‹ Histoire de Saint Augustin (apôtre des Anglais, archevêque de Cantorbery,) et du premier établissement du christianisme en AngleterreChapitre 2 sur 47 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Nous avions prépare un travail de quelque étendue dans lequel nous avions groupé les témoignages que l'auteur de YWsloire de saint Augustin rend a la vérité catholique en divers passages de son livre. Armé de ces aveux, nous nous étions attaché a faire ressortir les inconséquences de M. Oakeley en ce qu'il persistait à rester dans l'Établissement anglican, alors même que l'Église romaine avait seule à ses yeux les caractères de la véritable Église. Ce travail s'adressait surtout a notre auteur, que nous combattions avec ses >nres armes* franchise de ses sentiments droiture! esprit nous faisaient es- ? M lui quelques réflexions

utiles. Mais depuis que nous avons traduit ce volume et écrit notre introduction, la position de l'auteur a changé. Tandis que nous cherchions à l'attirer à nous par la logique de l'argumentation, la logique de la grâce devançait nos faibles efforts , et l'historien anglican de saint Augustin de Cantorbéry était admis parmi nos frères; l'Église le recevait au nombre de ses fils. Ce fait est à lui seul plus éloquent que nos paroles ; aussi avons-nous pensé que sa simple mention serait substituée avec avantage aux pages dont nous devions faire précéder ce volume. La conversion de M. Oakeley, qui a fait sa profession de foi catholique dans la chapelle de Saint-Clément, a Oxford , vers les derniers jours d'octobre , est un événement qui ne nous a point surpris, car son ouvrage est d'une orthodoxie irréprochable ; si nous nous sommes étonnés d'une chose, c'est qu'il n'ait pas pris cette résolution plus tôt. Il était douloureux de voir des hommes catholiques dans leurs principes demeurer hors ïa voie de la vérité. Les espérances que nous conçûmes en voyant les amis de M. Newman s'associer pour publier la vie des saints de T Angleterre, sont aujourd'hui réalisées. Nous

écrivions, il y a un an , dans un article sur cette publication :

« Nous ne saurions exprimer la joie que « nous a causée la lecture des premiers voie lûmes de cet ouvrage, en pensant que nous « les devions à des écrivains encore séparés « de nous. L'Église peut accepter cette œuvre « comme monument de la piété des enfants « de l'anglicanisme; c'est un point de contact « qu'elle aura désormais avec eux. Les Saints « dont M. Newman et ses amis se sonts faits « les historiens prieront pour que leus savants « apologistes se rendent aux enseignements « de la tendre mère qui les a conduits au sa- « lut éternel 1 . »

Ces paroles ont été justifiées de tous points, et la joie que nous avions éprouvée a été partagée non-seulement par de nombreux fidèles, mais par plusieurs prélats de la sainte Eglise auxquels nous avons communiqué la pieuse Histoire de saint Augustin. Ils se sont réjouis de l'orthodoxie de l'auteur et ils y ont vu le gage d'un rapprochement non éloigné.

Ces vénérables évêques ont pensé avec nous,

4 Univers du 7 novembre 4844.

que l'Église peutaccepler cette œuvre comme un monument de la piété des enfants de l'anglicanisme. Pour convaincre M. Oakeley du vif intérêt que sa position et celle des amis dont il s'est séparé inspire aux évêques de France, nous croyons ne pouvoir mieux faire que de mettre ici sous ses yeux les lettres que nous avons reçues de trois de nos prélats à l'occasion de son ouvrage. Nous reproduisons avec d'autant plus de satisfaction ces témoignages de sympathie, qu'ils étaient donnés à M. Oakeley avant sa conversion et qu'ils s'adressent conséquemment aux frères qu'il a laissés dans l'Église, dont il fut un des ministres les plus exemplaires. Monseigneur l'éveque de Marseille nous a fait l'honneur de nous écrire les lignes suivantes, qui nous sont arrivées à Paris le jour même où nous recevions la nouvelle de l'abjuration de M. Oakeley :

« A MONSIEUR JULES GONDON.

« Marseille, 31 octobre 1845.

