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cette époque, on la retrouve moins à Rome que dans la société de son frère à Milan'. « Lorsque Ambroise et Satyre eurent commencé de vivre ensemble, dit le trèsancien panégyrique de la sainte, la vierge Marcelline ne put demeurer plus longtemps éloignée de ses frères, objets de son affection. Elle abandonna sa maison, sa patrie, tout ce qu'elle avait, et se transporta à Milan, préférant s'en aller babileravec eux, dans un pays étranger, quede posséder tous les trésors de Rome sans ces deux lumières de son âme -. »
On a rarement vu, on ne reverra peut-être jamais, dans l'histoire de l'Église, un spectacle pareil à cel'ui de celte fraternelle société de trois âmes fondues en une entière communauté de pensées, de sentiments et de vie. La famille et la religion , réunissant dans ces cœurs leurs affections les plus ardentes et les plus pures , semblèrent réaliser, au sein d'une existence de félicité et de perfection, ce que l'homme n'a jamais entrevu que dans ses rêves.
Au sein de cette heureuse communauté. Satyre restait chargé du gouvernement des gens de la maison. « Il ne
1 II est vrai que sainlJérôme, dans sa lettre écrite du port d'Ostie aux dames de Rome, qu'il venait de quitter, en 385, nomme une \krcelline, qu'il salue en post-scriplum : Salula matrem Alhinavi, sororemque Marcellam , MarceUinam quoque et sanclam Felicitaiem. (Episl. xxviii, ad Asellam, édil. Bénédict., t. IV, p. 67.) Mais rien ne fait supposer que cette Marcelline, nommée ici pour la première et dernière fois, à la fin d'une lettre de saint Jérôme, soit l'illustre et admirable sœur de saint Ambroise. (V. item Vita di S. Marccllin. du D"' Biraghi , note au ch. viii.)
2 Virgo Domini Marcellina, carissimis diutius avelli non passa germanis, domo, palria, rebusque relictis, sese Mediolanum contulti, salius rata peregrinam cum illis ducere vilam quam duobus privala luminibus Romanas opes miserabilis possidere. (Ex Mombritio. Apud Rolland, die 17=^ Julii, in festo S. Marcellinœ , édit. Palmé; t. IV, mensis Julii.)
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convenait génère à ma sœur cl à moi, à cause de notre profession sacrée, raconte Ambroise, d'avoir à les reprendre et à les corriger. C'était l'office de Satyre, qui s'en acquittait sans faiblesse et sans rigueur, ainsi qu'il le fallait dans la demeure d'un évoque'. »
Marcelline partageait la vie de ses deux frères. « Contente pour elle-même d'un vêtement très- simple et d'une nourriture commune, dit son panégyrique, elle ne voulait pas d'autre part dans l'héritage de ses pères-. » Mais son bonheur était de s'entretenir de Dieu avec celui qu'ellemême avait instruit de sa loi dès sa première enfance. C'était ordinairement l'Écriture qui fournissait le sujet de leurs discours. Ainsi que les plus illustres chrétiennes de ce temps-là, Marcelline en possédait si exactement tous les textes, qu'elle « avait coutume de devancer parle souvenir les citations qu'on pouvait en faire devant elle ^ » Ambroise et Marcelline en scrutaient ensemble les profondeurs divines ; et si parfois s'élevait quelque dissentiment sur ce qu'il cenvenait mieux ou de croire ou de faire, alors d'un commun accord l'un et l'autre s'en rapportaient au jugement de Satyre. « Le bon Satyre, dit Ambroise, ne voulant donner de démenti à personne, et désireux, au contraire, de contenter chacun, trouvait moyen de concilier ensemble la vérité avec la charité. 11 disait son opinion sans blesser l'alïection , et renvoyait chacune des parties satisfaite d'elle-même et de lui ^ » D'ailleurs
1 Sorvulis ipsis coercilio non amara : in nobisenim prolessio repressitsludia coerccndi. Inio lu, frater, ab omni nos abducobas coercitionis all'eclu , vindicare pollicens, et lenire desidorans. [De Excessu Satxjri , n. 41.)
2 Niliil prœler simpHccm habituni et viles cibos do universa paterna hserodilalis possessione reqiiirobal. (Apud Boliand. 17» Julii. cap. Il, n. -12.)
