‹ Histoire de saint Ambroise (volume 3)Chapitre 86 sur 123 · AMBROISE A FLORENCE S · texte numérisé non relu

AMBROISE A FLORENCE S

Julienne avait bien soia de prévenir ses enfants qu'elle leur laissait la plus absolue liberté dans le choix de leur état, et qu'en leur proposant une vie plus parfaite elle ne prétendait aucunement les y faire entrer de force : « C'est un conseil que je vous offre, ce n'est pas un commandement que je vous fais. La virginité est un état qu'on peut conseiller, mais qu'on ne peut imposer : c'est affaire de choix et non pas de contrainte '. »

En effet, les invitations de la mère à ses enfants supposaient l'appel de Dieu ; aussi bien ceux-ci l'avaient déjà entendu dans leur cœur. Tous quatre y répondirent. Le jeune Laurent entra dans l'ordre des lecteurs, un des ordres mineurs à qui est attribué l'honneur de lire en public les livres de la Bible, et de catéchiser les ignorants '. Les trois filles se vouèrent à la virginité , sans toutefois quitter la maison de leur pieuse mère ^ Puis ensemble ils consacrèrent leur commun patrimoine a bâtir la basilique dont ils priaient Ambroise de faire la dédicace.

« Je ne pouvais, dit celui-ci, repousser la prière d'une si sainte veuve *. » Il vint donc à Florence, apportant avec lui les clous qui avaient servi au crucifiement d'Agricola , « son sang victorieux , et même une partie du bois de sa croix ^. »

omne praesidium et ornamenlum. {Exhortât, de Virginlt. cap. iv, n. 24,25.)

1 Ego pro consilio suadeo, non pro iniperio preecipio. Sola est enim virginitas qaœ suaderi potest, imperari non potest. Res magis voli est quam prsecepti... Electionis quœ ma.cis est quam servitutis. [Ibicl , cap. m, n. 17.)

2 Ibid., cap. VIII, n. 54.

3 Ibid., cap. XIV, n. 95.

4 Usée sanctœ viduae negare non poluimus poslulanti. {Ibid. ,ca\-i. ii, n. 10.)

& Colligimus sanguinem IriiimiiLalem et crucis lignum. {Ibid., cap. II, n. 9.)

La dédicace de l'église neuve eut lieu vers le temps de Pâques 393. Nous apprenons du biographe Paulin qu'on lui donna à elle aussi le nom de basilique Ambrosienne , en mémoire du saint homme qui l'avait consacrée. L'évêque y prononça un mémorable discours qui , amplifié plus tard, forma V Exhortation à la virginité. Le martyre des deux saints Vital et Agricola , l'invention de leurs reliques , les vertus de Julienne , et l'éloge de la virginité qu'il place sur ses lèvres remplissent cet ouvrage. Le pontife le termine en demandant au Seigneur de bénir non-seulement les pierres du nouveau sanctuaire, mais les âmes virginales qui se donnaient à lui : « 0 Dieu, quand dans ce temple vous abaisserez vos regards sur la victime du salut, daignez regarder aussi ces victimes volontaires de la chasteté, protégez-les tous les jours, pour qu'elles soient des hosties chères au Seigneur Jésus-Christ; enfin garde? sans faute et sans souillure leurs corps et leurs âmes jusqu'au jour de l'avènement de votre divin Fils *. »

Si grands que fussent les miracles opérés par les saints que glorifiait Ambroise, l'éclat de ces prodiges s'efface devant ceux que l'homme de Dieu fit lui-même durant son émigration.

« La maison qu'Ambroise habitait à Florence , raconte son secrétaire, était celle de Decens, personnage clarissime, et, ce qui vaut mieux, chrétien pieux et fidèle. Cet homme avait un fils nommé Pansophius, très -jeune enfant qu'avait possédé l'esprit impur. Ambroise l'avait guéri en lui imposant les mains et priant Dieu sur lui. Mais à peine quelques jours s'étaient-ils écoulés, que le petit enfant, ayant été pris d'une maladie subite, rendit le dernier soupir. Sa mère, femme très-religieuse, remplie de foi et craignant Dieu , prit le corps de son fils , le trans-

