CHAPITRE IV
MASSACRE DE THESSALONIQUE PÉNITENCE DE TIlÉODOSE ET CONDUITE I)1 AMBROISE
Le caractère de Théodose à peine corrigé par Ambroise. — Révolle de Thessalonique. — L'intercession d'Ambroise est écartée. — Massacre de Thessalonique. — Soulèvement de l'opinion dans le peuple et l'Eglise. — Avertissement céleste reçu par Ambroise. — Son admirable lettre à Théodose. — L'excommunication est dénoncée. — Ambroise arrête l'empereur sur le seuil de l'église.
Combats intérieurs du prince. — Prédication publique del'évèque, et ses allusions. — Tristesse de Théodose à la veille de Noël. — Voirie médiation de Rufm auprès d'Ambroise. — Théodose vient recevoir la pénitence. — Il porte une loi de clémence.
Redoublement de piété chez Théodose. — Ses lois protectrices de la foi et de la morale chrétiennes. — Ambroise s'entremet pour finir le schisme d'Antioche. — Concile de Capoue. — L'exemple d'Ambroise.
Ambroise avait laissé Théoclose vainqueur, et lui avait appris à user de la victoire modérément et chrétiennement, au profit de la charité et de la religion. Empereur d'Orient, protecteur du jeune empereur d'Occident, et en réalité seul maître du monde romain, Théoclose souhaitait de voir son vaste empire uni dans la même foi, comme il était alors rangé sous le même sceptre. Les grandes métropoles du polythéisme ou de la philosophie se rendaient à Jésus-Christ. Après Rome, Alexandrie renversait ses idoles,
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et le fameux sanctuaire du Sérapéon s'écroulait en livrant le secret de ses mystères ridicules ou infâmes.
La brillante Antioche avait d'abord moins bien mérité de l'empereur, et une sédition sanglante avait mis la cité à deux doigts de sa ruine. Mais son repentir public, l'intervention suppliante du vieil évêque Flavien, avaient fléchi en sa faveur la clémence de l'empereur.
Dans cette clémence de Théodose, on se plaisait à voir la victoire de l'Évangile sur une nature altière et un caractère emporté. Son premier mouvement d'irritation passé , il retrouvait dans sa foi l'apaisement de sa colère et le regret de ses violences. C'est lui qui, pardonnant à des ennemis vaincus , avait prononcé cette généreuse parole : « Que n'ai-je aussi le pouvoir de ressusciter les morts ! » Mais dès que l'homme exerce un pouvoir absolu , et n'a contre les écarts de son intelligence ou de sa volonté aucune barrière politique, il est bien difficile qu'il ne tombe pas un jour ou l'autre dans quelque acte de démence. Un effrayant exemple allait montrer au monde ce que peut devenir, môme entre des mains honnêtes, une puissance sans frein.
La ville de Thessalonique était une des plus considérables de l'Europe orientale. Elle n'était pas seulement la métropole de la Macédoine; elle commandait encore à plusieurs grandes provinces de la préfecture d'Illyrie. Celui qui l'administrait alors était un homme de courage et de vertu , nommé Botheric. Dans le courant de l'année 390, Botheric, ami de Théodose, avait, pour célébrer la victoire de l'empereur sur le tyran Maxime, donné des fêtes magnifiques 'dans lesquelles le peuple s'était épris ridiculement pour un cocher du cirque qui excellait dans son art. C'était un misérable que ses mœurs infâmes firent bientôt incarcérer par le gouverneur. On pouvait impunément tout ravir à ce peuple frivole , excepté les instruments de ses plaisirs : l'emprisonnement du cocher fut le
sujet d'une sédition. La foule demanda l'élargissement de son favori ; on se rua à main armée sur le palais de I3otheric, que l'on blessa à mort ; plusieurs autres magistrats furent assaillis de pierres, meurtris, assommés, traînés par les rues de la ville, où l'on vil se produire ces scènes de fureur sauvage dont on est condamné à voir, de siècle en siècle, se renouveler le spectacle, à la honte de l'humanité.
Théodose était à Milan quand cette nouvelle le surprit et le frappa au cœur. Il aimait Thessalonique; c'était là qu'il avait établi son quartier général dans la guerre contre les Goths, et le nom de cette ville se mêlait à celui de ses premières victoires. C'était là, surtout, qu'il avait reçu le baptême des mains du saint évêque Aschole ; de sorte que cette ville était devenue pour lui une seconde patrie. Ces souvenirs outragés, ces bienfaits méconnus, ces violences insensées, l'énormité de l'injure et la violation de la majesté romaine mortellement atteinte dans son représentant, appelaient une justice que malheureusement le despotisme impérial pouvait faire dégénérer en une vengeance arbitraire et sanglante.
Ambroise le redoutait. S'étant rendu au palais dans ces circonstances, il avait été saisi d'épouvante en voyant l'exaspération mal contenue de Théodose. L'explosion de ce ressentiment lui paraissait imminente ; il l'avait conjuré de ne pas obéir à ce premier courroux, afin de ne point confondre dans un même châtiment innocents et coupables. L'empereur par déférence promit d'être indulgent ', mais en réservant toujours le droit de la justice , dont l'équitable Ambroise espérait seulement modérer les rigueurs, sans prétendre aucunement en arrêter le cours.