•i Quamvis ScripUiiaruin monioiia consolationes l'erenlibus pra'currat. [De Ejccessu Satyri, n. 76.) * Si quando aliquid cum sancta «oron- milii confi'ivnduni fnil.ubi
l'évêque s'était fait une douce habitude de ne laisser rien ignorer à la discrète vierge de ce qui intéressait son Église ou sa personne. Si parfois elle s'absentait , une correspondance épistolaire reformait la société de leurs âmes, que rien ne pouvait séparer', et ces lettres sont demeurées les pièces les plus intéressantes de l'histoire d'Ambroise. Enfin leurs aumônes étaient communes, comme leurs biens : « Notre sœur, dit Ambroise, partageant nos habitudes, n'avait pas une moindre part à nos œuvres - » — « C'est ainsi que la sainte , soulevée par ses deux frères comme par deux grandes ailes, prenait son vol au-dessus des choses de la terre, et montait vers les portes de la patrie céleste ^. »
Cependant il arrivait que la ville de Milan lui semblait trop tumultueuse pour sa vie de prière ; et le goût de la solitude reprenait souvent sur elle son irrésistible empire ^ Alors elle se retirait dans la villa suburbaine à laquelle une ancienne tradition milanaise a attache son nom comme celui de son frère.
La villa d'Ambroise et de Marcelline était située à neuf mjlles environ de Milan, non loin de la voie militaire qui, partant de la porte Argentea , menait à Bergame et à
nielior videretur sententia, tojuclicem sumebamus, qui nullius lœderesos, atque ulri salisfacere gesUens... ulrumque gralum dimilteres, et ulriusque tibi gratiam viiidicares. (Ambr. de Excessu Satyri, n. 41.)
1 Viro Dei Ambrosio moris fuisse narratur ut si forte, absente iila, novi aliquid aut scribere illum aut agere contigisset, mox eidem proprise manus indiciis conscripta dirigeret. (Panegyric. cap. ii, n. 13.)
2 ^qualis moribus, non impar officiis. (De Obilu Satyri , n. 16.)
3 His ergo duobus germanis fratribus virgo Christi Marcellina quasi duarum fulla remigiis alarum, lerrena prsetervolans, aditum quolidie cœleslis patriœ suspirabat. ( Paneg. , ex Mombritio, apud Bolland. 17a Julii ^ cap. II, n. 12.)
4 V. D' Biraghi, Vir de sainte Marcelline , ch.xvu : Retraite à la villa.
Vérone. Elle n'était qu'à quelques pas de Fiunie-Frigido, assise sur les premiers coteaux de la Briance , au sein d'un paysage qui a de gracieux aspects et une imposante grandeur. Devant elle, à perte de vue, se déroulaient des prairies, de beaux bois, des sources vives, de nombreux cours deau, des pelouses de verdure de laquelle émergeaient d'élégantes villas et des maisons rustiques. De grandes vignes s'échelonnaient sur les collines fertiles, inondées de soleil. Le lac de Gôme est plus loin , avançant ses deux bras vers cette heureuse contrée qu'on surnomme encore le jardin de la Lombardie. Puis au fond, un immense cercle de montagnes, décrivant une ligne onduleuse, dessine, dans l'ardent azur, les derniers confins de la terre et du ciel. S'il est vrai qu'on retrouve quelque image des grands hommes dans le caractère des lieux qu'ils ont aimés, nul autre ne rappelle mieux l'âme de saint Ambroise que cet horizon où tout parle de majesté, de douceur et de paix '.
Ce jfut là, et dans la ville, que Marcelline vit bientôt se grouper autour d'elle quelques-unes des vierges dirigées par son frère, qui l'appelait « une ancienne et vaillante maîtresse de la virginité , chargée de former les recrues de celte milice ». Au premier rang il faut mettre la première compagne de sa vie religieuse à Rome , qui, ne voulant pas vivre séparée d'elle, l'avait suivie à Milan; la tradition locale y joint sa sœur Candide, que Paulin devait plus tard retrouver en Afrique, dans un âge avancé , et qui sans doute revint mourir en Italie, où elle fut ensevelie dans la basilique Ambroisienne -.
