MALADIE DE SATYRE
pas, même en restant sur terre » , comme il le disait dans une douloureuse amertume*. Feu de temps après son retour, Satyre se sentit frappé, 'mais mortellement cette fois et sans espoir; w comme si Dieu n'avait rappelé des plages de l'Afrique et de la Sicile ce frère bien-aimé que pour le montrer aux siens pendant de courts instants, et ne pas leur refuser la consolation suprême de son adieu *. »
Les derniers instants de Satyre furent ceux d'un grand chrétien , d'un grand homme de bien , et d'un grand citoyen.
Il était étendu sur son lit de douleur, — ce même lit pauvre et simple comme celui d'un anachorète, que l'Église de Milan prétend posséder encore. — Mais, oubliant ses maux pour ne voir que ceux de son pays, « il considérait amèrement l'Italie pressée par les barbares, les citoyens égorgés, nos vierges outragées, nos proches mis à mort, les enfants arrachés des bras de leurs mères, les vieillards insultés, et, pour seul rempart entre les barbares et nous , des branchages entassés dans les gorges des montagnes '. » Il ne s'effrayait pas pour lui, mais pour Ambroise, qu'il laissait seul, exposé aux représailles ariennes , et il lui conseillait de s'y dérober par la fuite. « Ce n'était pas le conseil de la pusillanimité, c'était celui de la tendresse, observait l'évoque, et lui, qui était si fort contre lui-même, n'était faible que pour moi *. «
Le mal fit des progrès rapides. Continuellement penché sur la tête du mourant, Ambroise « semblait vouloir aspirer le dernier souffle de son frère, comme pour recueillir son
1 Sed graviora naufratria in terris positi susliDemus. (N. 27.)
3 Ibid., n. 31.
4 Ibid.. n.32.