Malheureusement Théodose écoutait d'autres conseils.
i Promiserat enim î 11 i imperator se veniam daturum civibus supradictœ civitatis. (Paulin, in Vila Ambros., n. 24, p. 7 )
Le plus puissant personnage de la cour était alors le maître des offices, Rufin, dont la vie devait offrir un si dramatique exemple des vicissitudes extrêmes de la fortune. Il fit entendre au prince qu'après tant de révoltes trop facilement pardonnées, il fallait un châtiment qui raffermît le pouvoir et assurât le bon ordre à quelque prix que ce fût; le crime de Thessalonique ressortissant uniquement de la juridiction civile, l'Église et le clergé n'avaient rien à y voir; l'on ne pouvait donc se mettre trop en garde contre Ambroise, plus empressé d'accroître sa popularité que le prestige d'un pouvoir compromis par une clémence voisine de la faiblesse. Ces raisons trouvèrent Théodose d'autant plus docile qu'on l'avait entendu plusieurs fois se plaindre des indiscrétions qui livraient les secrets du Consistoire à l'évoque, et le mettaient à même de contrôler ses actes, avant qu'ils devinssent publics '. Il fut décidé que cette fois on ne laisserait rien percer des mesures concertées contre Thessalonique. On fit plus : afin de se soustraire à la médiation d'un solliciteur aussi persuasif que bien informé, l'empereur prit le parti de sortir de Milan pour n'y reparaître qu'après l'entière exécution de ses mystérieux conseils.
Ambroise était tranquille. Pleinement rassuré par la parole de Théodose, il avait réuni autour de lui plusieurs des évêques de la Gaule. L'objet de ce synode était la déposition des évêques convaincus d'avoir trempé dans le meurtre des malheureux priscillianistes, ou, comme d'autres prétendent, la condamnation du moine hérétique Jovinien*, dont nous parlerons plus tard. Ce fut au sein de ces pacifiques travaux que l'effroyable nouvelle du massacre de Thessalonique vint surprendre Ambroise et le consterner.
l Motus enim fréquenter es quod ad me pervenissent aliqua , quœ in Consistorio tuostaluta forent. (Epist li, n. 2.)
MASSACRE DE TIIESSALONIQUE ii:{
Le châtiment infligé à la malheureuse ville dépassait toutes les bornes de la cruauté et de la perfidie. On avait prétexté des réjouissances publiques pour attirer dans le cirque citoyens et étrangers. Ils s'y pressaient en foule sans défiance du piège qui leur était tendu , quand , à un signal donné, les soldats enveloppent l'arène, fondent sur la multitude, frappent, massacrent, égorgent, poursuivent les fuyards, inondent de sang les rues et les places publiques, et après trois heures d'une boucherie barbare laissent sept mille cadavres étendus sur le sol.
On dit qu'épouvanté lui-même de ses ordres, Théodose avait voulu ensuite les révoquer; mais il était trop tard, le crime était consommé. Le peuple terrifié se transmettait le récit de cet égorgement, cherchant en vain dans les annales des règnes les plus exécrables quelque chose à lui comparer. A ces scènes d'horreur se mêlaient de ces traits de dévouement et de tendresse qui, en rendant les victimes plus aimables et plus grandes , rendent les meurtriers plus odieux. Un esclave s'était offert généreusement à la mort, à la place de son maître. Un père ne pouvant se résoudre à livrer aux bourreaux l'un ou l'autre de ses fils dont on lui laissait le choix, les avait vu égorger tous les deux devant lui '.
Au sein de l'horreur générale qu'inspirait Théodose, une piété qui, chez lui, s'accommodait avec une telle inhumanité était bien près de devenir un objet de scandale ; car l'opinion pouvait rendre l'une responsable des déportements de l'autre. Le synode des évêques assemblés à Milan prolesta unanimement contre l'imputation de cette solidarité par un long cri d'horreur. « En apprenant ce massacre, raconte noire saint docteur, il n'y eut pas un seul de nous qui n'en conçût une douleur mêlée d'indignation. Une pareille action n'aurait trouve
i Sozomen. VII, xxv.
personne pour l'absoudre dans toute la communion d'Ambroise '. »
Quant à lui, il avait déjà pris son parti. Une des nuits qui suivirent la lugubre nouvelle, il avait eu un songe : il lui semblait être à l'église sur le point d'offrir les sacrés mystères. Mais l'empereur étant entré afin d'y assister, une voix du ciel s'était fait entendre à l'évêque , lui défendant de célébrer tant que Théodose serait là -.