1 Celle villa est un oraloiie dépeiulanl de Calugate, et saint Cliarles Borromée le soumit à Bruglierio, commune de Monza. On prétend que loratoire possédait des reli(|ues des rois mages dont le présent remonterait au temps de sainte Marcelline. (V.Giulini, Mémoj'res, etleMurtyrologium Mediolanense, 169u, au 0 janvier.) Ces reliques lurent reconnues par le cardinal -archevêque Frédéric Borromée en 1021.
2 Elle est honorée d'un culte particulier le 31 août. Depuis le
On vit aussi fleurir à Milan, dans ce temps-là la trèsillustre vierge Manlia Daîdalia. On croit qu'elle était sœur de Théodore Manlius, dont le nom est inscrit dans les fastes consulaires de l'année 399. Claudien a célébré en vers son consulat. Saint Augustin, qui l'avait connu à Milan, a vanté sa vertu '. Manlia Daedalia partageait la riche fortune de son frère. Mais aux brillantes alliances que le monde lui présentait , elle préféra la consécration virginale. On lisait sur sa tombe : « Illustre par sa nais- « sance, d'une richesse opulente, Manlia demeura vierge « pour être la mère des pauvres. N'ayant plus rien de « terrestre dans un corps périssable , elle ne connut « d'autre voie que celle qui conduit au ciel. Agée de près « de soixante ans, elle est remontée, par delà les étoiles, « jusque dans le sein de Jésus-Christ -. »
ix" siècle on y vénère son image, avec le titre de sainte , dans la mosaïque du chœur. Son nom se trouve inscrit dans les plus anciens manuscrits des litanies des Rogations.
Mais c'est uniquement la tradition milanaise i:|ui donne Candide pour compagne de Marcelline à Rome et à Milan. Le biographe Paulin dit seulement que Candide était la sœur de la vierge compagne de Marcelline, sans nommer cette vierge : " Comité alla virgine, cujus virginis soror Candida. » [Vila Ambros. , n.4.)
N'y aurait- il pas eu là entre les deux sœurs une confusion que la tradition et l'artauraient sans doute accréditée, et qui de là auraitpassé jusque dans l'histoire? (V. dans la Vie de sainte Marcelline par le D' Biraghi, ch. xx.)
1 V. S. August. de Beaia Vila Tract, xiii, p. 168. On trouve un grand nombre de lettres de Symmaque à Théodore. — V. sur ce personnage : Tillemont, Hist. des Emper., t. I, art. ix : Du Consul Théodore et de quelques autres officiers.
2 Clara genus, censu pollens et mater egenlûm,
Virgo sacrata Dec Manlia Deedalia , Quœ mortale nihil mortale in corpore volvens
Quo peleret cœlum semper amavit iter.
Sexaginta annos, vicino limite, tangens,
Relulil ad Chrislum, celsa per astra , graduni
I8U MAllCELLINE ET LE COLLÈGE DES VIEKGES A MILAN
L'inscription ajoutait : « O ma sœur, moi, Théodore votre « frère et votre héritier, ai fait graver ces mots pour qu'ils u soient relus par les siècles à venir '. »
Le temps n'a pas trompé l'espérance du consul. Le marbre original qui porto cette épitaphe subsiste encore dans l'ancienne basilique de Saint-Victor ou de Fausta, où était le tombeau de la sainte patricienne. L'Église Saint-Nazaire possédait aussi une partie de ses reliques, et, au XVI'' siècle, saint Charles en retrouvait des fragments dans un coffret sur lequel se lisait ce religieux adieu : a Daîdalie, vis dans le Christ : Dœdalia , vivas in ChHsto -. »
Enlîn il y avait déjà longtemps que la colonie virginale tlorissait à Milan, quand on y vit entrer une jeune fille bolonaise dont la vocation se relie à des événements qu'il faut faire connaître ici, parce que leur trame se mêle à l'histoire d'Ambroise.
