‹ Histoire de Saint AmbroiseChapitre 96 sur 137 · AMBROISE A FLORENCE · texte numérisé non relu

AMBROISE A FLORENCE

Julienne avait bien soin de prévenir ses enfants qu'elle leur laissait la plus absolue liberté dans le choix de leur état, et qu'en leur proposant une vie plus parfaite elle ne prétendait aucunement les y faire entrer de force : « C'est un conseil que je vous offre, ce n'est pas un commandement que je vous fais. La virginité est un état qu'on peut conseiller, mais qu'on ne peut imposer : c'est affaire de choix et non pas de contrainte \. »

En effet, les invitations de la mère à ses enfants supposaient l'appel de Dieu; aussi bien ceux-ci l'avaient déjà entendu dans leur cœur. Tous quatre y répondirent. Le jeune Laurent entra dans l'ordre des lecteurs, un des ordres mineurs à qui est attribué l'honneur de lire en public les livres de la Bible, et de catéchiser les ignorants2. Les trois filles se vouèrent à la virginité, sans toutefois quitter la maison de leur pieuse mère 3. Puis ensemble ils consacrèrent leur commun patrimoine à bâtir la basilique dont ils priaient Ambroise de faire la dédicace.

« Je ne pouvais, dit celui-ci, repousser la prière d'une si sainte veuve 4. » Il vint donc à Florence , apportant avec lui les clous qui avaient servi au crucifiement d'Agricola , « son sang victorieux , et même une partie du bois de sa croix s. »

omne praesidium et ornamentum. [Exhortât, de Virginit. cap. iv,

i Ego pro consilio suadeo, non pro imperio prœcipio. Sola est enim virginitas qaae suaderi potest, imperari non potest. Res magis voti est quam prœcepti... Electionis quœ magis est quam servitutis. [lbid., cap. m, n. 17.)

2 lbid., cap. vm, n. 54.

3 lbid., cap. xiv, n. 95.

4 Hœc sanctae viduee negare non potuimus postulanli. [lbid., cap. n, n. 10.)

5 Colligimus sanguinem Iriumphalem et crucis lignum. [lbid., cap. n, n. 9.)

La dédicace de l'église neuve eut lieu vers le temps de Pâques 393. Nous apprenons du biographe Paulin qu'on lui donna à elle aussi le nom de basilique Ambrosienne, en mémoire du saint homme qui l'avait consacrée. L'évêque y prononça un mémorable discours qui , amplifié plus tard , forma V Exhortation à la virginité. Le martyre des deux saints Vital et Agricola , l'invention de leurs reliques , les vertus de Julienne , et l'éloge de la virginité qu'il place sur ses lèvres remplissent cet ouvrage. Le pontife le termine en demandant au Seigneur de bénir non-seulement les pierres du nouveau sanctuaire, mais les âmes virginales qui se donnaient à lui : « 0 Dieu , quand dans ce temple vous abaisserez vos regards sur la victime du salut, daignez regarder aussi ces victimes volontaires de la chasteté, protégez -les tous les jours, pour qu'elles soient des hosties chères au Seigneur Jésus-Christ; enfin gardez sans faute et sans souillure leurs corps et leurs âmes jusqu'au jour de l'avènement de votre divin Fils ». »

Si grands que fussent les miracles opérés par les saints que glorifiait Ambroise, l'éclat de ces prodiges s'efface devant ceux que l'homme de Dieu fit lui-même durant son émigration.

« La maison qu'Ambroise habitait à Florence , raconte son secrétaire, était celle de Decens, personnage clarissime, et, ce qui vaut mieux, chrétien pieux et fidèle. Cet homme avait un fils nommé Pansophius, très -jeune enfant qu'avait possédé l'esprit impur. Ambroise favait guéri en lui imposant les mains et priant Dieu sur lui. Mais à peine quelques jours s'étaient-ils écoulés, que le petit enfant, ayant été pris d'une maladie subite, rendit le dernier soupir. Sa mère, femme très-religieuse, remplie de foi et craignant Dieu , prit le corps de son fils , le trans-

1 Exhortai, de Virginit. cap. xiv, n. 94, p. 302.

porta de la chambre haute où il avait expiré, à l'étage inférieur où était la chambre d'Ambroise, et là en son absence elle le coucha sur son lit. Quand l'évêque , de retour chez lui, trouva l'enfant mort étendu sur ce lit, il fut saisi d'une grande compassion pour la mère, et pensa qu'une telle foi méritait d'être bénie. Se rappelant l'exemple d'Elisée , il s'étendit lui-même sur le petit corps sans vie, et pria le Seigneur avec tant d'instance, qu'il mérita d'obtenir sa résurrection. Quelques instants après il remettait le jeune Pansophius à sa mère, stupéfaite autant qu'heureuse de revoir vivant le fils qu'elle avait apporté mort1. »

Paulin nous apprend en outre que « Ambroise avait composé un petit livre d'instructions dédié à cet enfant, afin que, le lisant plus tard, il apprît ces merveilles dont Dieu avait daigné favoriser son enfance 2. » Nous n'avons plus ce livre : si la perte de tout ouvrage d'Ambroise est un malheur, combien plus celle-ci! Quel intérêt mystérieux ne se fût pas attaché à la lecture d'un écrit adressé par ce père à l'enfant que sa prière avait rappelé du tombeau !

Ambroise était encore à Florence , toute remplie de ses miracles et de ses vertus, quand arriva dans cette ville un noble Aquitain dont le nom allait devenir illustre dans l'Église. L'opulent sénateur Méropius Paulinus , plus connu aujourd'hui sous le nom de Paulin de Noie, avait renoncé à toutes les grandeurs de la terre pour se donner à Dieu. Il venait d'être baptisé par saint Delphin de Bor-

i ... Pansophius admodum parvulus... exhalavit spiritum... Sacerdos miseratus matrem et fidem ipsius contemplatus , Elisaeo similis supra corpus ihfanlis se ipse composuit, atque orando meruit ut vivum redderet malri quem mortuum invenerat. (Paulin, in Ambrosii Vila, n. 28.)

2 Ad quem infantulum libellum conscripsit, ut quod per selatis iufanliam scire non poterat, legendo cognosceret. (Ibicl.)

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