NAUFRAGE ET BAPTÊME DE SATYRE
notre amitié. Adieu '. » Peu de jours après , et malgré les regrets de la séparation, Satyre prit le premier navire en partance pour l'Afrique qu'il trouva dans le port -.
C'était pendant l'hiver; le vaisseau était vieux , avarié , incapable de tenir longtemps la mer. A peine fut-il en vue des côtes de Sardaigne, qu'ayant donné rudement sur un banc de récifs, sa carène s'ouvrit et fit eau de toutes parts ^ Satyre comprit tout de suite que c'en était fait de lui. Dans l'épouvante générale, lui seul, moins effrayé de la pensée de la mort que de celle de l'éternité, « implorait du Ciel la grâce de ne pas mourir avant d'être régénéré par les sacrés mystères *. » Ce fervent catéchumène n'était pas encore baptisé.
Plusieurs passagers l'étaient. Ceux-là, suivant un pieux usage de cette époque, avaient embarqué avec eux le corps de Jésus- Christ. Quand ils se virent sur le point de mourir, ces chrétiens offrirent le plus admirable spectacle qui se puisse peindre. Ils prirent le divin Viatique , l'adorèrent ensemble , et s'en communièrent pour la dernière fois ^.
Jaloux de ce bonheur qu'il ne pouvait partager. Satyre eut en ce moment une sublime inspiration de foi. Il supplia les initiés de lui confier l'hostie divine qu'ils portaient, la fît mettre religieusement dans un linge sacré nommé orarium , l'attacha à son cou ; puis, se jetant à la
1 Longum loquantur pro incognitis aul alienis verba fracturi. Mihi hsec opéra desinenda est, cum litteras nostras Sa tu rus fra ter communisaccipiat, quas non commendationi ejus prœsliti, sed nostro circa vos amore functus emisi. Vale. (Symmach. Epist. lvii, lib. I, p. 23, ad Celainum Taliartum.)
2 De Excessu Satyri lib. I, n. 26.
3 Ibid. , n. 43.
4 Ilnd., n. Yô.
^ Cet usage de porter l'Eucharistie dans les voyages subsista pendant le moyen âge. On voit entre autres saint Louis remporter dans son expédition d'outre-mer, ainsi que le rapporte Guillaume de Nangis.
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mer, il ne s'inquiéta plus, raconte encore Ambroise, de trouver quelque débris de navire pour s'y attacher, fort du secours divin dont il s'était muni '. « Ce n'est pas , dit le Docteur, qu'il ait voulu porter un regard indiscret sur les secrets de l'autel. Il désirait seulement témoigner de sa foi et en recueillir le prix*. »
Satyre put gagner une île qui était proche. C'était l'île de Sardaigne ; et force fut à lui d'y séjourner un peu, avant qu'un autre vaisseau fît voile pour l'Afrique ^ Après avoir pourvu par lui-même ou par d'autres au sauvetage des hommes qu'avaient épargnés les flots , il chercha une église où il pût rendre grâces à la protection divine, se faire baptiser, et recevoir Celui dont Ambroise disait : « Si telle est la puissance du corps de Jésus-Christ quand il est enveloppé dans un orarium, quelle n'est pas sa vertu lorsqu'il repose sur nos lèvres et habite dans nos cœurs * ! »
Tout pressé qu'il était de recevoir le baptême, Satyre ne voulait néanmoins l'accepter que de la main d'un évêque parfaitement orthodoxe. Or le schisme de Lucifer, évêque de Cagliari, tenait alors séparés du centre de l'Eglise plusieurs évoques de Sardaigne. « Ce n'est pas, explique Ambroise, que les Luciferiens n'aient conservé la foi en ce qui regarde Dieu, mais ils ne la conservent pas envers son Église. Cependant l'Église est le corps de Jésus-Christ. C'est pour elle qu'il a soulTert ; et il est évident que ceux-là ne gardent pas la foi en Jésus- Christ qui rendent sa passion vaine et qui déchirent son corps'. »
1 Elenim ligari fccilin orario, et orarium involvit collo, alquesemunilum salis credens, alia auxiiia non tlesideravit. {De Excessu Salyri lib. I, n.43.)
i Ibid.
3 lôiiL, n. 'i7.
4 Ibid. , n. Vi.
5 ]hid.,n.M.