INTRODUCTION XI
Ce que nous venons dMndiquer n'est que l'œuvre extérieure et éclatante d'Ambroise. C'est par elle qu'il justifie son titre de Père de l'Eglise ; et je ne suis pas surpris que cette œuvre ait absorbé presque exclusivement l'admiration de l'histoire , par l'imposante grandeur de ses proportions. Même ordinairement, dans la vie des anciens, et à la grande distance où ils nous apparaissent, cette existence du dehors est à peu près la seule qu'il nous soit possible d'apercevoir. Heureusement il en est autrement pour Ambroise. Grâce à d'inappréciables documents biographiques , on pénètre dans toutes les profondeurs de son âme , on entre dans sa vie intime , et cette seconde vie n'est pas moins attachante ni moins instructive que l'autre.
Ce qu'on y voit premièrement, c'est dans quel juste accord les facultés naturelles et les dons surnaturels s'harmonisent en cet homme. Qu'on se représente l'onction céleste de la grâce descendant sur la vertu native de la race la plus fortement trempée qui fut jamais ; le courage d'un héros et la tendresse d'une mère, la majesté d'un personnage consulaire
XII INTHODUGTION
et l'humble austérité d'iiu ascèlc; le zèle pour le droit porté jusqu'au mépris do la vie, le sacrifice au devoir porté jusqu'à l'oubli le plus absolu de soi; un splendide génie et un caractère intrépide au service de la miséricorde et de la bonté sans réserve : Ambroise avait reçu tout ce qui devait faire de lui. dans un siècle d'afîaissement l'homme de l'autorité, dans un siècle de désolations l'homme de la charité. Merveilleux composé de douceur et d'énergie, de condescendance et d'inflexibilité, de modestie et de grandeur, c'est le plus humble et le plus fier chrétien qui se puisse voir. Il a de magnanimes colères contre les puissants , contempteurs de Dieu ou oppresseurs de leurs frères; mais les faibles, les petits, les pauvres cœurs brisés , les esprits esclaves ne connaissent de lui que la compassion et la bénédiction. Il écrase l'orgueil, et il relève le repentir; il confond Symmaque, et il absout Augustin. Il fulmine l'anathème contre les hommes souillés de sang; niais l'hypocrite Maxime restera sous ce coup , tandis que Théodose verra les foudres de l'Église s'éteindre dans ses larmes. Celui qui tient en échec les légions de l'impératrice au seuil de la basilique est le même qui sanglote avec le pécheur éperdu qui est venu cacher sa honte dans son sein. Qu'on lui demande de livrer son Eglise aux impies : plutôt que de la trahir, il y mettra sa vie, et déjà il en tressaille d'enthousiasme et d'espoir. Mais qu'on lui dise que le sang des hommes va couler, ou qu'un infortuné soit