AMBROISE A BOLOGNE
quoi j'estime qu'au lieu de la regretter, il faut prier pour elle; au lieu de lui donner des larmes, il vaut mieux entourer son âme d'oblations qui la recommandent à Dieu. Vous dites peut-être que vous êtes tranquille sur son salut , et que ses mérites vous rassurent ; mais que ne plus la voir vivante dans sa chair est pour vous le sujet d'un regret inconsolable? Eh bien, vous la reverrez dans cette chair glorifiée ; car ne savez-vous pas qu'il faut que le corps périsse pour ressusciter? Pourquoi nous désoler, puisque Dieu nous assure que « notre jeunesse sera renouvelée comme celle de l'aigle ' » ?
Faustin avait compris ces leçons de sagesse. Revenu de la retraite sauvage où l'avait jeté d'abord son désespoir, et d'où l'avaient tiré les instances d'Ambroise, il se livrait au devoir d'élever sa jeune famille. L'évêque de Milan félicitait donc le vieil Eusèbe d'avoir à son foyer une double génération d'enfants dignes de lui : « Voici que vos deux Faustins vous sont rendus, disait-il : nous n'avons plus chez nous qu'Ambroise et Ambrosie. Vous possédez avec vous la tête de la famille et l'avenir de son nom ; il ne reste avec nous qu'un pauvre petit rejeton de cet arbre vigoureux2. »
Le cœur d'Ambroise se reposait , et son génie aimable s'épanouissait sous le toit hospitalier du patriarche chrétien qu'il comparait à Noé. Fidèle à son goût pour les souvenirs bibliques , il appelait Japhet le jeune et bon Faustin, dont le respect enveloppait son père comme d'un manteau d'honneur. Il donnait le nom de Sem au jeune Ambrosius. Quant à celui de Chanaan, il l'attribuait plaisamment à un autre enfant de la même maison nommé Valentinien. Né longtemps après ses frères, Valentinien était un robuste petit garçon , qui, « à peine sevré , parais-
i Epist. xxxix, n. 4-7, p. 945.
2 Epist.. lv, n. l,p. 1004.