L'avertissement était clair. Afin de s'y conformer, Ambroise commença par quitter la ville de Milan , avant que le prince y fût de retour. Une santé ébranlée fournissait à sa retraite une trop juste excuse. « La guérison de mon mal, écrivait-il, exigeait la société de personnes plus douces 3. » C'était probablement auprès de Marcelline qu'il s'était retiré, dans la paix de la campagne ; et c'est de là qu'il adressa bientôt à Théodose une lettre écrite de sa main , destinée à lui seul, et qui devait demeurer entièrement confidentielle.
Après quelques paroles d'affectueuse reconnaissance, Ambroise se plaignait de l'ombrage que l'on prenait de lui dans le Consistoire. En conséquence , il déclarait qu'il n'entrerait plus désormais dans des conseils où il serait forcé d'élever contre les abus une protestation inutile et déplaisante 4. Mais, avant de se retirer, il tenait à faire connaître au prince sa pensée tout entière sur sa personne et sa conduite. Il le faisait ainsi :
i Quando primum auditum est, propter adventum Gallorum episcoporum synodus convenerat, nemo non ingemuit, nullus mediocriler accepit: non erit facti tui absolutio in Ambrosii communione. (Epist. lî, n. 6, p. 998.)
2 Cum enim essem sollicilus, ipsa nocte qua proficisci parabam , venisse quidem visus ad ecclesiam, sed mini sacrificium offerre non licuit. (Ibid., n. 5.)
3 Praetendi segritudinem corporis rêvera gravem, et nisi a viris mitioribus vix levandam. (Ibid., n. 5.)
4 Ibid., n. 2, 3.
« Laissez-moi vous le dire, Empereur Auguste. Que vous ayez le zèle de la foi, je ne puis le nier; que vous ayez la crainte de Dieu, je n'en disconviens pas. Mais il y a en vous une impétuosité qui ne peut se contenir. Elle est capable de se porter vers la miséricorde, si quelqu'un vous fait entendre des paroles de douceur. Si, au contraire, on l'excite, elle s'emporte, et elle ne connaît plus de frein. Si personne ne la modère, plaise à Dieu que, du moins, personne aussi ne l'irrite! C'est dans celte confiance que je vous livre à vous-même : redevenez ce que vous êtes, et que la force de la piété soit victorieuse en vous de l'emportement de la nature l. »
« Cet emportement, je pouvais le dénoncer en public : c'eût été aigrir le mal, et c'est pourquoi j'ai préféré vous en laisser seul juge. J'ai mieux voulu relâcher quelque chose de la rigueur de mon ministère que de manquer au devoir de la modération. Dussé-je paraître affaiblir l'autorité du prêlre, je n'ai pas voulu faillir au respect que je vous dois, à vous empereur bien-aimé, et j'ai conçu l'espoir que, maître maintenant de votre premier mouvement, vous ne prendriez plus conseil que de votre devoir. C'est dans celte attente que je suis sorti de la ville, alléguant une maladie qui n'était que trop vraie. Mais vous n'ignorez pas qu'en toute autre occasion j'aurais mieux voulu mourir que de ne pas attendre, deux ou trois jours, que vous fussiez de retour 2. J'avais donc une autre raison d'être absent, la voici. »
Alors gravement, nettement, sans détour comme sans faiblesse, il en venait au crime de Thessalonique. 11 était impossible d'infliger un reproche avec plus d'autorité,
i Accipe illud, Imperator Auguste. Quod habeas fidei sludium non possum negare; quod Dei limorem, non diffileor; sed habes nalurœ impelum, etc. (Epist. li, n. 4.)
2 Emori lamen maluissem quam advenlum luum biduo aul triduo non exspeclarem. (Ibid., n. S.)
et de le faire accepter par plus d'affection, de respect et de raison.
« 11 s'est passé dans la ville de Thessalonique un fait qui n'a point de précédent dans la mémoire des hommes. 11 n'a pas tenu à moi que ce malheur ne fût conjuré. J'avais dénoncé d'avance qu'un pareil châtiment serait une barbarie atroce, et je n'avais épargné aucune supplication pour le détourner. Vous-même en aviez bien compris l'extrême rigueur, puisque vous avez voulu, quoique trop tardivement, révoquer votre sentence. Il n'est donc pas nécessaire d'atténuer devant vous l'odieux d'un acte que vous réprouvez. Les évêques de la Gaule rassemblés en synode en ont jugé comme moi ; mais c'est moi plus que personne qui en demeure responsable ; et mon devoir est de vous dire qu'il faut vous mettre en mesure d'obtenir la réconciliation et le pardon de Dieu * ! »
Lui ayant cité l'exemple de David averti et converti par le prophète Nathan : « Je vous écris ces choses, ajoutaitil, non point pour vous faire outrage , mais plutôt pour que cet exemple vous porte à laver la tache désormais imprimée à votre règne. Or vous ne le pourrez faire qu'en humiliant votre âme en présence de Dieu. Vous êtes homme ; comme tel vous avez connu l'heure de l'épreuve, sortez-en victorieusement : on ne sort du péché que par un chemin semé de larmes. Ce ne sera pas un ange, ce ne sera pas un archange, qui le pourront effacer. Il n'y a que le Seigneur qui dise : « Je suis avec vous, » et qui donne le pardon pour prix du repentir2.