L'aïeul de cette vierge était Eusèbe de Bologne , qu'il ne faut pas confondre avec l'évêque de ce nom. Eusèbe, ami d'Ambroise, avait plusieurs enfants. L'un d'eux était Faustin , homme d'une foi éprouvée , mais d'une sensibilité poussée à l'excès. Il avait aussi une fille mariée, une de ces femmes rares qui semblent destinées à devenir l'honneur, le charme et le parfum de la terre, à qui Dieu trop souvent ne les prête qu'un jour. Elle mourut soudainement, laissant après elle plusieurs enfants orphelins. Ce fut pour son frère Faustin un coup qui faillit le rendre fou de douleur. Il disparut subitement, et on apprit bientôt que , ne pouvant plus voir le monde après une telle perte , il s'était enfui au fond des gorges de l'Apennin pour y vivre dans son deuil, loin des hommes , et près de Dieu.
1 Hœc, Germaiia, tibi Theodorus IValer et liœrcs
Quas releganl olini sœcula fulura ilcdi.
2 V. Piiricelli, Monum. basiliciv Ambros., n. lit.
Ambroise ne l'abandonna pas à son désespoir. Il lui adressa une lettre pressante pour l'engager à revenir auprès de sa famille et de ses petits neveux, qui l'attendaient comme un père. « Je prévoyais bien, disait-il, la profonde douleur dans laquelle vous jetterait la mort de votre sœur. Mais je pensais que ce coup vous rapprocherait de nous , loin de vous éloigner. Si les consolations ne peuvent guérir la tristesse, elles lui sont souvent salutaires. En vous enfuyant dans le fond des montagnes , parmi les grottes habitées par les bêtes sauvages, vous avez rompu non-seulement avec la société, mais, ce qui est bien pire, avec le bon sens '. »
Ambroise ne voulait donc pas, — et il développait ici ces considérations, — qu'on embrassât la vie de retraite et de perfection au détriment des devoirs sacrés de la famille : «Votre incomparable sœur, écrivait-il à Faustin , se flattait, en mourant, de la consolante pensée que vous restiez après elle, pour être le père de vos neveux, le guide de ses enfants, l'appui de ses orphelins. Pourquoi, par votre fuite , nous priver, nous et eux, de vos utiles services? Ce que demandent de vous ces êtres chéris, c'est bien moins de pleurer que de les consoler; car, vous voyant, ils croiront n'avoir pas perdu entièrement leur mère, ils la retrouveront en vous, ils penseront posséder encore la douceur de sa présence, et estimeront que sa vie leur est rendue dans la vôtre -. »
C'était vers l'année 387 que se passaient ces choses ^. Environ cinq ans après * , nous trouvons établis dans la
1 Tu aulem abiisti in socreto monlium, et inler ferarum diversaris spelsea , omni humanae conversalionis usu abdicato, et, quod gravius est, judicio tuo. (Ainbr. Epist. xxxix, n. 1 ; t. II, p. 9i4.)
2 111a te cara pignora vocant, non ad dolendum , sed ad consolandum, etc. (Epist. xxxix, n. 2.)
3 Telle est la date de cette lettre dans l'édit. hénédict. (Epist. xxxix, p. 944, in niargine.)
4 Fbid. (Epist. lv, in margine.)
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maison d'Ambroise et sous sa direction |)lusieurs petits enfanlsde celte famille afliigée. L'un d'eux s'appelait Faustin, et c'était sans nul doute le fils de Faustin consolé par Ambi'oise. Deux autres, frère et sœur, portaient , l'un le nom d'Ambroise, l'autre celui d'Ambrosie, soit qu'un lien de parenté les rattachât à l'illustre famille de l'évêque, soit que ce nom leur eût été conféré en l'honneur du saint homme, comme les femmes d'Antioche faisaient porter celui de Mélèce à leurs enfants. Ambroise et Ambrosie , « mes deux Ambroises, » ainsi que les appelait le pontife, étaient-ils les enfants de la femme chrétienne tantpleurée par les siens? On l'a conjecturé, sans qu'il soit possible d'en produire les preuves. Il est certain du moins que Faustin , revenu de sa solitude de l'Apennin, avait donné des soins de père à la jeune Ambrosie. L'évêque lui rendait le témoignage que c'était lui qui, au milieu de tous les orages du monde, avait élevé la colombe spirituelle, et préparé cet autel que Dieu devait consacrer* ». De son côté Eusèbe aimait d'une affection d'aïeul et de chrétien sa petite- fille, alors dans la fleur de l'âge. Aussi l'avait- il recommandée particulièrement à l'évêque son ami, et il formait pour elle les plus brillants projets, quand il apprit que son enfant de prédilection avait conçu le dessein de se consacrera Dieu. « Vous m'avez recommandé votre chère fille Ambrosie, qui est aussi la mienne, lui disait son saint ami, et vous m'assurez qu'elle occupe la première place dans votre cœur de père. Vous avez bien raison ; car vos autres enfants vous les élevez dans la pensée qu'ils vous quitteront en se mariant ; mais celle-là vous l'aurez toujours auprès de vous. Vous êtes père pour tous
1 Is i|ui iiiler iiuinili luijus procellas s|iirilualoin nulrivil columbam. Isqui aîdilicavil aram Doo qiieiii bonodi.vil Deus. (Episl lv, n. 1, en note, p. 100'».)
