‹ Histoire de saint Ambroise (volume 3)Chapitre 77 sur 123 · AMBROISE DIRIGE VALENTINIEN LE JEUNE IL PLEURE SA MORT · texte numérisé non relu

AMBROISE DIRIGE VALENTINIEN LE JEUNE IL PLEURE SA MORT

Reconnaissance de Valentinien pour Ambroise. — Vertus de ce prince. — Il est tyrannisé par Arbogast. Il est emmené en Gaule. — Il appelle à lui Axnbroise. — II meurt assassiné.

Ambroise pleure ce jeune prince. — Lettre d'Ambroise à Théodose.

— Douleur muette de Tévèque. — Il prépare les obsèques du prince.

— Il fait son oraison funèbre — Doctrine de l'évêque sur le baptême de désir et la prière pour les morts. — Glorification de Valentinien et de Gratien.

Théodose , en reprenant le chemin de l'Orient , avait laissé Valentinien solidement affermi dans la possession des États de son père, sous la garde de deux conseillers, Ambroise pour les affaires religieuses et pohtiques, le comte Arbogast pour le commandement des armées.

Depuis la mort de Justine^ le plus cordial accord régnait entre le prince et l'évêque de Milan. « Lui qui jadis s'était fait mon persécuteur, raconte celui-ci, m'aimait par-dessus tout, et après avoir voulu me proscrire comme un ennemi, il me considérait comme un père, s'ostimant heureux

d'être dirigé par moi. Je ne dis pas cela pour rappeler le souvenir de regrettables conflits, mais pour rendre justice à la pleine conversion du prince, et pour montrer qu'après avoir agi sous l'influence de sa mère, il n'obéit plus maintenant qu'au mouvement de son cœur*. »

On vit bientôt les fruits de cette docilité , et Valentinien devint peu à peu un autre homme entre les mains d'Ambroise. Il avait environ vingt ans à cette époque. On lui faisait un reproche de trop aimer le cirque ; il s'en abstint totalement, et n'y reparut pas même aux grands anniversaires que présidaient ordinairement les empereurs -. On l'accusait de perdre trop de temps à la chasse : pour en finir, il fit détruire la sienne en un seul jour ^ On lui reprochait son goût intempérant pour la table , il se montra dorénavant si sobre, que dans les dîners officiels donnés aux comtes de l'empire, il observait les jeûnes commandés par l'Église, et quittait parfois le repas sans y avoir rien pris *. Sa jeunesse triomphait de tentations plus délicates, et une actrice célèbre, dont la beauté avait fait de scandaleux ravages parmi la noblesse de Rome, ayant été appelée auprès de lui à Milan, il ne la voulut point recevoir, mais il la fit renfermer et tenir sous bonne garde ^. « On eût dit, remarque Ambroise, qu'il unissait en lui la sagesse des vieillards avec la forte grâce de l'adolescence ^. »

La conduite des affaires se ressentit de ce changement. Valentinien siégeait régulièrement au Consistoire, étudiait

1 Ambros. Epist. lui, n. 2; t. II, p. 1002.)

2 Ambros. de Ohitu Valentiniani , n. 15, t. II, p. 1178. — Philostorge [Hist., lib. II) s'est élevé amèrement contre cette passion de Valentinien pour le cirque et la chasse.

3 Ambros., ibid.

4 Ibid., n. 16.

5 Ibid., n. 17.

6 Imperator in quo annorum immaluritas et consiliorum senectus. [Ibid., n. 3.)

les questions, prenait en main les intérêts du peuple , se préoccupait d'améliorer le sort des provinces qu'on accablait d'impôts : « Et comment voulez-vous qu'elles supportent de nouvelles charges, quand elles peuvent à peine se libérer des anciennes? » demandait l'empereur à ses comtes '.

Il détestait la délation, et refusa d'instruire le procès d'une famille accusée de conspirer, ne voulant pas contrister, par l'effusion du sang, la joie de la fête de Pâques. Il renvoya cette affaire au préfet, traitant cette accusation de pure calomnie , conseillant la clémence et assurant à la défense toute sa liberté. « Désormais, sous son règne, on n'eut plus à redouter de jalouses dénonciations. Ce jeune homme ne faisait que rire des complots qui faisaient trembler les souverains les mieux affermis -. »

La vie privée du prince trouvait son charme et sa religieuse consolation dans l'amitié de ses deux sœurs , Justa et Grata, qu'Ambroise conduisait dans les voies parfaites de la virginité ^ « Valentinien, dit-il, se consolait avec elles, se reposait auprès d'elles , se délassant l'esprit par leur entretien, qui lui faisait oublier les soucis du pouvoir. Quelquefois il leur demandait de lui pardonner les torts qu'il aurait pu avoir dans sa première enfance, et il les suppliait de prier Dieu pour lui. Il leur baisait les mains et le front, trop heureux d'oublier sa majesté avec elles, et se délassant d'être grand avec le reste des hommes en se faisant petit avec ses sœurs *. »