« Je viens donc vous prier, vous presser, vous conjurer! Je souffre trop de voir que vous, naguère modèle d'une
i Factum est in urbe Tbessalonicensium quod nulla memorîa habet, quod revocare non potui ne fieret, imo quod ante atrocissimum fore dixi, cum tolies rogarem. (Epist. li, n. G.)
2 Homo es, et libi venit tentalio, vince eam. Peccatum non tollilur, nisi lacrymis et pœnitenlia. [lbid., n. 11.)
MASSACRE DE TIIESSALONIQUE ai
vcrlu si rare, vous si clément que vous redoutiez d'envoyer un coupable à la mort, vous ne regrettiez point d'avoir ordonné le meurtre d'une multitude d'innocents ». »
« Certes, pour tout le reste votre piété est grande: il serait injuste de ne pas rendre hommage à votre religion , et \olontiers la meltrais-je au-dessus de celle des princes vos prédécesseurs, Gratien excepté. Je n'ai donc contre vous aucun ressentiment ; mais ce qui fait le sujet de mon trouble et de ma crainte est que je ne pourrais me résoudre à offrir devant vous le divin Sacrifice. Que si le sang d'un seul homme versé injustement m'interdit de célébrer en présence du meurtrier, le sang de tant d'innocents permet-il à ma conscience de le faire devant vous? Je vous déclare que non 2.
« Je vous écris cette lettre de ma propre main, pour que personne que vous n'en ait connaissance : Dieu fasse que cette affaire se termine sans éclat ! J'ai en vous celte confiance que vous serez le premier à condamner vos fautes et à les réparer. Vous y êtes tombé celte fois par surprise. Peut-être moi-même aurais-je dû vous épargner ce malheur, s'il m'avait été plus facile de le prévoir. Ah ! que n'ai-je obéi à mon inspiration plutôt que de me fier à votre clémence habituelle ! Toutefois remercions encore Dieu, qui ne châtie les siens qu'afin de les sauver. J'ai rempli auprès de vous la mission des prophètes : c'est à vous d'obéir, à l'exemple des saints3! »
Le coup à peine porté, Ambroise s'appliqua à fermer la blessure qu'il avait été forcé de faire à l'âme de son
1 Suadeo, rogo, horlor, admoneo quia dolori mihi est ut tu .. nondoleas lot periisse innocentes. (Episl. li, n. 12.)
2 Offerre non audeo sacrificium si volueris adsistere. An quod in unius innocenlis sanguine non licet, in mullorum licel? Non pulo. (Ibid., n. 13.)
;î Poslremo scribo manu mea quod soins legas. [Ibid., n. 14, 15, 10.)
fils. Dans la fin de sa lettre, il redoublait de tendresse : on eût dit que, contraint d'exclure Théodose de l'Église, il voulait lui ouvrir un refuge dans son cœur.
« Et comment ne vous aimerais-je pas plus que moimême, vous qui avez été un père pour Gratien! Vous avez d'autres enfants, et je ne les oublie pas ; mais mon cœur veut d'abord ne pas séparer de vous celui à qui j'avais voué le même amour qu'à vous. Oui, je vous aime du fond de mon cœur, et tous mes vœux sont pour vous. Si vous le croyez, écoutez-moi ; si vous le croyez, rendezvous à la vérité de ces paroles ; si vous le croyez , pardonnez ma démarche commandée par le service de Dieu. Et maintenant, Empereur Auguste, vivez heureux ; prospérez et jouissez d'une paix inaltérable avec vos fils, que Dieu bénisse l ! »
Quel genre d'expiation Ambroise demandait-il? Et que ferait-il, si le prince ne se soumettait pas?
Entre les droits primordiaux qui sont les éléments constitutifs de l'Église, indispensables à l'accomplissement de sa mission, le refus de communiquer avec ceux qui l'outragent est un des plus sacrés. L'excommunication est l'exercice de ce droit et de cette liberté , sans lesquels il n'y a pour elle ni souveraineté ni dignité possibles. Dès qu'on comprend que nulle société n'est sans lois, il faut admettre que quiconque refuse d'observer ces lois ne doit s'en prendre qu'à lui, si cette société le repousse, ou lui impose des conditions pour rentrer en grâce. On peut nier à l'Église le droit d'user du glaive ; mais nul ne lui contestera raisonnablement le droit de s'abstenir, le droit de se refuser à bénir l'iniquité, le droit de fermer son temple à qui n'y porterait qu'un front stigmatisé par le scandale public ou des mains souillées de sang. Même il est évi-
i Amo, diligo, oralionibus prosequor Si credis, sequere; si, inquam, credis, cognoscé. (Epist. Li,ri. 17.)
MASSACRE DE THESSALONIQUE iid
dent que, plus celui qui outrage l'Église dans sa morale ou sa foi est puissant, plus l'Église a le devoir de se maintenir inébranlable sur sa liberté.