les vôtres ; mais vous êtes plus qu'un père pour celle dont votre piété va faire une otTrande" agréable à Dieu 1. »
Dès qu'il fut assuré que la vocation de sa fille était réellement un appel de Dieu , Eusèbe n'hésita pas à faire le sacrifice que le Ciel lui demandait. Ambrosie reçut le voile vers la Pâque de l'année 392. Ce fut une fête solennelle. L'évêque y prit la parole , et le discours qu'il prononça dans cette circonstance porte le titre de Vlnstilution d'une vierge. C'est un de ceux où Ambroise déploie les plus pures grâces de son génie inspiré par l'Écriture sainte*.
Il commençait par féliciter le vieillard d'avoir , comme le juste Abel, immolé à Dieu la meilleure brebis de son troupeau. Puis, après de longues et substantielles considérations sur la perpétuelle virginité de Marie, il revenait à la consécration de la vierge sa fille , et c'est par cette prière que le discours se termine :
« Et maintenant, Père de la grâce, qu'il me soit permis de me tourner vers vous et de vous remercier de nous avoir rendu dans vos vierges sacrées la vie des anges autrefois perdue par le genre humain au paradis terrestre'... Je vous en prie, protégez, Seigneur, votre servante qui a voulu consacrer à votre service les généreuses ardeurs de sa virginité. Je vous l'offre comme prêtre, je vous la confie comme père. Que votre bonté et
1 Commendas mihi pignus tuum, quod œque est meum, Ambrosiam Domini sacram, et pio aiïectu ejus tibi adseris praestantiorem reliqua sobole sollicitudinem, etc. (Ambr. de Institut, virginis , ad Euscb.', cap. I, n. 1 ; t. II, p. 249.)
2 Le principal sujet en est la perpétuelle virginité de Marie, ce qui en fixe la date vers Pâques de Tannée 392 , alors que l'hérésie de Bonosus contestait celte prérogative à la Mère de Dieu. (V. sur cette date : In librum admonition, édit. bénédict. , p. 247.)
3 Hune ad te, Pater gratiœ, vota couverte, etc. (De Institut, virginis cap. xvii, n. 104.)
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voire puissance lui ouvrent la maison de son céleste Epoux , pour l'introduire auprès de son Roi et de son Dieu'... Achevez votre œuvre, ô Père souverain : que semblable à Marie, et ornée de ses vertus, cette vierge votre servante se présente à votre aulel , non pour y étaler une blonde chevelure étincelante de diamants sous le voile nuptial, mais pour vous y olïrir, sous le bandeau des vierges, ces cheveux destinés, comme ceux de Marie la sainte femme de l'Kvangile, à essuyer humblement les pieds de Jésus-Christ , et remplir toute la maison de leurs parfums... ^
« Revêtez votre servante d'une robe dont rien ne souille jamais la pureté. Conservez -lui cette huile des douces vertus qui doit brûler dans la lampe de la vierge sage, pour l'heure où l'époux viendra la surprendre... Que jour et nuit son cœur veille , afin que le Verbe ne la trouve jamais endormie. Qu'elle soit pure comme la tourterelle . simple comme la colombe. Donnez à son cœur la droiture, à ses lèvres la sagesse , à son front la pudeur. Qu'elle soit tendre pour ses parents, miséricordieuse pour les pauvres. Que le mourant la bénisse, et que la veuve exalte son nom^
« Et vous , Seigneur Jésus , venez , apparaissez pour la fête de vos noces ! Accueillez cette vierge : elle vous appartient depuis longtemps par ses désirs, elle va devenir vôtre par sa profession. Ouvrez votre main, pour remplir sa vie de votre bénédiction, au nom de la croix immortelle, au nom de la glorieuse Trinité, le Père, le •Fils, et l'Esprit, à qui soil honneur et puissance éternelle*! »
• Te quaeso ut liiearis liane famiilam tiiam... Quani sacerdotali munere alTero, affectu palrio commendo. [De Inalil. virg. cap. .wii , n. 107.] 2 Jbkt. , n. 109.
a Ibid., n. 112.