Sa tendresse cependant n'excluait ni la force ni l'impar-

1 Prœterita, inquit, non queunt solvere : nova poterunt sustinere? [De Qbilu Valentiniani , n. 21.)

2 Risit adolescens qiiod robusti naetuunt imperatores. [Ihid., n. 18.)

3 Sacral. Hist. eccles. lib. IV, cap. xxxi, et Ambros. Epist. lui, n. o, not., p. 1003.

* In ipsis requiescebat, in ipsis se consolabatur, in ipsis relaxabat animum, et fessa curis corda mulcebat... Manus, capita sororibus osculabatur, imniemor imperii, memor germanitatis, etc. {De Ohitu J 'aient iniani , n. 30.)

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tialité. Un jour la possession d'un bien que ces princesses tenaient de leur mère Justine leur étant contestée au nom d'un orphelin, l'empereur refusa d'être juge dans l'affaire, et sous main fît dire à ses sœurs qu'elles feraient bien de se désister de leurs prétentions, pour justes qu'elles pussent être. « Elles se montrèrent dignes de lui , et renoncèrent à leurs droits, aimant mieux souffrir un dommage en leurs biens que de laisser une ombre sur le nom de leur frère '. »

Autant le prince goûtait la direction d'Ambroise, autant la domination arrogante d'Arbogast lui était odieuse. Ce chef, d'origine franque, avait servi fort jeune dans les armées romaines. Au milieu de la défection générale des officiers de Gratien , on lui avait su gré d'être demeuré fidèle à ses anciens maîtres, pour le compte desquels il venait d'achever la soumission des Gaules. Outre qu'il possédait la bravoure de ceux de sa nation, Arbogast, simple et sobre, ennemi du plaisir, généreux pour le soldat, infatigable au travail, avait su conquérir une popularité qui pouvait devenir le salut ou le fléau de l'empire. De tels hommes se résignent difficilement au second rang: il avait espéré régner souverainement sous le nom de Valentinien. La résolution très-prononcée chez le prince de gouverner par lui-même l'étonna, puis l'irrita. Soupçonnant que l'empereur trouvait le meilleur encouragement de sa conduite dans les conseils d'Ambroise, Arbogast engagea perfidement le prince à venir avec lui dans la Gaule transalpine, afin de le soustraire à cette influence protectrice, et de lui faire subir une tyrannie sans contrôle.

Valentinien n'évita pas le piège de son ministre. Entraîné dans une armée toute dévouée à son ennemi, et au sein d'un pays encore tout plein de ses victoires, confiné

< De Obitu Valentiniani, n. 37.

dans le palais préfectoral de Vienne, contrecarré dans toutes ses résolutions, désobéi dans toutes ses volontés, refoulé dans tous ses vœux, espionné dans tous ses actes, ce pauvre empereur nominal adressait à Théodose des plaintes qui ne parvenaient pas jusqu'à Constantinople ou restaient sans réponse. De Rome on lui suscitait de nouveaux embarras : le sénat redemanda pour la quatrième fois le rétablissement de l'autel de la Victoire. « Je n'étais pas auprès de lui, nous apprend Ambroise, et je ne lui écrivis pas un mot de cette affaire; mais la députation du sénat ne lui put rien arracher ' ! »

Le courage ne manquait donc pas au jeune prince malheureux, et il voulut en faire un acte décisif en destituant Arbogast en plein Consistoire. Quand il lui remit le décret qui lui retirait le commandement, celui-ci le déchira. « Ce n'est pas de vous , lui dit-il avec arrogance , que je tiens mon pouvoir, et ce n'est pas vous qui me l'ôterez. — Alors, reprit Valentinien, mieux vaut mourir que d'être un empereur sans autorité *. » Et il se jetait déjà sur l'épée d'Arbogast pour s'en percer lui-même, quand on les sépara. On sema le bruit que le prince avait voulu tuer le comte. Les relations devinrent impossibles entre les deux ennemis , et le souverain ne pouvant prolonger son séjour dans une armée commandée par son adversaire, annonça son dessein de repasser les Alpes pour défendre l'Italie menacée par les barbares.

Ce qu'il espérait retrouver en rentrant en Italie , c'était sa Hberté avec l'assistance d'Ambroise. Mais Arbogast mettait chaque jour de nouveaux empêchements à son

1 Legalio a senalu niissa inlra Gallias, nihil extorquere poluit; el certe aberam, nec aliquid lune ad eum scripserain. (Epist. lvii, n. 5; t. II, p. 1011.)