Tel est le droit qu'Ambroise était résolu d'exercer, comme il le faisait assez voir. Mais il ne précisait rien , désirant avant tout laisser à Tbéodose l'honneur public du repentir et l'initiative de la satisfaction.
Par malheur Théodose préférait les conseils de ceux qui n'étaient pas fâchés de provoquer une éclatante rupture entre les deux grands hommes. Ambroise avait bien pu, durant le siège des basiliques, tenir tête à une femme et à un prince enfant ; mais fermer la porte de l'église à Théodose le Grand , coupable seulement d'avoir outrepassé le droit de la justice... il n'oserait. L'empereur le crut lui-même, et sitôt qu'Ambroise fut de retour à Milan, il vint, comme de coutume, avec toute sa suite, assister au service divin dans la basilique Ambrosienne.
A peine avait-il franchi le vestibule où priaient les pénitents et les catéchumènes, qu'il trouva en face de lui l'intrépide pontife revêtu de ses habits sacerdotaux ; Ambroise l'attendait sur le seuil. La flamme des prophètes était dans son regard, et l'inspiration dans sa voix. D'un geste arrêtant le prince :
« Empereur, lui dit-il avec majesté, vous ignorez, je le vois, la gravité du meurtre que vous avez commis. Votre fureur, même après son premier emportement, ne vous laisse pas encore assez de calme pour comprendre l'étendue de votre crime. C'est peut-être la puissance souveraine qui vous aveugle ; et la liberté absolue de tout faire obscurcit votre raison. Cependant oubliez-vous que vous êtes homme, et que la nature humaine est fragile et mortelle? Ne vous rappelez-vous pas k poussière commune d'où nous sommes tirés , et dans laquelle il faut que nous rentrions un jour? Prenez garde que la pourpre ne vous fasse trop perdre de vue l'infirmité qu'elle recouvre. Ceux
à qui vous commandez sont des hommes, vos frères; ce sont les compagnons d'une servitude commune : car il n'y a pour tous qu'un seul Empereur, et c'est le Créateur de toutes choses *.
« Or de quels yeux pourrez -vous soutenir l'aspect du temple où réside le Maître universel? Comment vos pieds oseront-ils fouler son sanctuaire , et vos mains se lever vers lui encore teintes du sang injustement versé? Comment recevrez-vous entre vos mains le corps sacré de Jésus-Christ? comment porterez-vous son sang à vos lèvres, qui ont prononcé l'arrêt de mort de tant d'innocents? Retirez -vous, et craignez d'ajouter à votre crime celui du sacrilège 2.
« — Mais David a péché , et Dieu lui a pardonné , dit timidement l'empereur.
« — Eh bien, reprit Ambroise, acceptez le joug que Dieu daignera vous imposer. Vous avez imité David dans sa faute, imitez -le dans sa pénitence 3. »
Théodoret, qui nous a rapporté ce discours, ajoute ces paroles : « L'empereur ne résista pas à l'injonction de l'évêque ; car, instruit de la sainte loi, il n'ignorait pas quel est le devoir des prêtres, et quel est celui des princes. Il retourna en pleurs dans son palais 4. »
C'était dans l'année 390, et probablement vers la fin du carême, que se passaient ces événements. Après avoir vu l'empereur manifester ce premier mouvement de repentir, et donner cette première promesse de soumission , on n'est pas peu surpris de voir dans les historiens qu'il ne
1 O'ïx oïaGa, wç ëoixev , w [îadiAîû, x^ç zX^aG^i^c, [Aiatçovîaî xô jjiiyEOoç, y., x. I. (Théodoret. lit». V, cap. xvm. — Edit. H. Valois, p. 220.)
2 TIwç Se xoiavxai; vmoSËiâr] Xsçkji toû Asanôxov xè uavàyiov uwjjia ; tiwç 8s xto <7x6|j.axi 7ipocoî(j£ic -cà aljia xô xîjxiov. (Ib.id.)
3 Théodoret., ibid. — Paulin., n. 24.
4 0 (ïa<7i),sù; xoï; Xoyoiç èt£aç... , «txévwv ô^iou y.où Saxpûwv sitavïp.Oev sic xà (îacrD^ia. (Ibid.)
MASSACRE DK THESSALONIgUE iol
fallut pas attendre moins de huit mois le triomphe définitif de la grâce sur cette âme brisée de remords, mais ulcérée d'orgueil. Pendant tout ce temps, ni Théodose ne pénétra dans l'église, ni Ambroise ne mit le pied dans le palais de l'empereur.
