DECOUVERTE DU TOMBEAU DE SAINT AMBROISE LE 15 JANVIER
Procès-verbal de My Fmnrois Bossi, prévôt de la basilique de Sainl-Ambroise , publié le \S janvier.
Les travaux qui s'exécutent dans la basilique de Saint-Ambroise . dans le but de la rendre à sa forme .primitive , ont récemment rendu certaines fouilles nécessaires pour faire connaître le sol originaire sur lequel reposent les colonnes de porphyre qui soutiennent la tribune ou Confession du grand autel. Le Prévôt de la basilique , assisté d'une commission ecclésiastique , fit prati- (pior une excavation derrière la table de l'autel, entre les deux
colonnes postérieures de la tribune et l'escalier qui mène au chœur.
Nous sommes maintenant en mesure d'annoncer que cette exploration a donné les plus heureux résultats.
Les documents historiques nous faisaient connaître avec certitude qu'en 389 saint Ambroise ayant découvert les corps des saints Gervais et Protais , les avait déposés à droite sous l'autel (Epist. xxii). Lui-même avait demandé à être inhumé à gauche, et c'est là, en effet, qu'on l'avait déposé en 397. Nous connaissions également, par les historiens, qu'en 835 l'archevêque Angilbert II avait fait placer sous la table de l'autel , dans une magnifique tombe de porphyre , les corps des saints martyrs , et , au milieu d'eux , le corps de saint Ambroise.
Grâce à ces renseignements, l'excavation pratiquée derrière l'autel , à une notable profondeur, nous faisait espérer des résultats décisifs.
Un premier fait vint d'abord confirmer les données de l'histoire. Étant descendus à moins d'un mètre au-dessous du pavé actuel de l'autel , nous trouvâmes un mur qui lui servait d'enceinte. Nous y fîmes une brèche , et alors apparut un magnifique sarcophage de porphyre avec un couvercle de même matière , travaillé avec art , qui le fermait hermétiquement. Il est long de un mètre quarante centimètres , large d'un mètre , haut de soixante -dix centimètres, sans y comprendre le couvercle. Il est placé dans le sens de la longueur de l'autel. N'est-ce pas le coffre précieux dans lequel Angilbert II renferma les corps saints en 83o, et qui est demeuré exactement au lieu où l'évêque l'avait mis?
On n'en continua pas moins à faire des fouilles plus profondes, toujours dans l'espérance de découvrir le sol sur lequel repose le socle des colonnes de la tribune. A ce niveau , et immédiatement sous la châsse de porphyre, se présenta d'abord une longue pierre située dans la partie correspondante au côté de l'Évangile ; puis une autre, tournée du côté de l'Épître. Toutes deux recouvraient deux sépulcres vides. Ces deux tombeaux sont amples, et le premier mesure douze centimètres de plus que le second en largeur. Ils sont revêtus intérieurement de marbres précieux , sont parallèles et voisins l'un de l'autre , situés par leur longueur du levant
au couclianl, cl iiuii tlii nord au sud couune le coffre de porpliyre. Ils correspondent exactement l'un au côté de TÉvangile , l'autre au côté de l'Epîtrc.
Nous étions bien en présence des deux sarcophages vidés par Angilbert pour en porter les reliques dans la tombe de porphyre disposée plus haut. 11 n'était pas moins cei'lain (jue , dans le tombeau placé du côté de l'Évangile, Ambroise avait mis les corps les saints martyrs, et que lui-même avait reposé dans l'autre, du côté de l'Épître.
D'autres arguments vinrent confirmer ces inductions. Ayant enlevé du premier tombeau ce qu'il contenait, on y trouva, mêlés avec de la terre, quelques fragments d'os humains, l'orifice d'un vase de verre, comme on en trouve souvent dans les sépultures des martyrs. Le second tombeau fournit des pièces plus concluantes ; outre des morceaux d'ossements et quelques dents, on trouva quinze pièces de petite monnaie d'argent et de bronze , et quelques fils d'or provenant d'un vêtement précieux. On ne pouvait plus douter que ces tombeaux ne -fussent, l'un celui des saints martyrs, l'autre celui de notre grand Docteur, ni que le coffre supérieur ne fût la châsse où leurs restes avaient été réunis par Angilbert II.
(Traduit de l'italien, de l'ouvrage / tre Scpolcn sanl Amhrosiani , par le D'' Biraghi; appendice, p. 83 à 86.)
Le D"" Biraghi , dans l'ouvrage considérable composé sur ce sujet, complète ainsi les détails de cette découverte :
... ce Le soir du 13 janvier, on découvrit le grand coffre ou châsse de porphyre , que je baisai comme si j'avais retrouvé un père longtemps perdu. Le soir du 14, nous trouvâmes un long sépulcre de marbre précieux , violet , vert , blanc, de diverses couleurs. Nous conclûmes que le tombeau d'Ambroise devait se trouver de l'autre côté, à gauche. Aussi ce fut avec une grande joie que le soir du vendredi , 15, on trouva un sépulcre de marbre semblable à l'autre , et dans la même direction.
a Entre les quinze pièces de monnaie qui s'y trouvaient renfermées, deux confirmèrent l'antiquité du sépulcre de saint Ambroise. L'une, i\o bronze, porte l'effigie du jeune empereur
Flavius-Victor, fils du tyran Maxime . avec cette légende : Dom noster ma. fla. victor, p. f. aug. ; au revers une porte prétorienne , et au-dessous une étoile , avec l'exergue : spes romanorvm; au bas, s. c. s. p., c'est-à-dire Scisia perciissa. Cette médaille se rapporte aux quelques mois durant lesquels Maxime et Victor son fils furent maîtres de Scisia sur la Save, en Pannonie. (V. Panégyriq. de Théodose, par Pacatus; Panegyrici vcteres , n. 34.) Or, quand on frappait cette monnaie , Gervais et Protais étaient déjà depuis deux ans déposés dans leur tombe. Le tombeau où elles se trouvent ne peut donc être que celui d'Ambroise.
« L'autre monnaie est à l'effigie de Théodose : o. n. theodosivs. p. F. AV. Au revers sont deux Victoires tenant des palmes et des couronnes : Victoria avggg., ce qui peut s'entendre des trois Augustes Théodose et ses deux fils Honorius et Arcadius, associés à l'empire dès 394. Les deux Victoires se rapportent aux d«ux succès militaires de l'empereur en Occident, l'un sur Maxime, l'autre sur Eugène, en 394, trois ans avant la mort d'Ambroise.
« Ainsi , nous avions bien devant nous l'ancien sépulcre et quelques restes du saint évêque. »
(D' Biraghi, ibid.; appendice, p. 91. J