‹ Histoire de Saint AmbroiseChapitre 89 sur 137 · AMISROISE DEVANT LE TYRAN EUGÈNE · texte numérisé non relu

AMISROISE DEVANT LE TYRAN EUGÈNE

percur d'Occident. Arbogast, éloigné personnellement du trône par son origine barbare et les soupçons trop justes que la mort tragique du prince faisait peser sur lui, avait jeté la pourpre sur les épaules d'Eugène, rhéteur obscur, parfaitement ignorant de l'art de gouverner, mais par celte raison même plus propre à devenir l'instrument d'un général auquel il ne refuserait rien, parce qu'il lui devait tout. Une députation bizarrement composée de philosophes païens et d'évêques de la Gaule fut chargée d'aller notifier à Théodose l'avènement d'Eugène, avec un récit des faits auquel le grand empereur ne fit point de réponse : il n'était pas prêt encore.

Arbogast essaya de faire oublier son crime par une expédition contre des peuplades germaines, qu'il vainquit et incorpora dans ses troupes. Mais là même, en Germanie, il rencontrait un nom plus puissant et plus glorieux que le sien. Un jour, raconte Paulin , que le comte franc dînait en compagnie de quelques chefs de sa nation , un roi d'une de ces tribus lui demanda brusquement : « Connais-tu Ambroise? — Oui, je le connais, » dit le comte; puis prudemment il ajouta : « Je suis même de ses amis , et il m'arrive souvent de dîner avec lui. — Ah! reprit le barbare, je m'explique maintenant tes victoires , car tu es l'ami d'un homme qui dit au soleil : Arrête-toi ! et le soleil s'arrête. » Un échanson présent à cet entretien recueillit ces paroles, et c'est de lui que les tenait le biographe d'Ambroise l.

Un homme si universellement connu et honoré était à ménager : Eugène lui écrivit une lettre fort pressante pour lui demander le concours de son autorité. « Je ne répondis pas, nous apprend Ambroise, parce que je prévoyais ce qui allait arriver 2. »

i « Ideo vincis, comes, quia ah illo viro diligeris, qui dicit soli : Sla, et stat. » (Paulin, in Vil a Ambrosii, n. 30.)

2 In primordiis imperii lui scribenli non rescri psi , quia istud prœvidebam fulurum. (Ambros. Epist. lvii, n. Il, p. 1012.)

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