‹ Histoire de saint Ambroise (volume 2)Chapitre 93 sur 134 · AM'BROISE DEVANT LE TYRAN EUGÈNE S · texte numérisé non relu

AM'BROISE DEVANT LE TYRAN EUGÈNE S

pereur d'Occident. Arbogast, éloigné personnellement du trône par son origine barbare et les soupçons trop justes que la mort tragique du prince faisait peser sur lui, avait jeté la pourpre sur les épaules d'Eugène, rhéteur obscur, parfaitement ignorant de l'art de gouverner, mais par celte raison même plus propre à devenir l'instrument d'un général auquel il ne refuserait rien, parce qu'il lui devait tout. Une députation bizarrement composée de philosophes païens et d'évêques de la Gaule fut chargée d'aller notifier à Théodose l'avènement d'Eugène, avec un récit des faits auquel le grand empereur ne fit point de réponse : il n'était pas prêt encore.

Arbogast essaya de faire oublier son crime par une expédition contre des peuplades germaines, qu'il vainquit et incorpora dans ses troupes. Mais là même , en Germanie , il rencontrait un nom plus puissant et plus glorieux que le sien. Un jour, raconte Paulin , que le comte franc dînait en compagnie de quelques chefs de sa nation , un roi d'une de ces tribus lui demanda brusquement : « Connais-tu Ambroise? — Oui, je le connais, )•> dit le comte; puis prudemment il ajouta : « Je suis même de ses amis, et il m'arrive souvent de dîner avec lui. — Ah ! reprit le barbare, je m'explique maintenant tes victoires , car lu es l'ami d'un homme qui dit au soleil : Arrête-toi ! et le soleil s'arrête. » Un échanson présent à cet entrelien recueillit ces paroles, et c'est de lui que les tenait le biographe d' Ambroise *.

Un homme si universellement connu et honoré était à ménager : Eugène lui écrivit une lettre fort pressante pour lui demander le concours de son autorité. « Je ne répondis pas, nous apprend Ambroise, parce que je prévoyais ce qui allait arriver ^. »

1 " Ideo vincis, cornes, quia ab illo viro diligeris, qui dicit soli : Sta, et slat. » (Paulin, in Vila Ambrosii, n. 30.)

2 In primordiis imperii lui scribenti non rescripsi , quia islud prœvidebajT) fulurum. (Ambros. Epist. lvii, m. 11 , |i. 1012.)

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En eflct, avec Eugène, le paganisme commençait à relever la lôle; car ce roi de lliéùlre n'élail chrétien que de nom. Ami intime de Symmaque, il avait conservé j)our les fables du paganisme le culte puéril des beaux esprits d'alors. Le païen Flavien, préfet du prétoire, grand ami d'Arbogasl , vint lui demander de confiance le rétablissement de l'autel de la Victoire et la restitution des biens enlevés aux temples. L'affaire s'arrangea. Un compromis liabile restitua les privilèges des sanctuaires païens, non aux prêtres eux-mêmes, mais à leurs partisans les plus considérables, avec liberté d'en faire tel usage que leur conseillait leur religion. Il ne fut pas fait nommément mention du rétablissement de l'autel de la Victoire, mais il fut implicitement compris dans le décret. Les païens ne demandaient rien de plus. La députation du sénat revint toute triomphante de Gaule en Italie, où Eugène se disposait à aller recueillir le fruit de ses bienfaits.

Aussitôt qu'il connut l'approche de cet apostat, Ambroise quitta publiquement la ville de Milan. Il lui avait toujours répugné d'avoir avec le rhéteur couronné d'autres relations que celles commandées par sa charge '. Maison présence de ses actes de paganisme flagrant, il crut le silence impossible, et il lui écrivit une lettre énergique, où il faisait valoir les droits sacrés de la foi, en sauvegardant ceux de sa propre dignité. Il ne lui refusait pas le titre d'empereur que lui avait conféré le suffrage de l'armée . alors seule puissance appelée à faire ou à défaire les princes. Mais, se considérant moins comme le sujel d'un homme que comme le prêtre de Dieu et le défenseur de l'Église, il notifiait à Eugène la véritable raison de son départ de Milan et le mobile surhumain

1 Ulji causa ciiioisil olficii moi, el s^cripsi el rugavi. [ Ambros. t^pisl. i.\ II. 11. ]•>.)

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