AMBR01SE DEVANT LE TYRAN EUGENE
sance à Dieu. El puis comment irez-vous porter vos oblations aux pieds du Dieu vivant? comment les ministres de Jésus-Christ pourront-ils recevoir et dispenser vos offrandes ' ? »
La fin de la lettre était encore plus énergique : le respect officiel y tempère à peine la majestueuse hauteur de l'avertissement.
« Avant d'agir ainsi , vous deviez consulter l'évêque. Si je vous ai résisté, et .résisté seul, il ne faut pas croire pourtant que de moi seul soit née cette opposition. Mais , me considérant comme responsable de mes actes devant Dieu et devant les hommes , j'ai compris que mon devoir était de me mettre en garde , et de ne pas répondre légèrement à vos avances. Assez longtemps j'ai commandé le silence à ma douleur, aujourd'hui je ne puis ni dissimuler ni me taire. Si déjà, au commencement de votre règne, j'ai cru devoir m'abslenir d'entrer dans vos vues , c'est que je prévoyais trop ce qui devait arriver... Que si vous demandez de vos sujets l'obéissance, souffrez que, par -dessus tout, nous accordions la nôtre à Celui que vous-même reconnaissez comme l'auteur de votre élévation 2. »
Pendant que cette lettre jetait une première ombre sur le bonheur d'Eugène, Ambroise, exilé volontaire et glorieux , parcourait l'Italie émue, sur son passage, d'admiration et de foi.
Il s'était rendu d'abord dans la ville de Bologne, devenue pour lui une seconde patrie3. Là habitait cette famille
1 Non sumus scrutatores veslrae liberalitalis, sed sumus interprètes fidei... Et si imperator, Deo subditus inagis esse debes. Quomodo sacerdotes Christi munera tua dispensabunt? ( Episl. Lvn,n. 8.)
2 Tu ulique debuisli ab sacerdote consulere... Honorem qui vobis deferri vultis, palimini ut deferamus ei quem imperii veslri vullis auclorem probari. (Ibid., n. 10-12.)
3 Sacerdos, derelicta civitate Mediolanensi, ad Bononiensem civitatcm emigravit. (Paulin, in Ambrosii Vila, n. 27.)
AMRROISK A BOLOGNE 543
des Eusèbes, dont il avait lui-môme élevé les enfants, Eaustin le jeune, Ambroise et la vierge Ambrosie. Après avoir donné à Ambrosie le voile des épouses de Dieu , il continuait aux autres les soins de la plus délicate paternité pour le corps et pour l'âme. Les détails dans lesquels entrent ses lettres à cet égard n'étonneront pas ceux qui savent la prédilection de tous les amis de Dieu pour un âge que Jésus-Christ a béni, embrassé, investi du royaume des cieux. « Le petit Faustin tousse beaucoup, écrivait Ambroise à Eusèbe, c'est pourquoi il est venu de lui-même recevoir les soins de sa sainte sœur Ambrosie ; car il a l'expérience qu'il est bien soigné par elle. Puis, comme il se figure aussi que je suis médecin, il s'en repose sur moi de son régime. Deux fois par jour il vient ici pour 'se guérir. Il s'en trouve très-bien; mais la diète à laquelle l'avait condamné une amitié rigoureuse , a redoublé sa toux. S'il veut en finir, il devra en revenir au premier traitement. Adieu , et continuez d'aimer celui qui vous aime ». »
A l'époque du voyage d'Ambroise en Italie, Faustin, sorti des écoles de Milan , était revenu à Bologne , au foyer de son aïeul Eusèbe et de son père Faustin. Celui-ci pleurait encore son admirable sœur enlevée dans la fleur de l'âge2, et Ambroise , s'inspirant de la lettre fameuse de Sulpicius à Cicéron, opposait sa douleur au deuil de la patrie ravagée parles armes 3. Puis , s'élevant à des considérations plus chrétiennes , le pontife disait :
« Nos villes sont renversées peut-être pour toujours, tandis que votre sœur ne vous a été enlevée que pour un instant , afin de passer à une meilleure vie. C'est pour-
1 Fauslinus parvulus tussi laborat , ad sanctam sororem curatum venit, et venit sponte... Denique me meclicum putat. ( Epist. liv, n. 2.)
2 V. ci-dessus, liv. 111, ch. u, p. 190.
3 Epist. xxxix, n. 3.