2 Respondit Valcntinianus manus sibi illaturum propterea quod, imperator cum esset, nihil eoruraquœvoleijatageresineretur. (Philosl. lib. XI;edit. Henr. Vales., in-fol.,p. 526.)

départ. Voyant ainsi reculer sans cesse le moment de son retour auprès de l'évêque, le prince n'eut plus que la ressource de lui demander à lui-même de le venir trouver en Gaule. Il lui expédia dans ce but lettres sur lettres , mais sans oser s'ouvrir sur la cause de ses souffrances, par crainte d'être surpris. Tantôt il alléguait un synode d'évêques de la Gaule, réuni dans la contrée, et il exprimait son désir d'y voir siéger l'évêque de Milan ' ; tantôt il lui demandait de venir le baptiser. « Il voulait, dit Ambroise, n"être initié que par moi aux sacrés mystères ^. » "^

Une autre considération détermina Ambroise à se mettre en route. L'Italie le pressait d'aller au quartier impérial solliciter du secours contre les barbares déjà en marche vers l'IUyrie. « J'avais accepté cette mission, dit-il, dans l'espérance de rendre la paix à l'Italie. J'allais partir le lendemain , quand on reçut à Milan la nouvelle de l'arrivée prochaine de Valentinien. Je n'avais pas refusé mon concours au pays , tant que je l'avais cru utile ; mais , apprenant cela, je crus n'avoir plus qu'à demeurer pour recevoir l'empereur =*.

Malheureusemenl la nouvelle était fausse; et c'était, au contraire, le prince qui attendait la venue de son libérateur. Plein d'espoir, déjà Valentinien se préparait au bonheur de le recevoir : « Combien il se félicitait, combien il se réjouissait de me posséder après des souhaits si ardents ! Que mes retards lui semblaient longs * ! » Ces retards involontaires se prolongeaient, sans qu'il pût en connaître la cause ; le temps pressait ; le prince écrivit encore à Ambroise. « Venez, lui mandait- il, ac-

1 Ambros. de Obilu Valenliniani , n. 25.

2 Ibid., et Epist. du, n. 2.

3 De Ohilu Valenliniani, n. 24.

* Quam gaudebat, quam gralulabatur mesibi oplato adfore! Mora ei adventus mei prolixior videbalur. (Ibid.. n. 23.)

courez au plus vite ! » Et celte fois lui laissant deviner les angoisses de sa situation : «Je veux, ajoutait-il, que vous soyez caution de ma bonne foi auprès du comte •. » La lettre fut secrètement remise à un silentiaire, messager de confiance qui ne devait la donner qu'à l'évêque en mains propres.

Elle fut un éclair dans l'esprit d'Ambroise, qui, comprenant le péril du frère de Gratien, se mit aussitôt en route avec une promptitude inouïe pour ce temps-là. Elle ne pouvait répondre à l'impatience du prince, qui, comprenant trop bien l'urgence du danger, était en proie à de sombres pressentiments. Trois jours à peine après le départ du courrier, il demandait inquiet à ceux qui l'entouraient : « Le silentiaire est-il revenu ?Ambroise est-il « arrivé? » — « Comme si, ajoute celui-ci, il estimait que le salut dût lui venir avec moi -. »

L'évêque n'arriva pas à temps. Le samedi 15 mai 392, l'empereur fut trouvé mort, étranglé dans son lit, selon quelques historiens , par les eunuques du palais aux ordres d'Arbogast ^ D'autres ont raconté qu'après son déjeuner, vers midi, Valentinien faisait une promenade sur les bords du Rhône, quand, s'étant un peu écarté de son escorte pour se livrer à ses réflexions, il sévit assailli par "des assassins et étranglé avant qu'on eût eu le temps ou la volonté de le secourir. On le pendit à un arbre avec son mouchoir, pour laisser croire que lui-même avait été l'auteur de sa strangulation \ Ce fut du moins le bruit que

1 Rescripturn accipio ut sine mora pergendum putarem, eo quDd vadens fidei tuœ me habere apud comilem tuum velles. {De Obitu Valenliniani , n. 25.)

2 Vesperi profectus est silenliarius, tertio die mane quœrebat jamne remeasset, jamne venirem : ita sibi salutem quamdam venturam arbi- Irabatur. {Ibid., n. 26.)

3 Rufin. lib. Il Hislor.. cap. xxxi. — Sozomen. lib. Vil, cap. .\x. — Socrat. lib. V, cap. xxiv. — S. Epiph. lib. de Mensur. et Pond.

4 C/est le récit de Pbilostor^e : « ... ëalelliles Arbocrasli miscrum

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l'on accrédita , et que saint Augustin répète sur l'autorité de la relation officielle '.

