C'est du moins la conjecture des édit. bénédict. (De Excessu Salyri, n. 32, note.) Si on prétend, au contraire, que Satyre trouva Symmaque en Afrique, il faut reculer ce voyage jusque dans l'année 374, en laquelle Symmaque y exerçait le proconsulat. Mais alors le nom de père ou de patron de Satyre. s'appliquerait mal à ce jeune proconsul, moins âgé que son client.
3 Ambr. , ibid. , n. 31.
4 Qui cum a viro nobili revocaretur, Symmacho tuo parente, quod ardere bello Italia diceretur..., respondisti hanc ipsam tibi causam esse veniendi, ne nostro déesses periculo, et consortem te fratrem discriminis exhiberes. (Ibid. , n. 32.)
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C'était un autre genre de péril qu'Ambroise avait couru. D'abord la nouvelle de la maladie de son frère arrivée jusqu'à lui lui avait déjà porté un premier coup. « De quel frisson mon âme ne fut- elle pas saisie par la crainte de te perdre, lui disait-il plus tard, et quel abattement s'empara de mon cœur quand je te sus malade ' ! » Puis il fut pris lui-même, et dans ce même temps, d'un mal qui lui fit perdre un moment l'espérance de revoir Satyre en ce monde. En vain Marcelline l'entourait de dévouement : il demandait son frère. « Dans ce déclin de ma vie, lui dit-il, mon seul regret était de ne pas te voir près de mon lit de souffrance, à côté de ma sœur, pour me rendre les derniers devoirs , et me fermer les yeux quand je ne serais plus 2. »
lisse revirent enfin. Ils se redirent leurs craintes, leurs souffrances , leur joie de se retrouver : ce fut une renaissance. On fit des projets d'avenir. On allait ériger une nouvelle basilique, probablement la basilique des Saints- Apôtres : Ambroise était heureux d'en communiquer les plans à son frère. Celui-ci lui reprochait de ne s'être pas mis à l'œuvre , sans attendre son retour. « Que ton âme m'en soit témoin, répondait l'évêque, dans ces sortes d'entreprises je ne voudrais rien faire qui ne fût de ton goût 3. » On reprit donc la première vie , rendue encore plus sainte par le baptême de Satyre, et Ambroise s'abandonna à l'espérance joyeuse « qu'une fois son frère revenu d'Afrique, délivré de la mer, et sauvé du naufrage, rien ne pourrait désormais les séparer l'un de l'autre 4. »
Mais « il y a d'autres naufrages, auxquels on n'échappe
1 De Excessu Satxjri , n. 1G.
2 Ibid.,n. 36.
3 Ibid., n. 20.