-» ll>iJ., n. li'i.
Ambrosie ne fut ni le dernier ni le plus grand gage que reçut l'institut des vierges de Milan. Nous y verrons plus tard des princesses du sang impérial demander à être admises parmi celles que l'évêque appelait «ses Filles saintes ». Certes elles méritaient ce nom par leur vie surhumaine dont on aime à retrouver non-seulement l'esprit, mais encore la règle, l'ordre et les exercices dans les instructions d'Ambroise. C'est déjà la discipline monastique de l'avenir avec son observance et ses alternatives d'oraison, de lecture, de silence, de travail des mains, de mortification et de récitation de l'office divin. Môme les principales parties de la prière liturgique ne sont-elles pas déjà en substance dans les prescriptions suivantes?
« Vous prierez régulièrement avec action de grâces , aussitôt après le lever, quand vous sortirez, après et avant le repas, à l'heure de l'encens', et enfin avant votre coucher.
« Je veux que même, la nuit, vous entremêliez les psaumes avec l'Oraison dominicale. Nous devons aussi, et très- particulièrement, réciter chaque jour le Symbole avant l'heure de la lumière : un soldat ne va jamais sans porter sur lui son engagement militaire, soit dans le repos de la tente , soit sur le champ de bataille -. »
Et de vrai , c'était une bataille que ces femmes énergiques livraient à l'égoïsme , la lâcheté , le sensualisme de leur temps et de tous les temps. Non- seulement la
1 liora incensi [n. 18). Celle expression se trouve dans saint Luc, cap. II, 10... Elle désigne le soir et l'heure à laquelle les Juifs l'aisaient le sacrifice et l'encensement. Le D" Biraghi l'entend de l'heure à laquelle on allumail les flambeaux : Ad incensum lucernse. {Inni si'ncerijp. 125, note!.)
2 Ambres, de Virginit. lib. 111, cap. v, n. 18-20. Symbolum debemus specialiter antelucanis horis quotidie recensere (n. 20). Cette injonction de repasser sans cesse le Symbole est rappelée dans un fragment retrouvé par le cardinal Mai, et attribué par lui à saint Ambroiso. [Scriptor: veter. Nova Collectio: t. VII, iiomœ, typis Vaticanis, p. 156.)
vertu en sortait victorieuse et plus forte ; mais la vérité elle-même en sortait plus lumineuse. Cette immolation n'était pas seulement le plus grand témoignage d'amour qu'un cœur mortel puisse donner à Jésus-Christ, c'était de plus la preuve perpétuellement vivante de sa divinité. « Car enlin, se demandait récemment un cœur de père, éloquent entre tous , et qui avait eu sa part de ces sacrifices; car enfin, (lucl est donc cet Amant invisible qui , mort sur un gibet il y a dix-huit siècles, attire ainsi à lui la jeunesse, la beauté et l'amour; qui apparaît aux âmes avec un éclat et un attrait auxquels rien ne peut résister; qui prend toute vivante la chair de notre chair, et s'abreuve du plus pur de notre sang? Est-ce un homme? non , c'est un Dieu. Voilà le grand secret, la clef de ce sublime et douloureux mystère. Un Dieu peut seul remporter de tels triomphes et mériter de tels abandons. Ce Jésus dont la divinité est tous les jours insultée ou niée , la prouve tous les jours , entre mille autres preuves , par ces miracles de désintéressement et de courage qui s'appellent des vocations. Des cœurs jeunes et innocents se donnent à lui pour le récompenser du don qu'il nous a fait de lui-même. Et ce sacrifice qui nous crucifie n'est que la réponse de l'amour humain à l'amour d'un Dieu qui s'est fait crucifier pour nous '. »
1 M. de Monlalembert, Moines d'Occident , t. V, à la fin.