‹ Histoire de saint Ambroise (volume 3)Chapitre 79 sur 123 · AMBROISE DEVANT LE TYRAN EUGÈNE S · texte numérisé non relu

AMBROISE DEVANT LE TYRAN EUGÈNE S

pereur d'Occident. Arbogast, éloigné personnellement du trône par son origine barbare et les soupçons trop justes que la mort tragique du prince faisait peser sur lui , avait jeté la pourpre sur les épaules d'Eugène, rhéteur obscur, parfaitement ignorant de l'art de gouverner, mais par cette raison même plus propre à devenir l'instrument d'un général auquel il ne refuserait rien, parce qu'il lui devait tout. Une députation bizarrement composée de philosophes païens et d'évêques de la Gaule fut chargée d'aller notifier à Théodose l'avènement d'Eugène, avec un récit des faits auquel le grand empereur ne fît point de réponse : il n'était pas prêt encore.

Arbogast essaya de faire oublier son crime par une expédition contre des peuplades germaines , qu'il vainquit et incorpora dans ses troupes. Mais là même , en Germanie , il rencontrait un nom plus puissant et plus glorieux que le sien. Un jour, raconte Paulin , que le comte franc dînait en compagnie de quelques chefs de sa nation , un roi d'une de ces tribus lui demanda brusquement : « Gonnais-lu Ambroise? — Oui, je le connais, » dit le comte; puis prudemment il ajouta : « Je suis même de ses amis , et il m'arrive souvent de diner avec lui. — Ah ! reprit le barbare, je m'explique maintenant tes victoires , car tu es l'ami d'un homme qui dit au soleil : Arrête-toi ! et le soleil s'arrête. » Un échanson présent à cet entretien recueillit ces paroles, et c'est de lui que les tenait le biographe d'Ambroise ^

Un homme si universellement connu et honoré était à ménager : Eugène lui écrivit une lettre fort pressante pour lui demander le concours de son autorité. « Je ne répondis pas, nous apprend Ambroise, parce que je prévoyais ce qui allait arriver *. »

1 " Ideo vinciri, cornes, quia ab illo viro diligeris, qui dicit soli : Sta, et slat. » (Paulin, in Vila Ambrosii, n. 30.)

2 In primordiis imperii lui scribenti non rescripsi , quia istud prœvidebani fulurum. (Ambros. Epist. lvii, n. 11, p. 1012.)

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