* J'ai lu, Monsieur, avec un vif intérêt Y Histoire de saint Augustin, Apôtre des Anglais, etc., par le révérend Frédéric Oakeley, de V Université d'Oxford y dans la traduction que vous avez bien voulu m'envoyer. J'y ai trouvé , presque à toutes les pages, une preuve de l'esprit de justice et d'impartialité qui anime un certain nombre de membres de éette célèbre Université envers l'Eglise romaine. On reconnaît qus l'auteur n'est pas loin de la vérité, vers laquelle le ramène l'étude des monuments de la tradition. En remontant les siècles , il ne peut manquer de venir enfin se rattacher au centre de l'unité catholique. On voit qu'il fait de nobles efforls pour atteindre ce but si désirable; j'ai la confiance que Dieu récompensera son zèle par la grâce de son entière conversion à la véritable Eglise de Jésus-Christ.

i Y! Histoire de saint Augustin, jugée d'après

votre traduction , peut être regardée comme le récit édifiant de l'établissement du christianisme en Angleterre. A l'exception d'un seul passage, où l'expression inexacte est corrigée par une note de vous, ce qui ferait dissonance avec le langage précis et rigoureux d'un théologien catholique, n'offre nulle part rien de bien frappant, et il est évident que l'intention de l'auteur, dirigée par une bonne foi touchante, n'est pas vraiment hostile à nos dogmes.

« Je ne doute pas que des ouvrages de cette sorte ne puissent faire une impression salutaire sur les bons esprits , parmi ceux que les préjugés de l'éducation éloignent de nous. Le Rév. Fréd. Oakeley, en les faisant assister à la naissance du christianisme en Angleterre , ne leur montre pas seulement que l'Eglise de ce pays est issue de l'Eglise de Rome, mais il leur fait encore sentir que l'Eglise de Rome , mère et maîtresse de toutes les autres, est issue elle-même de Jésus-Christ , de qui elle reçoit la vie véritable pour la transmettre à tous les enfants de Dieu.

« Je viens donc, Monsieur, donner volontiers, sur votre demande, un témoignage de sympathie pour des travaux qui semblent être dans les desseins de Dieu une préparation à la vérité

catholique. Daigne le Seigneur bénir ces travaux, et leur accorder les grands résultats qu'il est déjà permis d'espérer et même d'entrevoir ! Ces vœux sont d'autant plus ardents dans mon cœur, que j'aime à me rappeler que des liens de fraternité unissent depuis le commencement l'Église de Marseille avec l'Angleterre catholique. D'après Baronius et toute notre tradition de Provence, Joseph d'Arimalhie arriva sur nos côtes avec saint Lazare , premier évêque de Marseille , avant de porter la foi chez les Bretons. Saint Augustin passa par Marseille, et fut, comme ledit son histoire , recommandé par saint Grégoire à saint Sérène mon prédécesseur, en allant remplir sa mission. Aujourd'hui un nombre assez considérable de sujets de la Grande-Bretagne ont passé la Manche pour venir étudier la théologie dans le séminaire de notre ville, et j'ai pu envoyer en Angleterre plusieurs de mes prêtres y travailler à l'œuvre de Dieu , sous la juridiction de cet épiscopat anglais, si digne de réunir autour de sa houlette tant de brebis égarées. Ainsi , à trois grandes époques de l'Eglise d'Angleterre se forment ou se renouvellent les liens spirituels de ce pays avec Marseille. Puissent les communications de la foi et de la charité devenir

comme les relations commerciales qui sont si fréquentes et si importantes entre notre port et les Ktats britanniques!

u Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de la considération distinguée, a\ec laquelle je suis,

« Votre très-humble et très -obéissant serviteur,

« f C.-J. Eugène , Ev. de Marseille. *

Monseigneur l'évêque de Châlons a bien voulu nous exprimer aussi les espérances que lui fait concevoir le mouvement religieux de l'Angleterre:

« Châlons, 8 novembre 1845.

« Monsieur,

« Apres avoir lu Y Histoire de saint Augustin (de Cantorbéry), par le Rév. Frèd. Oakelcy, dont vous avez bien voulu Qu'envoyer un exem-

plaire, je n'ai pu qu'admirer les vues île la divine providence sur l'Angleterre, et faire de3 vœux pour ce pays, jadis si heureux lorsqu'il était catholique et qu'on l'appelait Ylle des Saints, J'ai la ferme confiance qu'il méritera de nouveau ce nom. Déjà, en effet, s'ouvrent devant lui les voies qui mènent à la vérité; il n'a plus qu'à marcher, qu'à suivre l'exemple de tant d'honorables personnages qui lui en montrent le chemin.