En Gaule, en Italie, personne ne s'y trompa. On désignait tout bas le meurtrier ; on exaltait hautement les mérites de la victime, jeune souverain de vingt ans, qui, depuis dix-sept années d'un règne nominal, n'avait réellement connu de la couronne que le poids et les douleurs. On vantait la pureté de ses affections, l'innocence de ses mœurs ; on plaignait les princesses condamnées à lui survivre ; on disait que son dernier cri avait été celui-ci: « Ah! mes pauvres sœurs ^ ! » On regrettait qu'Ambroise ne l'eût pas sauvé; et même on avait pris une telle habitude de voir le salut des peuples et des rois reposer entre les mains de l'évêque, qu'on n'était pas éloigné de lui faire un reproche de cette calamité.

« On a répété, disait- il, que l'empereur n'aurait pas succombé si j'avais été là. Mais suis-je Elie ? suis-je prophète pour connaître l'avenir? Non, hélas! je ne suis, comme le Précurseur, qu'une voix, une voix de sanglots pour pleurer ce qui s'est fait ^ ! Je faisais diligence à travers les Alpes, quand je fus surpris par cette lamentable nouvelle. Je retournai sur mes pas, baignant le chemin de mes larmes. Quels vœux me saluaient à mon départ de' Milan ! Quel gémissement général m'accueillit à mon retour! Et moi, quelle douleur personnelle m'accabla quand je sus qu'un tel prince, un fils qui m'était si cher, et qui

strangulaverunt ; et, ne quis caedis auctores requireret, sudarium ipsius, instar laquei, collo ejus circumligantes, eum suspenderunt, ut sua sponte gulam sibi ipse fregisse videretur. (Philost. lib. XI, n. 1 , p. o26.)

1 August.. in lib. Y de Ciinlate Dei, cap. xxvi.

2 Ah ! miseris sororibus meis. [De Obilu Valenlin., n. 50.)

3 Omnes absentiam meam causam luae morfis appellant. Sed non sum Elias, non sum propheta, ut potuerim futura cognoscere. [De Obilu Valent., n. 28.)

n'avait cessé de m'appeler de tant de vœux , avait cessé de vivre • ! »

Le corps de Valentinien fut rapporté à Milan. La douleur des provinces et les regrets publics éclatèrent partout sur le passage du convoi 2. Mais l'attendrissement général fut à son comble , quand on vit les deux sœurs de l'infortunée victime venir à la rencontre des restes de leur frère, arroser de larmes son cercueil , puis s'établir auprès de lui , ne voulant plus le quitter qu'elles ne l'eussent conduit au tombeau! « Leurs sanglots, dit l'évêque, n'avaient point de relâche. Elles se ménageaient si peu , et leur assiduité auprès de ce cercueil, dans les chaleurs de l'été, avait si gravement altéré leur santé , qu'elles sortaient de là défaillantes et pâles comme la mort '. »

Cependant Ambroise avait demandé à Théodose ses instructions pour les obsèques de son collègue. Lui-même désirait qu'elles fussent dignes de ses regrets, et déjà il avait préparé pour recevoir le corps de Valentinien un sarcophage de porphyre d'un grand prix. « Il y a également ici, ajoutait-il, des tables de même matière qui en formeront le couvercle. J'ai fait disposer le tout en attendant la réponse de Votre Clémence *. »

La lettre d'Ambroise trouva le palais de Constantinople dans la consternation. L'impératrice Galla était tombée malade en apprenant la mort de son frère. Peu de semaines après, elle mit au jour une fille qui vécut peu de jours. Elle-même ne guérit pas du coup que cette fatale

1 Quanto ipse angebar dolore quod tantus princeps, quod dulce pignus meum, quod ita mei cupidissimus occidisset. [De Obitu Valentiniani, n. 26.)

2 Ibid., n. 3.

3 Sine fletu magno ac sine dolore graves nunquani sunt. Quotiescumque eoaccedunt, exsangues revertuntur. (Ambros. Epist. lui. n. 3, p. 1003.)

4 Ibid.. fl. /i.

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nouvelle lui avait porté , et elle ne tarda pas à suivre dans la tombe l'objet de ses regrets.

Théodose écrivit d'abord à ses belles-sœurs Justa et Grata, puis à Ambroise , afin de se consoler ensemble de leur douleur commune. L'évêque en remercia le prince; il lui disait dans sa réponse : « Oui , je pleure Valentinien , et ce que je pleure en lui , c'est moins le souverain enlevé dans la fleur de l'âge que le chrétien que vous aviez formé dans la vraie foi , et instruit à aimer et servir notre Dieu. Vous lui aviez rendu non-seulement le trône , mais , ce qui vaut mieux, la vraie croyance en Jésus-Christ. Quelles actions de grâces ne vous dois-je donc pas à vous, trèsauguste Empereur ; et aussi quels regrets ne dois-je pas à ce jeune homme enlevé soudainement avant d'avoir reçu la grâce des sacrements qu'il avait tant désirés ! Mais l'heure viendra bientôt de laisser ma douleur s'épancher sur sa tombe'. »