L'évêque continuait à prêcher à son peuple; et l'on place, clans cette année 390 , le commentaire des psaumes xlv° , xlvii0, xLviu0 et Lxie, qu'il réunit ensuite en un môme corps d'ouvrage, avec une belle préface. Cette prédication était le plus souvent une interprétation morale de l'Écriture, appropriée aux besoins spirituels de son peuple. Moins occupé ici d'éclairer l'intelligence que de relever et de purifier la volonté humaine, Ambroise ne cessait de lutter contre l'affaissement progressif des âmes, l'envahissement du mal, et ce découragement qui est l'épidémie des temps de décadence. Il n'y apparaît aucune préoccupation de l'affaire qui, cette année-là, fixait sur Théodose l'attention inquiète des esprits. Mais quelquefois le nom seul du Psalmiste, lui aussi roi coupable, mais roi pénitent, rappelait naturellement à l'empereur le souvenir de sa faute, et le devoir de l'expiation, à laquelle il avait promis de se soumettre. Une fois entre autres, l'intention devint tout à fait évidente. L'orateur s'adressant directement au prince lui prêchait la clémence envers ses sujets coupables ; dans le même discours il recommandait aux prêtres d'user d'indulgence envers les pénitents. C'était, du même coup, exhorter Théodose au repentir, et lui donner'une garantie de son pardon. Il disait :
« Dieu, auteur de toute loi, cherche moins à châlier qu'à empêcher le crime. Empereurs, imitez donc l'exemple de notre Dieu. Soyez sévères dans la défense, cléments dans la répression. La sévérité des lois a pour but de réprimer l'insolente audace des hommes ; mais la clémence des princes doit tempérer la rigueur de la peine. David reconnaît sa faute, sonde sa blessure, en demande le re-
mède : ainsi quiconque veut guérir ne doit pas redouter d'être repris de son tort '.
« Seulement il ne faut jamais reprendre avec colère , mais verser sur le mal le baume de la parole de Dieu, de laquelle il est dit : « Le Seigneur leur a envoyé sa parole, et il les a guéris. » Ce n'est pas la sévérité qui convertit le pécheur, mais c'est la vérité; et ce que le malade demande au médecin, ce n'est pas de couper le membre, mais de guérir la plaie. S'il faut faire souffrir le malade, que ce ne soit jamais jusqu'à le désespérer: la douleur salutaire est celle qui ferme la blessure, non celle qui l'envenime2. »
Théodose hésitait à se rendre à ces appels de la miséricorde. Partagé entre le repentir et l'orgueil, il passait de l'abattement à une irritation dont on trouve la trace dans plusieurs des lois impériales de cette année. Depuis huit mois il était exclu de la communion, quand l'approche de la fête de Noël renouvela ses regrets.
« Il se tenait dans son palais, raconte Théodoret, dont je ne fais que traduire le dramatique récit, et il était assis, répandant une grande abondance de larmes : c'est dans cette tristesse que le trouva Rufin. Comme cet officier avait avec le prince une grande liberté, il s'approcha de lui et lui demanda, avec une pointe d'ironie, la cause de sa douleur. A cette question, l'empereur soupirant et laissant un libre cours à ses larmes : « Vous riez, dit-il, « car vous ne sentez pas ma misère. Mais moi qui sais « mon malheur, je n'ai que trop de raison de m'attrister. « L'Église de Dieu est ouverte aux esclaves et aux men- « diants, qui y entrent à toute heure pour prier; il n'y a « que moi à qui l'entrée en soit défendue. Pour comble
J Imilamini ergo, imperatores, exemplum divinum, ut sitis in staluendis legibus severiores, in exigendis suppliciis miséricordes. Qui sanari vult, argui non reformidat. (Ambros. m Psalm. xxxn, n.19; t. I, p. 823.)
■Ubid.
« d'infortune, les portes du ciel me sont pareillement fer- « mées; car je ne puis oublier la parole du Seigneur: « Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lie' dans le « ciel ' . »
« Alors Rufin : — « Eh bien, j'irai trouver l'évèque, si « vous le désirez, et j'obtiendrai de lui qu'il vous ab- « solve 2.
« — Non, reprit l'empereur, vous ne l'obtiendrez pas. « Je connais trop bien Ambroise : il ne voit que son dece voir. La considération de la puissance impériale ne lui « fera jamais violer la loi divine 3. »
« Comme Rufin insistait, se flattant de réussir : « Eh « bien, essayez donc ! » lui dit Théodose. »
Rufin partit; l'empereur se mit lui-même à le suivre d'assez près. L'espérance pénétrait peu à peu dans son cœur ; il était impatient de voir le succès de la démarche de son complaisant ministre. Mais à peine Ambroise eutil aperçu Rufin : « Que venez-vous faire ici, et quel est le « cynisme de votre impudence? Après avoir conseillé ce « massacre épouvantable, n'avez-vous pas de confusion « de paraître en ce lieu, vous dont la fureur impie a « outragé la vivante image de Dieu 4 ? »
Rufin, déconcerté, se mit à prier l'évèque. Il lui fît connaître que Théoclose arrivait et que même il n'était pas loin. Mais Ambroise, enflammé du feu du divin zèle : « Qu'il vienne, s'il le désire. Pour moi, je vous le dé- « clare, dès que je le verrai paraître à la porte de l'église , « je l'en expulserai ; s'il veut maintenant changer son
i Tu quidem Iudis, Rufine ; mea enim mala non sentis. Ego autem gemoatque deploro meî ipsius calamitatem, etc. (Theodor. lib. V.)