* Courage donc , courage , dirops-noqs à nos frères les Anglais; ici point de rivalité entre nous, point d'intérêts différents; nous marchons sous le même drapeau, et notre couleur est la même! Courage, nation généreuse, qui fûtes la gloire de l'Eglise et qui avez peuplé le ciel de vos saints! Tous les yeux de la grande famille catholique sont tournés vers vous , et elle bénit le Seigneur en admirant les nobles conquêtes que la foi fait chaque jour dans vos rangs. Que d'encouragements vous fournit votre histoire ! quels noms que ceux de Lucius, de saint Alban, d'Ethelbert, de Berthe, d'Augustin et du grand saint Grégoire! quels précieux témoignages d'amour vous a donnés ce dernier, lui qui a tant prié pour l'Angleterre et qui ne voulait pas que

les âmes qui animaient les beaux corps de ses habitants vinssent à périr !

« Je donne conseil à tous ceux qui ont à cœur nos intérêts catholiques de lire l'ouvrage du R. Fréd. Oakeley; ils y trouveront de quoi s'édifier et s'instruire; ils y admireront les desseins de Dieu sur une nation douée de tant d'avantages et de si belles qualités, qui tient avec la France le premier rang en Europe, et sur laquelle l'Eglise a toujours compté. Longtemps elle a erré à tout vent de doctrine ; elle a essuyé bien des tempêtes; mais les flots paraissent enfin se calmer, et ce n'est pas en vain que nous aurons demandé pour elle des jours sereins et une paix profonde !

« Recevez, je vous prie, Monsieur, avec l'assurance de ma considération distinguée, etc. , etc. ,

• f M.-J., Ev. de Châlom. »

Monseigneur l'Évôquc de Langres ne s'exprimait pas avec moins de confiance, quand il nous écrivait :

« Je vous envoie, mon cher Monsieur Gondon, T approbation que vous m'avez demandée pour Y Histoire de saint Augustin, traduite par vous. Je l'ai lue moi-même, et j'ai rarement fait une lecture plus consolante pour ma foi et plus douce à mon cœur. Je ne puis donc que vous féliciter de la part que vous avez prise à ce pieux travail , et y joindre même l'expression de mon dévouement affectueux.

« f P.-L., Ev. de Langres. »

Voici les termes dans lesquels l'ouvrage est approuvé par ce dernier prélat :

« Nous , èvêque de Langres , ayant pris connaissance d'un ouvrage intitulé : Histoire de saint Augustin, apôtre des Anglais, etc. , par le R. Fréd. Oakeley , traduit par Jules Gondon , déclarons avoir été grandement édifié et consolé par cette lecture. En conséquence , approuvons ledit ouvrage, félicitons l'auteur des sentiments

orthodoxes et pieux qu'il y exprime, et faisons des vœux ardents pour que cet excellent travail attire de plus en plus sur lui t sur ses savants collègues d'Oxford, et sur toute l'Angleterre des grâces de lumière et de foi.

< Donné à Langres, en la fête de saint JL.uç, évangélisle, le 18 octobre 4845. i

Ce sont là des témoignages auxquels l'historien de saint Augustin devra être d'autant plus sensible, que les vœux formés par les vénérables prélats dont nous avons rapporté les paroles, se sont réalisés avant que l'expression en fût arrivée jusqu'à lui. Comme nous le disions en novembre 1844, les saints dont MM, Newman, Dalgirns, Oakeley se sont faits les pieux historiens , ont prié pour leurs apologistes ; l'intercession de saint Augustin et de ses compagnons a été bénie de Dieu, La pieuse entreprise d'écrire la vie des saints de l'Angleterre a attiré , selon l'expression de Monseigneur de Langres, des grâces de lumière et de foi sur les auteurs de ces écrits, sur leurs savants collègues de l'université, et sur toute l'Angle-

