RETOUR DE SATYRE
C'était un autre genre de péril qu'Ambroise avait couru. D'abord la nouvelle de la maladie de son frère arrivée jusqu'à lui lui avait déjà porté un premier coup. « De quel frisson mon âme ne fut -elle pas saisie par la crainte de te perdre, lui disait -il plus tard, et quel abattement s'empara de mon cœur quand je te sus malade ' ! » Puis il fut pris lui-même, et dans ce même temps, d'un mal qui lui fit perdre un moment l'espérance de revoir Satyre en ce monde. En vain Marcelline l'entourait de dévouement : il demandait son frère. « Dans ce déclin de ma vie, lui dit-il, mon seul regret était de ne pas te voir près de mon lit de souffrance, à côté de ma sœur, pour me rendre les derniers devoirs , et me fermer les yeux quand je ne serais plus -. »
lisse revirent enfin. Us se redirent leurs craintes, leurs souffrances , leur joie de se retrouver : ce fut une renaissance. On fit des projets d'avenir. On allait ériger une nouvelle basilique, probablement la basilique des Saints- Apôtres : Ambroise était heureux d'en communiquer les plans à son frère. Celui-ci lui reprochait de ne s'être pas mis à l'œuvre , sans attendre son retour. « Que ton âme m'en soit témoin, répondait l'évêque, dans ces sortes d'entreprises je ne voudrais rien faire qui ne fut de ton goût ^. » On reprit donc la première vie , rendue encore plus sainte par le baptême de Satyre, et Ambroise s'abandonna à l'espérance joyeuse « qu'une fois son frère revenu d'Afrique, déUvré de la mer, et sauvé du naufrage, rien ne pourrait désormais les séparer l'un de l'autre *. »
Mais « il y a d'autres naufrages, auxquels on n'échappe
1 De ExcessH Satyri , n. 16.
3 Ibid., n. 20.
4 Ibid. , n. 27.