2 Curram, si tibi placet, et episcopo id persuadebo, etc. (Ibid.)
3 Sed non ille persuadebitur; quam enim juslum Ambrosii judicium sit compertum habeo... (Ibid.)
4 Canum impudentiam, Rufine, imitaris, et neque erubescis. (Ibid.)
4oi PÉNITENCE DE THÉODOSE
« règne en tyrannie, je m'offrirai à ses coups, et je « mourrai sans regret *. »
En entendant cela, Rufîn se retira et s'empressa défaire prévenir Théodose de ne pas aller plus loin. L'empereur était déjà au milieu de la place , quand on vint le prier de rentrer au palais. « Non. j'irai, répondit-il, et je subirai l'affront que je mérite2. »
« Il vint jusqu'au portique extérieur de la basilique, mais sans pénétrer dans l'intérieur de l'église. Apercevant l'évêque qui se tenait dans l'avant-cour, il lui demanda de le délivrer de ses péchés. Mais Ambroise toujours sévère : « Quelle tyrannie est la vôtre ! Et quelle fureur « impie vous pousse à braver Dieu et à violer ses lois?
« — Je ne viens braver personne, dit humblement l'em- « pereur; je ne pénétrerai pas dans le temple en sacrilège ; « je ne demande qu'une chose : être délié de mes péchés. « Souvenez-vous de la clémence de notre commun Maître , « ne me fermez pas la porte que le Seigneur a ouverte à a tous les pénitents.
« — Et votre pénitence à vous, quelle est-elle après un <,( si grand crime? Qu'avez-vous fait pour la guérison de « votre mal ?
« — C'est à vous, dit Théodose, de me faire connaître « le remède et de me le prescrire; c'est à moi de l'acte cepter 3. »
Comme nous l'avons vu, le plus communément, l'expiation publique n'était imposée qu'à ceux qui l'avaient demandée. Théodose s'y soumettait, le moment était donc venu d'en déterminer pour lui la nature et les conditions. Or c'était l'humanité et la justice qu'avait outragées l'em-
1 Ego, o Rufine, prœdico me prohibîturum ne vel ipsum templi veslibulum calcet : sin autem is regiam poteslatem in tyrannidem yertatj menecem éxeepturum cum voluptate. (Theodor. lib. V.)
2 Ego pergam, et insaniœ me peenas exsolvam. (Ibid.)
3 Tuum est omnibus prœcipere medicame'nta. (Ibid.)
PÉNITENCE DE THËODOSE 158
pereur par un acte de barbarie; conséquemment Ambroise stipula une loi d'humanité et d'équité propre à prévenir le retour de pareilles surprises. Il dit à Théodose :
« Puisque c'est la colère qui, trahissant votre jugement et l'emportant chez vous sur la calme raison , a dicté la fatale sentence, portez une loi qui rende vaine et de nul effet toute décision de vous prise sous une première impression. Que tout arrêt entraînant la confiscation des biens ou la mort ne puisse être promulgué que trente jours après avoir été rendu. A l'expiration de ce délai, que la sentence vous soit présentée de nouveau. Alors, dans l'apaisement d'une âme maîtresse d'elle-même, elle sera par vous révisée de sang-froid. Si on la trouve injuste, elle sera révoquée; si elle est juste, elle sera confirmée. Mais en tout cas ce délai sera une sûre garantie de l'équité de vos arrêts '. »
Quand cette loi eut été consentie et signée, « Ambroise, continue l'historien Théodoret, fit tomber devant l'empereur la barrière qui le séparait de la communion catholique. Théodose fut enfin admis dans le temple de Dieu. Dès qu'il y fut entré , il se jeta à genoux; et là , prosterné sur le sol, on l'entendait implorer le pardon du Seigneur, répétant ces paroles de David pénitent : « 0 Dieu , mon « âme s'est attachée au pavé de votre demeure ; rendez-
i Theodorel. lib. V. [ibid.) et VUa grœca. — Ambr. Opp. Append.,
p. XXIV.
Rufin dit aussi : « Lege sanxit in posterum ut sententiœ principum super animadversatione prolatœ in diem tricesimum ab exsecutoribus differatur. »
Cette loi se trouve, en effet, dans le code Théodosien, mais placée huit ans avant le massacre de Thessalonique , et sous le règne de Gratien. Valois, dans ses annotations sur Théodoret, en tire la conjecture que cette loi, déjà inspirée par Ambroise à Gralien, et restée sans effet, aura été seulement renouvelée par Théodose, et mise à exécution à partir de ce moment.