Ambroise se taisait cependant, dans l'angoisse d'une âme perplexe. L'opinion qui accusait le comte Arbogast de la mort de Valentinien n'osait le dénoncer; Théodose luimême ne se prononçait pas. L'Italie, fatiguée de tant de révolutions, s'apprêtait, quoiqu'à regret, à subir patiemment le joug de nouveaux maîtres. « En de telles circonstances, racontait Ambroise, j'aurais voulu qu'il me fût possible de me tenir caché; mais, ne pouvant abdiquer les devoirs de mon sacerdoce pour me confiner dans la retraite , je pris le parti de me réfugier dans le silence '. »

Il le rompit pour faire l'oraison funèbre de Valentinien, laquelle fut prononcée à la fin de l'été 392, deux mois environ après la mort du prince. Un dimanche , après avoir

1 Ambros. Epist. lui, n. 3.

2 Nihil enim in tristibus rébus melius facere in animum induxeram quam, si fieri posset, me ipsum abdere. Sed quia in secessu aliquo delitescere et sacerdotio exire non poteram, in silentio intra me latebam. {Ibid., n. 1.)

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déjà fait l'homélie sur l'évangile du jour * , l'infatigable docteur monta de nouveau à l'ambon, et parla devant le cercueil de son jeune souverain.

Un prince de vingt ans, mort sans être baptisé, dont on ne pouvait exalter ni la vie obscure, ni la mort mystérieuse, présentait à l'éloge un sujet peu fertile. L'orateur sut en faire un chef-d'œuvre à la fois de courage et de prudence, un monument de doctrine et de pathétique douleur. Il n'incrimina pas Arbogast directement; mais chaque trait du discours était une allusion dont la pensée des auditeurs pouvait achever le sens. Il remerciait Valentinien d'avoir voulu courir au secours de l'ItaUe; mais il ajoutait aussitôt que ce généreux désir lui avait coûté cher, et il invitait ses sujets à donner des larmes à celui qui leur avait sacrifié sa propre vie -. Chaque phrase rappelait une lugubre tragédie , dont il était facile de deviner les acteurs. S'il déplorait la mort prématurée du jeune prince : « Je parle, expliquait- il, de la promptitude, et non du genre de sa mort; car je ne viens pas ici accuser, mais pleurer '; » et cette réticence cachait un écrasant soupçon. S'il revenait sans cesse sur les dangers courus par le malheureux prince , il en montrait assez la source et le caractère dans les paroles suivantes :

« Excellent jeune homme, que n'ai-je pu te trouver vivant! Avec quel empressement je me serais appliqué à mettre l'amitié , à rétablir la concorde entre toi et le comte! Que de grand cœur je me serais porté ta caution ! Si le comte se fût montré obstinément implacable , je serais

1 De Obilu Valentin., n. 30.

2 Magnum crimen agnoscimus Imperalori quod Romano voluit subvenire : imperio solvamus bono principi stipendia pias lacrymas, quia ille nobis solvit etiam morlis suée slipendiuni. [Ibid., n. 2.)

3 De celeritate morlis, non de génère loquar; non enim accusalionis voce ulor, sed doloris. {Itid., n. 33.)

resté auprès de toi ; si l'on m'eût refusé de défendre ta cause, j'eusse été ton conseil; car je te connaissais assez pour avoir l'assurance d'être écouté de toi '.

Justa et Grata, sœurs de Valentinien, assistaient à ce discours , pâles , exténuées de leurs veilles auprès de ce cercueil, que depuis deux mois elles gardaient nuit et jour. Ambroise s'adressait à elles , et retraçant le tableau des vertus de leur frère : « Ames saintes , son exemple est le plus riche héritage qu'il vous ait laissé. Les baisers qu'il vous donnait ornaient mieux votre front que les pierres précieuses , et les diamants dont il parait vos doigts les honoraient moins que le contact de ses lèvres royales. Heureux de vous posséder, il ne songeait point jusqu'ici au mariage , parce que votre affection suffisait à son bonheur-. »

Le pontife excusait les pleurs des deux vierges: — « il y a dans les larmes une si grande douceur ! » — comme il l'expliquait; mais il leur proposait l'exemple courageux de Marie debout au pied de la croix du Rédempteur. Il les invitait à changer désormais la société visible qu'elles avaient avec leur frère en cette société de foi, spirituelle et invisible , où les âmes se retrouvent , se visitent, s'embrassent d'une manière ineffable sous le regard de Dieu. « Qu'il demeure dans votre cœur, qu'il vive dans votre sein , qu'il soit continuellement devant vos yeux, sur vos lèvres, dans toutes vos pensées et dans lous vos discours. Vous n'avez rien à craindre

1 0 juvenis cptime, ulinam te vivenlem invenire potuissem ! Quanta ego cura inter te et comitem tuum, quanta sedulitate concordiam et iïratiam refudissem !... Certe si cornes non esset inflexus, tecuni remansissem, etc. (De Obitu Valentin., n. 27.)

