NAUFRAGE ET BAPTÊME UK SATYRE
Ce schisme malheureux désolait précisément le diocèse où le naufrage avait jeté Satyre ; l'ardent catéchumène se mit en route aussitôt pour trouver un autre évoque. 11 en rencontra un, et le naufragé lui demanda avant tout « s'il était dans la communion des évêques catholiques, c'est-à-dire dans l'unité de l'Église romaine ' ». Cette parole d'Ambroise est pleine de lumière sur la question centrale du catholicisme.
L'évêque ayant assuré Satyre de sa fidèle soumission au saint-siége , celui-ci reçut de ses mains la grâce du baptême, et son frère se porte garant qu'il ne la perdit jamais. « Il a gardé sans souillure les dons du sacré baptême, pur de corps, pur de cœur, innocent comme une vierge, simple comme un enfant, ayant horreur d'un mot comme d'une action honteuse , aussi chaste dans ses paroles qu'il l'était dans ses mœurs2. »
Mais pendant que l'âme renaissait, le corps était brisé. Le naufrage avait ruiné la santé de Satyre ; et à peine fut-il sur le sol de l'Afrique , qu'une maladie terrible le conduisit en peu de jours aux portes du tombeau. Mourir presque au sortir des eaux sacrées du baptême, c'était le vœu de sa foi ; mais mourir loin de son frère et de sa sainte sœur lui semblait un sacrifice plus dur que celui de la vie. Il demandait à Dieu de revoir l'Italie; il implorait la céleste assistance de saint Laurent, le martyr que Rome lui avait appris à vénérer. Il désirait du moins vivre encore assez de temps pour retrouver Ambroise et lui faire ses adieux. « Ah ! que n'r-t-il demandé davantage! s'écriait l'évêque. 0 frère, qui obteniez la grâce de votre
1 Advocavit ad se episcopum, percontatusque est ex eo utrumnam cum episcopis catholicis, hoc est, cum Romana Ecclesia conveniret. [De Excessu Satyri, n. '47.)
2 Dei gratiam et accepit desideratam et servavit acceptam. Intemerata sacri baptismi dona servavit, mundus corpore, purior
corde, etc. (Ibid.. n. 48 et 52.)