1 Exhortai, de Virginit. cai». xiv, n. 94, p. 302.

MIRACLES D'AMBROISE S5l

porta de la chambre haute où il avait expiré, à l'étage inférieur où était la chambre d'Ambroise, et là en son absence elle le coucha sur son lit. Quand l'évêque , de retour chez lui, trouva l'enfant mort étendu sur ce lit, il fut saisi d'une grande compassion pour la mère, et pensa qu'une telle foi méritait d'être bénie. Se rappelant l'exemple d'Elisée, il s'étendit lui-même sur le petit corps sans vie, et pria le Seigneur avec tant d'instance, qu'il mérita d'obtenir sa résurrection. Quelques instants après il remettait le jeune Pansophius à sa mère, stupéfaite autant qu'heureuse de revoir vivant le fils qu'elle avait apporté mort*. »

Paulin nous apprend en outre que « Ambroise avait composé un petit livre d'instructions dédié à cet enfant, afin que, le lisant plus tard, il apprît ces merveilles dont Dieu avait daigné favoriser son enfance ^ » Nous n'avons plus ce livre : si la perte de tout ouvrage d'Ambroise est un malheur, combien plus celle-ci! Quel intérêt mystérieux ne se fût pas attaché à la lecture d'un écrit adressé par ce père à l'enfant que sa prière avait rappelé du tombeau !

Ambroise était encore à Florence, toute rempHe de ses miracles et de ses vertus, quand arriva dans cette ville un noble Aquitain dont le nom allait devenir illustre dans l'Église. L'opulent sénateur Méropius Paulinus , plus connu aujourd'hui sous le nom de Paulin de Noie, avait renoncé à toutes les grandeurs de la terre pour se donner à Dieu. Il venait d'être baptisé par saint Delphin de Bor-

1 ... Pansophius admodum parvulus... exhalavit spiritum... Sacerdos niiseratus niatrem et fidem ipsius contemplalus, Elisaeo similis supra corpus infanlis se ipse composait, atque orando meruit ut vivum redderet malri quem morluum invenerat. (Paulin, in Ambrosii Vila, n. 28.)

2 Ad quem inl'anlulum libellum conscripsil, ut quod per œlatis infanliam scire non polerat, legendo cognosceret. (Ibid.)

ob2 AMBROISE ET PAULIN DE NOLE

deaux, ami de notre Ambroise, puis fait prêtre en Espagne ; et de concert avec sa femme Thérasie, laissant ses immenses biens à l'Église et aux pauvres, il allait en Gampanie se fixer auprès du tombeau vénéré de saint Félix de Noie. L'espoir de voir Ambroise l'avait engagé à passer par Florence; car des liens anciens d'affection et de religion rapprochaient l'un de l'autre ces deux nobles cœurs. « C'est l'amitié d'Ambroise, écrivait plus tard Paulin, qui m'a nourri dans la foi ; c'est elle qui maintenant m'anime et me soutient dans le ministère sacerdotal. Enfin il a voulu m'agréger à son clergé, de sorte que partout où je me fixerai, je ne cesserai d'être son prêtre '. »

Dans la mémorable rencontre qu'il fit d'Ambroise à Florence, Paulin s'engagea donc à lui appartenir partout et toujours; puis, ce pacte juré, ils se dirent adieu. L'évêque de Milan le vit partir pour sa retraite avec un regret mêlé d'une admiration qu'il faisait éclater ainsi dans une de ses lettres :

« Voici donc que Paulin , le plus noble personnage de l'Aquitaine, a vendu ses biens et ceux de sa femme, pour en donner le prix aux pauvres! Il s'est fait pauvre luimême , lui si riche naguère ; puis , libre de ce fardeau , il a quitté son pays, sa maison, sa famille, afin de servir Dieu ; et il va se réfugier dans la paisible retraite qu'il s'est choisie près de Noie, où il veut finir ses jours -.

« Sa vertueuse épouse est digne de son grand courage. Elle aussi, se dépouillant de tout, a voulu suivre son époux

1 Ambrosii semper et dileclione ad fidem innulrilus sum, et nunc in sacerdotii ordine confoveor. Denique suo me clero vindicare voluit, ut elsi diversis locis degam, ipsius presbyter censear. (Paulin, ex Epistol. ad Alypium, quee est apud Augustin, xxiv, alias xxxv.)

2 Paulinum splendore generis in parlibus Aquilaniœ nulli secundum, vendilis facultatibus..., comperi elegisse secrelum Nolanse urbis, ubi tumultum fugitans pevum exigat. (Ambr. Epist. lviii , n. 1, p. 1013.)

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