2 Caput veslrum non gemmis onerabal, sed osculis. Manus vestras non tam regalibus ambiebat insignibus quam imperalorio ore lambebat... Ideonuptias differebat, quia ))lus eumvestrœ gratia3pascebat affectus. [Ibid., n. 38.)

pour lui là où il est; oubliez ses malheurs, et rappelezvous ses vertus. Que, devenu votre protecteur, il préside à vos nuits et visite votre sommeil : ce repos où vous le reverrez vous en deviendra plus doux. Ainsi ne tient-il qu'à vous, mes filles, que personne ne puisse désormais vous ravir votre frère'. »

Cependant l'élu qu'Ambroise plaçait avec tant de confiance dans la béatitude n'était-il pas mort sans avoir reçu le baptême? Le docteur ne l'ignorait pas; mais il connaissait aussi l'ardent désir que Valentinien avait eu d'être baptisé. Or c'est une admirable et capitale croyance de la religion catholique , que Dieu a attaché à l'amour parfait une sorte de puissance sacramentelle à l'aide de laquelle le cœur peut obtenir la rémission de ses fautes, et suppléer ainsi le sacrement absent. Dans la religion d'amour, Dieu ne cherche que l'amour de l'homme, et l'homme n'a besoin que de l'amour de Dieu : quand il le possède, il a tout. « Beaucoup de péchés lui sont pardonnés, parce qu'elle a beaucoup aimé, » disait Jésus à la pécheresse. C'est encore et toujours la condition et la mesure du pardon. Vous êtes sur un lit de mort attendant l'absolution, l'absolution ne vient pas; mais vous tirez de votre cœur un acte d'amour repentant, l'amour parfait vous absout. Vous êtes seul , surpris par les approches du trépas sans être baptisé ; vous demandez à votre cœur un acte de désir, ce désir enfiammé vous baptise. C'est par cette charité et ce souhait d'un cœur aimant et cherchant Dieu par- dessus toute chose, que Valentinien, mort catéchumène, avait été purifié. Ambroise l'établit, et l'on ne trouve nulle part avant lui,

1 nie vobis maneat in corde, ille vivat ia pectore, iile amplexilms piis hœreat ul solebat; ille seniper in oculis sit, semper in osculis, semper in alloquiis, semper in mentibus... In vobis est, filiœ, ut fra- Irem vobis jam nemo possit auferre. (De Ohilu Valcnlin., n.41.)

formulée avec autant de netteté, cette efficacité du baptême de désir.

« Vous regrettez, disait-il à Justa et Grata, que votre frère soit mort sans avoir été baptisé? Mais il l'a désiré, mais il l'a demandé, et c'est la seule chose qui dépende de nous. Ce désir vivait depuis longtemps en lui, puisque, étant dans la Gaule, il m'avait écrit qu'il souhaitait recevoir le baptême de mes mains, et il me mandait de venir le trouver à cet effet. Or se peut -il qu'il n'ait pas obtenu cette grâce tant souhaitée par lui ? Une vie qu'il appelait avec tant d'ardeur lui eût été refusée? Non; il l'a implorée, donc elle lui fut donnée, et en lui s'est accomplie la parole de la Sagesse : « L'àme du juste, quelle que soit la « mort qui le surprenne, sera dans le repos '. »

Le saint docteur comparait le catéchumène appelant le baptême de tous ses vœux, au martyr, à qui le supplice ouvre la porte du ciel : « De même que les martyrs , disait-il, sont baptisés dans leur sang, de même Valentinien fut purifié par la vertu de son pieux désir -. »

Ambroise étabhssait un autre point consolant de la doctrine catholique : l'efficacité de la prière pour les morts. Dans la chaîne continue de la tradition chrétienne , c'est un anneau d'or que ce passage éloquent, où la théologie substantielle du docteur se colore d'un reflet de la poésie de Virgile pleurant Marcellus :

« Apportez vos offrandes aux sacrés mystères ; présentez à Dieu les oblations saintes pour qu'il donne le repos à l'âme de notre enfant ! Peuples qui avez connu ses vertus , ses services , élevez avec moi vos mains vers le Saint

1 Sed audio vos dolere quod non acceperil sacramenta baplismalis. Dicile mihi quid aliud in nobis est nisi volunlas, nisi petilio?... Cerle quia poposcit, accepit. {De Obilu Valenlin., n. 51.)