terre. Les circonstances, en effet, justilient les espérances émises il y a deux ans sur lo retour de l'Église anglicane à l'unité 1 . Ce grand événement semble recevoir a cette heure un commencement d'exécution, car Ton peut dire avec vérité que l'Église anglicane a reconnu, dans la personne de ses plus savants théologiens, de ses intelligences les plus élevées, de ses enfants les plus pieux et les plus savants, la suprématie du Vicaire de Jésus-Christ. Il semble que nous touchions au moment où se réalisera cette prévision du grand Bossuet : « Une nation si savante ne demeurera pas dans cet Établissement; le respect qu'elle conserve pour les Pères et ses curieuses et continuelles recherches sur l'antiquité la ramenèrent à la doctrine des premiers siècles. Je ne puis croire qu'elle persiste dans la haine qu'elle a conçue contre la chaire de saint Pierre d'où elle a reçu le christianisme...» Oui , ce changement s'opère, et il

1 Dans noire ouvrage intitulé : Du Mouvement religieux en Angleterre, ou les Progrès du catholicisme et le retour dcV église anglicane à l'unit':. Ce volume offre l'histoire complète de la réunion remarquable dont nous sommes témoins, et présente le tableau fi.ièle de la situation religieuse de l'Angleterre; \ vo\ tn-8'.

s'opère , selon l'expression d'un spirituel écrivain anglican, comme toules les révolutions morales, c'est-à-dire graduellement.

La persuasion , les arguments , l'exemple de vies saintes agissent simultanément , et l'influence du temps vient adoucir les préjugés et accoutumer les oreilles à entendre certaines vérités. En effet , l'Angleterre protestante consent à écouter des vérités auxquelles elle eût fermé l'oreille , il y a peu d'années. Les idées se sont modifiées à mesure que quarante des membres les plus éminents dos Universités anglaises ou du Clergé anglican sont successivement venus rendre hommage a l'autorité de l'Église et donner au monde un spectacle que le docteur Pusey a appelé le plus grand événement arrivé depuis la r< forme*.

Vous tous qui lirez ces pages, second

* Nous donnerons rémunération des minisires anglicans des membres des Universités qui ont embrassé la foi calhu que, dans un petit volume que nous allons publier sous ce titre : Conversion do MM. J. U. Ncwmann, G. Ward, F. Oa-? kelcy et de quarante membres des Universités d'Oxford et de Cambridge. \ vol. in-18. On y trouvera aussi deux lettres très-remarquables du D r Pusey.

par vos prières , ce mouvement de retour à l'unité de la foi , en demandant au ciel de répandre ses bénédictions sur File de Saint- Édouard. Répondez à l'appel qu'un des prélats de l'Angleterre adresse a la France catholique 4 . Tandis que la politique humaine s'épuise en vains efforts pour établir entre deux nations voisines la bonne intelligence et l'harmonie que des intérêts divergents tendent à troubler , il appartient à la religion d'obtenir ce que la sagesse humaine est impuissante a produire. Si la France et l'Angleterre sont appelées à agir concurremment dans les éventualités que l'avenir prépare a l'Europe ; si la cause générale de la civilisation et de la paix demande que ces deux grands peuples fassent de part et d'autre le sacrifice de rivalités mesquines pour fonder une alliance basée sur des intérêts d'une ordre supérieur à de prétendues

t Mgr Wiseman , évêque in partibus de Mélipotame, coadjutcur du district central, a adressé, au mois d'octobre \ 845, une lettre à tous les Évoques de la France , sur le mouvement religieux de l'Angleterre. On trouvera le texte de cette lettre dans le volume: Conversion de MM. Newmann, Ward, Oakcley et de quarantê membres, etc.

susceptibilités nationales , il appartient à la religion de cimenter celte alliance d'une manière solide et durable. Qu'une foi commune rapproche les deux peuples , que l'Église, comme Ta dit M. de Maistre, parle en Europe, anglais et français , et il n'est rien qu'on ne puisse imaginer, rien que nous ne puissions attendre. C'est là un beau champ à l'ambition de la France catholique, car c'est le monde entier qui serait éclairé du flambeau de la foi ! Nos ingénieux hommes d'État pourront bien s'apercevoir un jour que l'humble prière du simple fidèle, adressée au ciel en vue de cette grande pensée, leur a été d'un secours plus efficace que les protocoles et les ultimatums. Nous répéterons avec Monseigneur de Châ- Ions : ici point de rivalité, point d'intérêt différent ; nous marchons sous le même drapeau, et alors que la France politique vous

