AMBROISE ET BASILE LE GRAND
monde et la sacrifiant volontiers pour gagner Jésus-Chrisf, cet homme illustre vient de recevoir, dans la vraie foi du Christ, le gouvernail d'un grand et glorieux vaisseau de la flotte de Dieu.
« Allez donc, homme de Dieu , vous méritez ce nom, puisque ce n'est point des hommes que vous avez reçu votre pouvoir, ni que vous avez appris l'Évangile du Christ, vous que le Seigneur lui-même a tiré du milieu des juges de la terre pour vous faire asseoir dans la chaire des apôtres. Venez combattre le bon combat, guérissez l'infirmité de votre peuple, s'il a été atteint de quelque contagion de la fureur arienne '. Reprenez la trace des anciens Pères; et, puisque vous avez posé aujourd'hui les premières assises de notre charité mutuelle, daignez y mettre le comble par la fidélité de notre correspondance. Ainsi, quoique séparés sur la terre et éloignés l'un de l'autre, nous serons encore ensemble par l'union des âmes -. »
Cette lettre admirable était un pacte fraternel entre ces deux grands hommes, désormais compagnons d'arme>;. L'Orient venait de perdre Athanase, l'Occident Hilairc. Basile d'un côté et Ambroise de l'autre se présentaient pour les remplacer dans les derniers combats contre l'arianisme, et leurs noms personnifient la seconde période de cette lutte mémorable d'où leur sainte coalition sortira victorieuse.
Basile demandait à l'évêque de Milan « de reprendre la trace des anciens Pères de son Église et de guérir son troupeau de la fureur arienne ». L'œuvre était commen-
{jLVMv xoû XpiffToù sutjiEAEtav. (S. BasiHi Cœsar. Epist xcvii , n. 1. Edil. Bened. in-fol., t. lit, p. 288.]
1 AyoviÇoy tôv xaXôv àYwva, StôpGwcai xà àppa)(jrr,|j.axa xoù XaoO, ii xtvoç dpa xà TxàOo; xîji; 'ApeiavTJç |jiav(aç ri^aixo. [IbùL, n. 1.)
2 Basil. 0pp., Epist. cxcvii, p. 287-289.
iO A.MRROrSE KT BAS II. K LR (iRANU
cée ; el dans la iiicme lellre où il lui annom^ail son ordination , Ainbroise priait Basile de lui envoyer les restes du saint évèquo Denys, son prédécesseur, mort, depuis peu de temps , dans une petite ville du ressort de l'h^glise de Césarée '. Basile comprit tout de suite la portée de cette demande : « Votre sollicitude, ajoutait-il aux lignes que nous avons citées, et votre désir de rendre ces honneurs sacrés au saint évêque Denys , sont le témoignage de votre amour pour Dieu, de votre vénération pour votre prédécesseur, et de votre ardeur pour la défense de la foi. Car l'amour qu'on témoigne aux serviteurs de Dieu remonte à leur Maître , qui est aussi le nôtre ; et celui qui honore les soldats de la foi, les martyrs de la foi, fait assez voir quel zèle l'anime lui-même pour elle -. »
Avec sa lettre Ambroise avait envoyé de Milan une députation de prêtres chargés par lui de ramener la dépouille de Denys. Basile leur adjoignit un prêtre de son l^glise nommé Thérasius, et ensemble ils se rendirent au bourg de Rotoium, sur les frontières extrêmes de l'Arménie et de la Cappadoce, où le confesseur de la foi avait fini ses jours. Les fidèles de ce lieu entouraient sa sépulture d'une vénération telle, qu'on eut de la peine à leur arracher le trésor de ses restes. Le rapport que Basile adressa à Ambroise sur cette translation est un des monuments les plus respectables du culte rendu dès lors aux reliques des saints. C'est également un témoignage des garanties d'authenticité dont les environnait l'Église dès le iv^ siècle.
« Nous faisons connaître à votre charité dans le Christ, disait Basile, que les frères choisis par votre piété pour
i Baronius place, en 371 , la inorl de Denys de Milan. Les Acia Sanctonim et Vllalia sacvd de Ughelli la placent aussi en ol\ ou 37 'i. Nous avons préféré la première de ces dates.
■■i S. Basil. Episl. cxcvii, p. 2«"J.