LE CULTE ET LE TOMBEAU D'AMBROISE
barbares arrivent, Odoacre s'empare de l'Italie du Nord, Milan est dévastée , la basilique Ambrosienne sert de parc aux bestiaux; le saint tombeau est ouvert; mais Laurent, évoque de la ville , parvient à le préserver de la dévastation'. Au VI'' siècle Witigès, rois des Goths , remplit Milan de ruines. Mais le peuple malheureux se presse plus que jamais au pied des saints tombeaux d'Ambroise et de Marcelline, désormais inséparables dans lu dévotion des fidèles-. Cependant au viii^' siècle , vers 78'.), la basilique Ambrosienne est entièrement transformée par Pierre, archevêque de Milan; toutefois le corps d'Ambroise demeure sous l'autel , et des religieux de Saint- Benoît reçoivent la mission d'y célébrer l'office et d'y chanter les louanges de Dieu ^
Le temps était venu de tirer les saintes reliques de leur ancien sépulcre, pour leur exaltation ou leur élévation , selon le langage de la dévotion de ces siècles^. En 824, sous l'empereur Lothaire , l'archevêque Angilbert relève les ossements d'Ambroise et des deux martyrs déposés sous l'autel. Il les fait placer ensemble dans un coffre de marbre et de porphyre , qu'il enfouit dans le sol par-dessus les anciennes tombes, fait construire autour une épaisse
1 On découvrit, en elTet, dans le sarcophage d'Ambroise, des monnaies de la fin du v« siècle ou du commencement du vi'^ : une pièce a Feffigie de Flavius Récimèrc, une de Zenon et d'Odoacre , trois d'Anastase et de Théodoric. (V. L. Biraghi, / Tre Sepolcri, avec dessins, p. 31 et suiv.)
2 Le Panégyrique de sainte Marcelline est de cette époque. 11 y est dit: <i Fratris lumulo sororis lumulus est appositus. Que in loco piis eorum inlervenlibus , solita Dominus .fesus bénéficia suis rependit fidelibus. "
3 Ante sancta eorum corpora officia et diviiias laudes concélèbrent. [Diplôme de Tannée 789.)
4 Exaltatio, clevalio SS- Corporum. V. sur ce sujet Bèdc, iv, W et 20; et Mabillon, Préface au iv siècle Bénédiclin.
UOO DÉCOL'VËUTE DU TOMBEAU D'AMBROISE
muraille pour le préserver des larcins, et élève au-dessus un magnifique autel.
C'est ainsi que l'on finit par perdre entièrement de vue l'une et l'autre sépulture. Elle étail» presque universellement oubliée, lorsque, il y a quelques années, des fouilles entreprises pour reconnaître le sol primitif sur lequel reposaient les colonnes de porphyre de la Confession amenèrent la découverte du tombeau d'Ambroise et de celui des deux saints martyrs de Milan. D'abord, à un mètre à peine au-dessous du pavé de l'autel apparut le magnifique coffre de porphyre , soigneusement fermé. Puis , plus bas , au niveau inférieur du socle des colonnes , se présentèrent deux sarcophages. L'un , placé du côté de l'Evangile, avait contenu les reliques de Gervais et de Protais; l'autre, du côté de l'Épître, était le tombeau d'Ambroise, suivant la désignation que lui-même avait faite de cette place de son choix. Des pièces de monnaie aux effigies de Maxime et de l'empereur Théodose trouvées dans le cénotaphe en confirmèrent hautement l'authenticité». Ce fut le vendredi 15 janvier de l'année 1864 que l'Église de Milan put revoir et vénérer la crypte et le sarcophage où avait reposé, pendant plus de quatre siècles, le plus grand homme qu'elle ait donné au monde et le plus grand saint qu'elle ait donné au ciel.
Dans cette première inspection, on n'avait pas ouvert le coffre de porphyre. On s'était contenté d'y apposer les scellés « espérant bien , dit l'historien et principal promoteur de ces travaux, que viendrait le temps où nous verrions enfin dans sa plénitude et son intégrité ce réservoir des célestes bénédictions. Ce qui affermit cette espérance, ajoutait-il alors, c'est l'heureux hasard de cette découverte, la suite des renseignements que Dieu fournit aux
1 V. l'hisloiro et les procès-verbaux de celle découverte, en Appendice, ci-après. On peut en lire l'abrég- dans le Bulletin d'Archéologie chrclienne de M. J.-B. Rossi , n. I , de Tannée 186t.