faisait la guerre, la France religieuse vous envoyait des prêtres pour semer chez vous les germes de la vérité. Les relations des Églises de France et d'Angleterre ont d'ailleurs toujours été celles de deux sœurs amies, et ces rapports, ainsi que nous l'a rappelé Monseigneur de Marseille , datent des premiers

siècles de l'Église. Sans remonter a l'arrivée de Joseph d'Arimathie dans les Gaules, et eti nous bornant à ouvrir les annales du quatrième siècle, nous voyons que ces relations amicales se raffermirent au concile d'Arles, en 314, où FEpiscopat breton délégua trois représentants. Un siècle après, quand le Pélagianisme fut importé en Angleterre, les évêques sollicitèrent le secours des prélats voisins pour combattre l'hérésie, qui se levait menaçante et leur inspirait de justes craintes, La Gaule catholique répondit avec empresse* ment à cet appel, en envoyant au-delà du détroit le grand saint Germain, évèque d'Auxerre, qui choisit pour compagnon de voyage saint Loup, évèque de Troyes. La mission des deux saints fut bénie de Dieu ; leurs prédications, leurs miracles triomphèrent des hérétiques; ils neutralisèrent par leur sainteté l'effet délétère du venin que Pélage ou Agricola avait déjà répandu dans l'Église bretonne.

Nous pourrions suivre ainsi dans ses intéressants détails la touchante histoire des rapdes deux Églises, raconter le second voyage de saint Germain en Angleterre elles succès de la mission qu'il y remplit avec l'arche-

vêque de Trêves. Plus lard , lorsqu'un siècle de ténèbres eut passé sur la Bretagne, et que cette île, jadis arrosée du sang des martyres, dût être reconquise à la foi de Jésus-Christ , nous trouvons encore les évêques et les prêtres des Gaules empressés de donner assis-

tance et appui aux apôtres que saint Grégoirele-Grand envoyait en Angleterre , où saint Augustin avait été précédé par saint Luidhard, évêque de Senlis, qui semblait providentiellement destiné à lui préparer les voies. Rien n'est plus touchant que de parcourir, dans les chroniques du septième siècle, fies détails de la cordiale hospitalité que saint Augustin et ses compagnons reçurent des évêques qui occupaient alors les sièges épiscopaux des diocèses par lesquels les pieux missionnaires durent passer. L'intérêt de la mission confiée à Augustin par saint Grégoire s'accrut ensuite en raison des prodiges que Dieu opéra par son serviteur, et des succès qu'eurent, au milieu des Saxons idolâtres, les travaux apostoliques des envoyés du successeur de saint Pierre. Quelques années après, c'est l'archevêque d'Arles qui consacre au premier siège épiscopal de I'Angle-

terre saint Augustin, qui devait devenir auprès de Dieu Tun des plus puissants protecteurs de ce pays.

Si ces douces relations des deux Églises ont été interrompues par la brutale révolution qui a séparé l'Angleterre de la communion catholique, la France n'a jamais cessé d'assister, par ses prières et par le zèle de ses missionnaires, les chrétiens restés fidèles au culte de leurs ancêtres, et qui ont bravé les menaces et les persécutions pour conserver leur foi. Entre mille exemples du vif intérêt que l'Angleterre a toujours inspiré h la France catholique, nous reproduirons celui de l'aigle de Meaux dont nous avons déjà cité quelques paroles ; il écrivait à lord Perth, en 1685.

« J'espère que Dieu qui a opéré de si grandes choses dans un homme de votre élévation et de votre mérite, les fera servir au salut de plusieurs , et , en cette heureuse occasion , je renouvelle les vœux que j'ai faits depuis si longtemps pour la conversion de la Grande- Bretagne. Je vous avoue que quand je considère la piété admirable qui a si longtemps fleuri dans cette île, autrefois l'exemple du monde , je sens , s'il m'est permis de le dire ,

mon esprit ému en moi-même, à l'exemple de saint Paul, en la voyant attachée à l'hérésie ; et je frémis de voir que, quittant la foi de tant de saints qu'elle a portés, elle soit obligée de condamner leur conduite et de perdre en même temps de si beaux exemples qui lui étaient donnés pour l'éclairer. Mais j'espère plus que jamais que Dieu la regardera en pitié....* »