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« moi la vie selon votre parole ! » Disant ainsi , le prince s'arrachait les cheveux, frappant son front, arrosant le pavé de ses larmes, et demandant sa grâce '. »
L'Église se contenta de cette expiation ; mais le grand cœur de Théodose voulait faire davantage. On le voit, dès cette heure, entrer et avancer dans les voies d'un amour pour Jésus-Christ, si zélé qu'il déborde de tous les actes de son gouvernement. Ambroise le dirigeait dans cet élan de son zèle et de sa charité. Une des choses qui faisaient le plus horreur à l'évêque, c'était, nous l'avons vu, la vente que des pères poussés par l'indigence faisaient de leurs enfants. Une loi de Théodose, portée dans celte année 390, rend à la liberté les fils et les filles que la pauvreté de leur famille a condamnés à l'esclavage. Dans le même temps , et certainement d'après les mêmes conseils, il protège énergiquement les particuliers contre la violence des soldats et les exactions des fonctionnaires. Il proscrit, en des termes d'une vive indignation , l'infamie de certaines mœurs qui étaient le renversement de toutes les lois de la nature et de la religion ; il ferme les temples païens, prive les apostats de leurs droits civils, et interdit expressément toute assemblée hérétique. Chose singulière ! ce sont deux préfets idolâtres, Flavien et Albin, amis de Symmaque, qui sont chargés de l'exécution de ces lois portées contre leur culte. Il n'est pas inutile de remarquer que Théodose les rendait simultanément en son nom et au nom de Valentinien le Jeune. Il voulait engager publiquement l'empereur d'Occident dans la politique chrétienne, dont ces actes étaient le manifeste, la garantie et le gage.
On place dans ce même temps le concile de Capoue,
l Imperator, sumpta ia lemplum intrandi fiducia, nonstans, neque in germa procumbens, Dominum precabatur; sed in solum nudum dejectus et prostratus; crines manibus vellens , et faciem contundens, et profusis lacrymis irrigans pavimentum, veniam consequi properabat. (Theod. lib. V.)
réuni par Théodose sous l'inspiration 'd'Ambroise, afin de terminer le schisme d'Antioche et la sourde rivalité des Églises d'Orient et d'Occident. Le conflit existait alors entre les évêques Flavicn et Évagre, successeur de Paulin. Le concile , évitant de se prononcer sur le fond de cette question compliquée, s'en remit de la décision à Théophile, patriarche d'Alexandrie. Ambroise partageait contre Flavien la prévention commune aux Occidentaux, et c'est sous cette influence qu'il écrivit une lettre fort pressante et trèssévère contre les refus de ce pontife, peu empressé de se soumettre au jugement de Théophile.
«Veut-il, demandait Ambroise, veut-il se mettre seul en dehors de l'Église et de la société de ses frères ? Nous pensons qu'il faut en référer à notre Frère le saint Pontife de l'Église romaine, car nous présumons bien que vousmême ne déciderez rien qui puisse lui déplaire. Ainsi pourrons-nous arriver à une sage conclusion ; ainsi procurerons-nous la sécurité et la paix. Pour nous, dès que nous saurons que vous avez porté une sentence qu'aura sanctionnée l'Église romaine, nous en ressentirons une grande joie '. »
La mort d'Évagre, expiré sans avoir eu le temps de désigner un successeur, fut seule capable de préparer la fin de ce scandale. De cette querelle séculaire, la seule chose importante qui reste dans l'histoire pour notre instruction, c'est la reconnaissance delà suprématie universelle de Rome. C'est aussi le témoignage du zèle infatigable d'Ambroise pour rattacher au centre de l'Église cet Orient, qui déjà préludait, par l'esprit d'indépendance,
i Interea solus exlex Flavianus, solus exsors sacerdotalis consorlii. Sane référendum arbitramur ad sanclum fratrem noslrum Romanœ Ecclesiae Sacerdotem, quoniam prœsumimus ea te judicalurum quae eliam illi displicere nequeant... Cum id gestum esse cognoverimus quod Ecclesia Romana haud dubie comprobaverit, leeti fruclum hujusmodi examinis adipiscemur. (Ambr. Epist. lvi, n. <i, 7, p. 1007.)
au schisme qui rabattra aux genoux des Césars de Byzance , en attendant qu'il le jette sous les pieds de l'Islam.
Sans attendre la fin de ces dissensions, Théodose s'empressa de rentrer dans ses Etats. Au mois de juin de l'année 391, il avait quitté Milan, emportant le sentiment hautement manifesté , qu'avant de connaître Ambroise il ne savait pas ce que c'était qu'un évêque.
L'évêque, en effet, venait de faire avancer d'un pas la souveraineté et la liberté de l'Eglise. Le despotisme impérial trouvait enfin un bras pour refréner ses déportements, et les peuples une puissance protectrice et vengeresse de leurs droits ou de leur vie. Ils n'en auront guère d'autre pendant le moyen âge ; mais alors et au delà l'exemple d'Ambroise trouvera de courageux imitateurs ; et quand le grand évêque arrêtait sur le seuil de la basilique Théodose tout couvert du sang de ses sujets, si ses yeux avaient pu percer le voile de l'avenir, il aurait vu s'avancer derrière lui Léon le Grand, saint Grégoire VII , Alexandre III, Innocent III, Grégoire IX, saint Thomas de Cantorbéry, saint Anselme, tous ceux enfin qui, ayant aimé la justice et haï l'iniquité, n'ont reculé devant rien ni personne pour défendre le droit de Dieu , de l'Eglise et du faible contre la force insolente, armée et couronnée.