2 Quod si suo martyres abluunlur sanguine , et hune sua pietas aliluit '"t volunlas. [Ib'uL, n. .53.)

des saints qui lui en doit le prix. Je ne répandrai pas des fleurs sur son tombeau; mais j'embaumerai son âme du parfum de Jésus-Christ. Que d'autres versent sur lui les lis à pleines mains : notre lis à nous c'est le Christ ! La présence du Christ sanctifiera ses restes, et lui obtiendra la grâce du salut '. »

Cependant le discours, s'élevant de plus en plus, devenait à la fin une sorte d'apothéose chrétienne de la jeune victime. Laissant un libre cours à sa tendresse, Ambroise empruntait les plus vives couleurs du Cantique des cantiques pour peindre la beauté de cet adolescent « au visage blanc et rose, qui portait sur ses traits la ressemblance de Jésus-Christ - ».

Toutefois ce beau corps n'était que la prison de l'âme ; et Ambroise montre l'âme qui, brisant son enveloppe, s'élève, et arrive enfin aux portiques du ciel. « Quelle est, s'écrie l'orateur s'inspirant des livres saints , quelle est celle-ci qui vient et monte comme l'aurore, belle comme la lune, brillante comme le soleil? Oui, c'est toi, âme chère, toi qu'il me semble voir et entendre médire : « 0 « mon père, voici le jour ! La nuit de la terre est passée, « l'aube commence à m'apparaître ! » Sainte âme, tu nous regardes de ce séjour supérieur, nous qui sommes à tes pieds... Je crois te voir sortir du corps, te dégager des ténèbres, monter comme le soleil jusque devant la face de Dieu, et, semblable à l'aigle, t'élancer d'un vol sublime au-dessus des régions terrestres ^

i DatemaniLussanclamysteria, pio requiem ejus poscamus affectu... Non ego floribus tumulum ejus: ChrisUodore perfundam; spargantalii plenis lilia calalhis, nobis lilium est Chrislus , etc. [De Obilu Valenlin., n. 56.)

2 Valenlinianus meus, juvenis meus, et candidus cl rubeus , habens in se imaginem Chrisli. [Cant. v, 10. — De Obitu Valentin., n. 38.)

3 Videre le videor tanquara de corpore recedenlem, et, repuisa noclis

« De la demeure de la paix où tu es maintenant, ah ! de grâce, montre-toi un instant à tes sœurs , et que la certitude de ton repos et de ta gloire commence à les consoler ! Un instant seulement tourne ton visage vers nous, afin que nous puissions contempler ta splendeur; puis après reprends ton vol et monte à la cité nouvelle , à la Jérusalem où habitent les saints ' ! »

Les vertus politiques d'un prince de vingt ans occupent peu de place dans cette oraison funèbre. Ambroise le louait seulement de sa fermeté à refuser aux païens la restitution de leurs anciens privilèges. Il l'associait ainsi à la gloire de son père , Valentinien l^"" , et de Gratien, son frère. Il les associait également tous les trois dans la béatitude ; et il faut mettre au nombre des plus beaux mouvements de l'éloquence chrétienne , la description qu'Ambroise fait de la réunion suprême de ces derniers membres d'une famille impériale , qui n'avait plus maintenant de trône que dans le ciel.

« Au-devant de l'âme qui monte, je vois accourir Gratien ; il l'embrasse et il lui dit : « Maintenant me voici donc réuni à mon frère , il est revenu vers moi ! » Heureux de ne pouvoir plus en être séparé, il veut se faire son patron, son introducteur, et lui prêter son assistance auprès de Dieu, a Viens , lui dit-il avec le Cantique des cantiques ,'ijfens, mon frère; allons ensemble dans la campagne; reposo7is-nous à l'abri des châteaux. Demain, au lever du jour , nous parcourrons les vignes-. Voici le temps de moissonner ce que tu as semé, de récolter ce que

caligiae, surgentem diluculo sicul solem appropinquanlem Deo, et rapido volatu sicut aquilam, quœterrena sunt reliuquentem. {De Obiki Valentin., n. 63.)

1 Gloriam luam sororibus luis monstres, et incipiant se tuce quietis et gratifie securitate solari... semel tantum ad nos convertere, ut te videamus, etc. Ibid.)

2 Cant. XI et xii.

ORAISON FUNÈBRE DE VALENTINIEN S3o

tu as jeté dans le sillon. Viens, comme le paiure Lazare, te reposer à jamais dans le sein d'Abraham, à l'abri des remparts qui ne craignent plus ni l'ennemi ni les bêtes féroces ».

