‹ Histoire de saint Ambroise (volume 2)Chapitre 72 sur 134 · PREMIÈRE AMBASSADE D'AMBROISE A TRÊVES · texte numérisé non relu

PREMIÈRE AMBASSADE D'AMBROISE A TRÊVES

« dit-il, pour traiter avec vous d'un accommodfement, « mais nullement pour promettre la venue de Valentinien. « Je ne puis , à aucun prix, prendre un engagement qui « dépasse mes pouvoirs '. »

Il ne sortit pas de là ; et Maxime, rompant brusquement la conférence : « Eh bien, attendons, dit-il avec dépit, ce « que le comte Victor rapportera de Milan -. »

On avait, en effet, envoyé le comte Victor présenter à Justine les mêmes propositions; et ce député s'était croisé avec Ambroise sur la route, à Mayence.

Toutes ces négociations laissaient à l'Italie surprise et désemparée le temps d'organiser chez elle la résistance; c'est ce que cherchait Ambroise. Il ne demeura pas moins de trois mois auprès de Maxime, mais sans vouloir rien conclure, et attendant la réponse de Justine à Victor. Elle arriva enfm, et telle qu'Ambroise la souhaitait. Mais avec le refus de la cour de Milan, le comte rapportait des nouvelles assez inquiétantes pour son maître, du côté de l'Orient, où Théodose, irrité du meurtre deGratien, se préparait à le venger. Alors, forcé de pourvoir à sa défense propre, Maxime rabattit beaucoup de ses prétentions. Ambroise saisit ce moment pour faire valoir les siennes, et il obtint de lui qu'il ne serait pas touché aux États possédés par le jeune empereur.

Le traité une fois conclu , l'évêque se remit en route pour sa ville de Milan. A Valence il rencontra une dernière députation de Valentinien II, refusant absolument de se rendre auprès de Maxime. Quand il toucha les Alpes , il trouva les versants de la Gaule et de l'Italie gardés militairement par chacun des deux partis, impatients d'en

i De pace nobis legationem commissam, non de adventu ejus promissionem. Spondere nos id non poluisse certum est quod mandadim non erat. (Epist. xxiv, n 7.)

2 Expeclemus quid Victor responsi referai. {Ihid.)

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venir aux mains, ot également convaincus que la convention de Trêves n'éloil qu'un armistice.

Ainsi, par ses délais et sa ferme altitude, le sage éveque avait sauvé et la dignité de l'empereur et les fronlièrcs de rilalic. Maxime s'en aperçut quand il n'était plus temps. « J'ai été joué par vous, disait-il plus tard à Ambroise ; et si vous ne m'aviez retenu par vos négociations, quel obstacle aurait pu s'opposer à ma vaillance '? » Ambroisc n'avait pas de peine à démontrer non-seulement l'entière bonne foi. mais la noble et religieuse beauté de sa conduite. « Glorieuse accusation que celle d'avoir sauvé le pupille impérial ! Quel devoir est plus digne d'un évoque que celui de défendre les orpbelins? L'Écriture l'a dit : « Soutenez la cause de l'orphelin, faites rendre « jusiiccà la veuve, empochez qu'ils ne soient victimes de « l'iniquilc. « Et ailleurs : « Ils sont les juges des veuves, « et les pères de rorphclin -. »

Dans cette première ambassade, Ambroise réclama- t-il les restes de Graticn? Il est permis de le croire; mais ce fut sans succès. Maxime craignait trop que le spectacle des obsèques de sa jeune victime ne réveillât des regrets qui se fussent tournés en haine, et peut-être en révolte contre les assassins. Il lui épargna du moins l'injurieux traitement dontill'avait menacé ; et Ambroise dut remettre à des temps plus heureux l'occasion de redemander ces reliques si chères.

Il en recueillit d'autres. Lœta , la jeune veuve de l'empereur C4:orgé, et Pissamène, la mère de celte épouse en deuil, vinrent chercher ensemble leur consolation auprès de celui qui savait guérir les blessures des âmes comme

1 Me lusisli lu... Si ego, quando venisli , non fuissem releiilus, qiiis mihi objlilis.-cl cl virtuli mc-a'? (Episl. .\.\iv, n. 4.)

2 Gloriaii) inilii osl et. Iioc pro salule pupilli impcratoris. Quos enim episcopi iiiagis (|uam [lupillcs dcbemus lueri ? {Ibid., n. 5.)

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