PREMIÈRE AMBASSADE D'AMBROISE A TRÊVES
Sirmium rimpératrice Justine. Elle venait vcrsAmbroise demander sa protection pour Valcntinien , son fils. Ce n'était point qu'elle eût dépouillé le vif ressentiment qui l'animait contre l'évèque catholique; mais les passions de l'arienne s'étaient tues en présence des instincts de la mère; et, rendante Ambroise un hommage forcé, elle l'avait cru à la fois et assez généreux pour prendre sa cause en main et assez fort pour la gagner contre Maxime. Elle lui amenait son pupille, que l'évèque reçut comme un père. « Je te recueillis enfant des mains de ta mère Justine, disait-il plus tard en s'adressant à lui; elle te remit à moi en me demandant d'aller trouver ton ennemi, et ce fut de bon cœur que je me chargeai de cette mission pour te sauver '. »
Justine le suppliait donc de se rendre auprès de Maxime, afin de le déterminer à ne pas franchir les Alpes. Elle consentait forcément à reconnaître son pouvoir dans les Gaules qui venaient de se donner à lui, pourvu qu'il ne mît pas le pied en Italie , dont le jeune Valentinien saurait se contenter. Sans doute ce n'était là qu'une politique d'expédient , dictée par la nécessité, consentie par la faiblesse ; mais quelle autre était possible en celte extrémité? L'Occident était sans force , Maxime était victorieux , Théodose était loin , chaque heure pouvait amener le vainqueur à Milan; il fallait donc se hâter, et Ambroise partit.
On a justement remarqué que c'est la première fois qu'on voit un ministre de l'Eglise intervenir dans les affaires d'État. Ce qui est évident, c'est qu'avec Ambroise, et grâce à son génie comme à son autorité, l'Église entre dans de nouvelles conditions d'existence, et qu'une autre posi-
1 Ego tesuscepi parvulum, cum ligatus ail hostem luum pergtMvm. Ego Juslinœ malernia tradituin niaiiibus anipiexus siiiii. [De Ohilu Valrnlinia)ii, n. 28; l. 11, p. 118-2. )
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lion sociale lui est failc. Successivement pcrscculcc, tolérée, protc-j'-cc, elle protège à son tour; elle nnonte au pouvoir. Rlîen'en descendra plus, du moins tant que durera cette époque du moyen àije qui va s'ouvrir bienlOt. Comment en usa-t-cUc? pour quel bien? dans quel but? L'Iiisloire l'aju.^é, et l'unique chose qu'il faille constater ici, c'est que ce rôle politique lui élait commandé par les nécessités du présent et de l'avenir. L'C^-lise allait être appelée non-seulement à convertir , mais à transformer le monde, fi^er, discipliner des races presque sauvages, les initier à la vie ré-,Mdière des nations, donner au pouvoir sa consécration c-t sa limite, pénétrer de son esprit les mœurs et les lois. Comment l'eùt-elle pu faire, si elle n'eût apporté à cette œuvre laborieuse l'expérience avec la sagesse, l'habitude de l'autorité et de son cxcrcii^c? Demeurée seule debout sur les décombres de l'Empire, comment eût-elle été capable d'organiser ces débris et d'en faire sortir un autre état de choses , si déjà elle n'eût fait ses preuves d'intelligence, de dévouement et de force? Elle n'attendit pas celte crise pour apprendre les conditions du gouvernement des hommes; et ipiand ces hommes viendront remelire entre ses mains la tutelle d'un monde nouveau, rÉ-jlisc sera préparée à les conduire et à les sauver, non comme une dominatrice, mais comme une mère.
Maxime était a Trêves , où il avait élabli le siège de ses Étals; et, pour se rendre vers lui, il fallait affronter un climat rigoureux, aux premiers jours de l'hiver. Ambroisc, accompagné du comte franc Bauton et de .Marcellin, propre frère de l'usurpateur, fit diligence vers Trêves , qu'il n'avait pas revu depuis sa première enfance. Le lendemain de son arrivée, l'évêquedemanda une audience à Maxime.
Celui-ci se montra assez mécoiitent du choix qui avait été fait de cet ambassadeur, du juel il lui semblait qu'il n'aurait pas raison facilement. 11 airecla d'ab* rJ de
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le traiter avec hauteur : contre tous les usages et toutes les lois du respect, il lui fit signifier qu'il eût à se présenter, comme tout le monde, à l'audience publique du Consistoire. C'était ainsi qu'on appelait le conseil des grands officiers de l'État présidé par le prince. Plus tard Ambroise sut bien déclarer à Maxime qu'un évoque ne devait pas être traité de cette sorte. « Mais cette fois , avoue-t-il, je venais en suppliant, et je dus passer outre '. »
Après avoir accordé à son amour -propre la petite satisfaction d'humilier un grand homme, Maxime commença à prendre avec Ambroise un ton Irès-radouci. Pour parvenir à ses fins , il affecta même à l'endroit du jeune empereur, son collègue, des airs de protection et de magnanimité. « Pourquoi, dit-il à l'évêque, Valentinien n'est-il « pas venu vers moi comme vers un père ? Je l'aurais « reçu comme un fils. »
Valentinien entre les mains du meurtrier de son frère ! Maxime le protecteur, le tuteur de son prince en attendant qu'il se fit son spoliateur, et peut-être pire encore ! Ambroise n'eut pas de peine à deviner ce piège. « Est- il M convenable, répondit-il, qu'un enfant se mette en route « à travers les Alpes, avec une mère veuve, dans cette « rude saison? Et, sans sa mère, un enfant est-il capable « d'entreprendre un voyage si long, parmi tant de ha- « sards - ? »
L'ambitieux comprit qu'il était deviné. Il insista cependant; mais Ambroise coupa court. « Je suis venu, répon-
1 Consislorium luac ingressus sum, quia ul inforiori pacem pelebam. (Ambr. Epist. xxiv, n. 3.)
2 Ubi primum veni, cum diceres quod Valenliuianus ad te quasi filius ad patrem venire deberel, respondi non esse eequum ut aspero hiemis lempore puer cum maire vidua penelraret Alpes. Sine matre aulem tanto ilineri dubiis rébus commilterelur. (/(/., ibid., n. 7, p. 809.)