« Alors Gratien monte à la demeure éthérée , conduisent son frère avec lui. Les regardant passer, les anges et les saints demandent à leur escorte : « Quelle est donc « cette âme éclatante de blancheur qui monte ainsi ap- « puyée sur son frère? » Car, encore une fois, loin de nous de douter que Valentinien n'ait obtenu cette grâce ! Nous croyons avec les anges qu'il a été lavé de la souillure du péché, et qu'il est parti de ce monde, baptisé par sa foi et purifié par sa prière. Nous croyons que l'élu de Dieu s'est élevé en paix, du désert de la terre , vers les campagnes fleuries où il jouit près de son frère d'une félicité éternelle-. »

Après avoir décrit cette ascension des deux âmes, dans un tableau qui devance les plus célèbres peintures du grand poëme du Dante, Ambroise faisait redescendre le discours sur la terre. Il adressait l'adieu suprême aux « frères chéris, que son souvenir, disait-il, accompagnerait désormais dans toutes ses prières et tous ses sacrifices ». Il terminait ainsi :

« 0 Gralien, 0 Valentinien, beaux enfants que j'aimais, que votre vie a fini vite ! Que la mort est venue vous frapper promptement ! Que vos tombes sont rapprochées ! Vos jours se sont écoulés rapides comme les fiots du Rhône, et tous deux vous avez succombé aux bords des fleuves étrangers! Gratien, Valentinien, je ne me lasse pas de

1 De Obitu Valenlin.,n. 72.

2 Amplexatus igitur fratrem, deducere euin cœpit ad propriam mansionem, cum fratre cœpit ascendere... Videntes eos velangeli, vcl aliee animœ, quœrunt ab eis quae veluli comitatu suo fratres hos deducebant, dicentes : Quœ est Itœc qwc ascendil candida , innitens super fratrem suuiii? [Ih'.d., n. 77.)

redire vos noms , car il m'est doux de me reposer dans votre souvenir! Gratien, Valentinien, enfants chers à tous, vous fûtes inséparables dans la vie, vous ne serez pas non plus séparés dans la mort. Le même tombeau réunira ceux que l'afTeclion unissait. Semblables par vos vertus, et égaux en piété, vous étiez l'un et l'autre plus simples que la colombe, plus rapides que l'aigle, et plus doux que l'agneau ^

« Je pleure sur toi, mon fils Gratien, dont l'affection m'était si douce... Je pleure aussi sur toi, mon fils Valentinien, pour qui j'avais conçu une tendresse de mère. Tu comptais sur moi pour t'arracher au péril; non content de m'aimer comme un père, tu t'attachais à moi comme à ton libérateur. Tu m'appelais ton sauveur, tu disais : « Pensez-vous que je verrai mon père? » 0 confiance trompée , espérance trop vaine ! C'eût été une espérance téméraire si elle n'eût reposé que sur l'assistance d'un homme ! Mais c'était Dieu lui-même que tu appelais dans le prêtre. Si seulement j'avais pu connaître plus tôt ton désir! Si tu m'avais fait avertir secrètement ! Infortuné que je suis d'avoir perdu de tels enfants ^ ! »

L'élégie se termine par une très -belle prière : « Seigneur, je vous le demande de toute l'ardeur de mes désirs, ne me séparez pas après ma mort de ceux que j'ai si tendrement aimés pendant la vie. Seigneur , je vous demande que là où je serai, ceux-là soient avec moi ! Que là-haut je puisse un jour jouir de leur société , puisque j'en ai été privé sitôt ici-bas! Grand Dieu, hâtez-vous donc d'appeler au sein de la vie ces chers adolescents,

1 0 mihi, Graliane et Valentiniane, speciosi et carissimi , qu'am anguslo vilam fine clausislis !... Inseparabiles in vita et in morte non eslis separali... super columbas simpliciores, super aquiias leviores, super agnos clenientiores. [De Obitu Valentin., n. 78.]

2 Sed tu in sacerdote Dominum requirebas. Ilci mihi ! quab'aamisi pignora ! [Ibid., n. 79.)

et que la possession d'une éternité de bonheur compense la brièveté de leur existence terrestre ' ! »

Le corps de Valentinien fut déposé dans le sarcophage de porphyre préparé par Ambroise. Le tombeau n'existe plus; mais l'oraison funèbre prononcée par l'évêque est un impérissable monument de tendresse élevé au jeune prince qui lui doit toute sa gloire. Sans doute nous sonnnes loin de la savante ordonnance et de la sublimité des discours de Bossuet déplorant le néant des grandeurs humaines sur le tombeau des rois. L'éloquence spontanée ne connaît pas ce grand art; ici le cœur seul préside, entraînant avec lui cette confusion du discours, ces répétitions sans fin et ces soudaines surprises , qui sont bien la démarche brisée de la douleur. C'est l'àme qui déborde ; et si , dans cet épanchement , des expressions étonnent par leur caractère de familière tendresse, n'oublions pas que le vieillard qui pleure est un père, que Valentinien pour lui est toujours l'enfant qu'aulrefois sa mère a remis entre ses bras; et son amour « ne veut pas le quitter avant de l'avoir porté, par ses prières, sur le trône éternel ».

1 Domine, non meab illis post mortem sépares, quos inhac vitacarissinio? sensi... Te quaeso, summe Deus , ut carissimos juvenes malura resurrectione resuscites, etc. [De Obilu Valentin.. n. 80.)

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