‹ Histoire de saint Ambroise (volume 2)Chapitre 62 sur 134 · NAUFRAGE ET BAPTÊME DE SATYRE · texte numérisé non relu

NAUFRAGE ET BAPTÊME DE SATYRE

Ce schisme malheureux désolait précisément le diocèse où le naufrage avait jeté Satyre ; l'ardent catéchumène se mit en route aussitôt pour trouver un autre évêque. Il en rencontra un, et le naufragé lui demanda avant tout (c s'il était dans la communion des évêques catholiques, c'est-à-dire dans Tunité de FÉglise romaine ' «. Celte parole d'Ambroise est pleine de lumière sur la question centrale du catholicisme.

L'évêque ayant assuré Satyre de sa fidèle soumission au saint-siége, celui-ci reçut de ses mains la grâce du baptême, et son frère se porte garant qu'il ne la perdit jamais. « 11 a gardé sans souillure les dons du sacré baptême, pur de corps, pur de cœur, innocent comme une vierge, simple comme un enfant, ayant horreur d'un mot comme d'une action honteuse , aussi chaste dans ses paroles qu'il l'était dans ses mœurs -. »

Mais pendant quelàme renaissait, le corps était brisé. Le naufrage avait ruiné la santé de Satyre; et à peine fut-il sur le sol de l'Afrique, qu'une maladie terrible le conduisit en peu de jours aux portes du tombeau. Mourir presque au sortir des eaux sacrées du baptême: c'était le vœu de sa foi ; mais mourir loin de son frère et de sa sainte sœur lui semblait un sacrifice plus dur que celui de la vie. Il demandait à Dieu de revoir l'Italie; il implorait la céleste assistance de saint Laurent, le martyr que Rome lui avait appris à vénérer. 11 désirait du moins vivre encore assez de temps pour retrouver Ambroise et lui faire ses adieux. « Ah ! que n'r-t-il demandé davantage! s'écriait l'évêque. 0 frère, qui obteniez la grâce de votre

1 Advocavil ad se episcopum, percontatusque est ex eo utrumnam cum episcopis calholicis, hoc est, cum Roniana Ecclesia conveniret. [De Excessu Salyri , n. 47.)

2 Dei graliam et accepit desideralam et servavit acceplam. Intemerala sacri baptismi dona servavit, mundus corpore, purior

corde, etc. [Ibid., n. 48 et 32.)

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retour, ne pouviez -vous obtenir celle d'une plus longue vie ' ! »

Il fut guéri en effet , ou du moins il parut l'être. Ayant conclu heureusement l'affaire qui l'avait conduit dans cette contrée, Satyre reprit la mer, qui, plus clémente cette fois, le porta à Ostie ; et peu de temps après nous le trouvons à Rome, où le vieux Symmaque le reçut et le traita comme un fils -.

Cet ami entreprit de le dissuader de retourner immédiatement à Milan, Les raisons ne manquaient pas. Le nord de l'Italie était alors en feu ; les Goths infestaient encore la Mœsie, la Pannonie, l'Illyrie, poussant leurs courses jusqu'aux portes de l'Emilie. Ils enlevaient les habitants , pillaient les voyageurs , déshonoraient les femmes. Les routes étaient peu sûres, les passages impraticables. Impuissants à se défendre , les paysans abattaient les forêts, qu'ils précipitaient dans les défilés des Alpes pour les fermer à l'ennemi'. Symmaque représentait ces obstacles à Satyre : « Partir maintenant, disait-il, c'est chercher le danger, c'est se jeter au-devant des armes. — Je le sais, répondait Satyre, et c'est pourquoi je m'en retourne; car je ne puis concevoir que mon frère coure un péril, sans que je sois près de lui, pour le conjurer ou le partagera »

1 De Excessu Salyri , n. 17.

2 C'est du moins la conjecture des édit. bénédict. {De Excessit Salyri, n. 32, note.] Si on prétend, au contraire, que Satyre trouva Symmaque en Afrique, il faut reculer ce voyage jusque dans l'année 374, en laquelle Symmaque y exerçait le proconsulat. Mais alors le nom de père ou de patron de Satyre s'appliquerait mal à ce jeune proconsul, moins âgé que son client.

3 Ambr. , ibicL, n. 31.

4 Qui cum a viro nobili rovocarelur, Symmacho tuo parente, quod arderc belle Italia diieretur..., respondisti banc ip^aai tibi oausam esse veniendi, ne nostro déesses periculo, et consortem te fralrem discriminis exhiberes. [Ibid., n. 32.)

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