‹ Histoire de saint Ambroise (volume 3)Chapitre 87 sur 123 · AMBROISE ET PAULIN DE NOLE S · texte numérisé non relu

AMBROISE ET PAULIN DE NOLE S

dansla solitude, où, heureuse de partager son humble toit de chaume , elle se consolera de l'abandon de ses richesses avec les biens de la religion et de la charité.

« Que vont dire les grands du monde en apprenant ces choses? — « Quoi! un homme de ce nom , de cette naissance, de cette noblesse, de ce caractère, de cette éloquence, quitter le sénat ! Quoi ! laisser s'éteindre une si noble famille sans postérité ! Mais ce n'est pas possible. » — Ainsi parleront-ils; ils n'hésitent pas, pour leur compte, à se raser la tête en se faisant initier aux mystères d'Isis; mais s'ils voient un chrétien changer seulement de costume pour mieux observer notre sainte religion, ils poussent des cris d'horreur M »

Ce qui faisait le scandale et la risée des païens excitait , au contraire, chez Ambroise une généreuse .émulation. Tourmenté de cette soif ardente de solitude qu'éprouvent les grandes âmes dans les siècles troublés, il tournait ses regards vers les contrées charmantes de la Campanie, où allaient se fixer plusieurs de ses amis, et, parlant de l'un d'eux, il écrivait ainsi à saint Sévère de Naples : « Là, du moins, sur le rivage que vous habitez, loin des invasions barbares et des guerres civiles, l'esprit peut en liberté prier et méditer dans un paisible recueillement. Nous, au contraire, en proie aux envahissements et aux malheurs de la guerre, nous vivons plongés dans une mer d'amertume, sans repos en celte vie, et en danger de perdre l'autre... Enveloppé, quant à moi, dans les ténèbres de ce monde , j'y perds la claire vue de la vérité et de la perfeclion. Voici que déjà j'ai passé cinquante-trois ans dans ce corps qui ne m'a fait grâce d'aucune souffrance. Pourquoi, dirai-je avec l'Écriture, pourquoi resterai-je encore , sous les lentes de VÉlhiopie, avec les habitants de Madian et de Cédar-f »

i Ambros. Epist. lviii, n. 2 et 3.

2 Liber animus a liarbarorum incur;ibii3 et prœliorum acerbilalibus,

boi AMBROISE DEVANT EUGÈNE

Ces vœux se perdirent au sein des cris de détresse que poussait l'Italie écrasée ou menacée par Arbogast. L'Église n'avait pas moins à souffrir que l'Etat : on était en pleine renaissance païenne. L'autel de la Victoire se redressait à Rome, les temples se rouvraient; le préfet Flavien, païen fanatique , consultait les aruspices; l'image d'Hercule, emblème de la force brutale, reparaissait sur les étendards ; la statue de Jupiter était préposée à la garde des forteresses, et Eugène apostat faisait son entrée à Milan au nom des anciens dieux.

Il n'en voulut pas moins assister aux saints mystères ; mais les portes du sanctuaire se fermèrent devant lui; et le clergé milanais , en l'absence de l'évêque , s'obstina à refuser les obla lions du tyran. Arbogast était furieux contre le pontife et ses prêtres : « Qu'ils attendent mon retour, disait-il à Flavien ; une fois vainqueur , je ferai de leur église une écurie, et leurs clercs partiront s'exercer dans mes armées M »

L'expédition, dont le succès enivrait d'avance l'insolent soldat, était dirigée contre l'empereur Théodose. Celui-ci , en effet, se préparait enfin à venger Valentinien en délivrant l'Italie. Dans le printemps de l'année 394, ayant nommé Augustes ses deux jeunes fils Honorius et Arcadius, le grand homme s'était mis tranquillement en marche contre l'usurpateur. La première rencontre n'eut lieu que le 0 septembre, dans les plaines d'Aquilée. L'armée d'Eugène portait les symboles païens, Théodose marchait sous

vacat oralionibus, inservil Deo... Xos autem in medio versamur omnium molestiarum freto. Cum annum lerlium et quinquagesinium jam perduxerim in hoc corpore silus, in quo lam graves suslinemus gemilus , quomodo non dicam : habitavi cum habilanlibus Madian ? (Ambr. Episl. Lix, n. 3 et 4.]

1 Promiserant... slabulum se esse factures in basilica ecclesiae Mediolanensis, alque clericos sub armis probaturos. (Paulin, in Vita Ainhr.. n. 31.)

Page 1