Quatre années plus tard , Bossuet écrivait au même personnage :

« Vous avez pu connaître, par toutes mes lettres, le tendre amour que je ressens pour l'Angleterre et pour l'Écosse, à cause de tant de saints qui ont fleuri dans ces royaumes, et de la foi qui y a produit de si beaux fruits. Cent et cent fois, j'ai désiré avoir l'occasion de travailler à la réunion de cette grande île pour laquelle mes vœux ne cesseront jamais de monter au ciel. Mon désir ne se ralentit pas, et mes espérances ne sont pas anéanties. J'ose même me confier en Notre Seigneur que l'excès de l'égarement deviendra un moyen pour en sortir. »

La sollicitude qu'éprouvait Bossuet à la fin du dix-septième siècle, nos évêques la parla-

geaient un siècle et demi plus tard, quand notre révolution , dans un de ses accès de rage, força les membres de notre Episcopat et de notre Clergé à chercher un refuge sur la terre étrangère ; on sait avec quelle noblesse ils payèrent l'hospitalité qui leur fut offerte. Tout en ranimant le courage des catholiques, ils déposèrent au sein de la société protestante les premiers germes des événements auxquels nous assistons. Il semble que Dieu veuille , en réveillant l'île des saints à la foi de ses pères, la récompenser d'une bonne action, et il est digne de remarque que ce sont les hommes qui ont entrepris la réhabilitation des saints, jadis la gloire de l'Angleterre, qui sont les premiers appelés à la lumière de la vérité.

En présence de ces éclatantes preuves de la grâce, et alors qu'il s'agit de reconquérir une troisième fois l'Angleterre à la foi, les évéques anglais, à l'exemple des anciens prélats, viennent demander à la France les secours spirituels dont lettr Église a besoin. Les évèques français, fidèles aux traditions, ont répondu à cet appel comme des frères ré** pondent toujours à l'appel d'Un frère. L'An-

glcterre retrouverait au besoin un saint Germain dans chaque membre de notre Episcopat, si les circonstances exigeaient qu'ils payassent de leur personne. Mais la mission d'Angleterre, plus heureuse aujourd'hui qu'au cinquième siècle, ne demande que des prières à sa sœur de France ; elle est favorisée , dans la personne de ses Vicaires Apostoliques, de plusieurs Àugustins dont les lumières suffiront à dissiper les ténèbres de l'erreur , si le reste de la chrétienté leur accorde avec ferveur le secours de ses prières.

Pendant que nous écrivons ces lignes, nos seigneurs les archevêques et évêques donnent de touchantes preuves de la sollicitude que leur inspire la situation religieuse de l'Angleterre dans les mandements et lettres pastorales qu'ils adressent au clergé et aux fidèles de leurs diocèses.

« Ce que la prière a commencé, nous dit l'archevêque de Cambrai, il faut que la prière le continue et l'achève, c'est le cri de tout ce qu'il y a de catholique dans la Grande- Bretagne, c'est l'appel qui nous est fait par ses évêques, nos frères, c'est le vœu secret de tant d'esprits ébranlés, mais encore hésitants

et incertains, qui n'attendent que ce secours pour rompre les derniers obstacles qui les empêchent de venir à nous ! Voyez toutes ces mains tendues vers vous , entendez toutes ces voix qui vous supplient ! Et que vous demandent-elles? Des aumônes? Non, De longues et doctes controverses ? Non. Quoi donc? Des prières, des prières ferventes, des prières répétées, des prières universelles!

« Prions donc et faisons prier pour une fin si profitable à l'avancement du royaume de Dieu. Nous avons prié naguère pour l'Église d'Espagne et l'Espagne s'est arrêtée devant le schisme. Prions pour l'Église d'Angleterre, et nous la verrons sortir des ténèbres de l'hérésie, brillante et pure comme aux plus beaux jours de son ancienne gloire 1 . » Les supplications des fidèles de tous les diocèses de la France adressées au ciel dans ce saint temps de l'année promettent à l'Angleterre des fruits abondants de salut.

Puissent ces prières, par l'intercession

d'Augustin, renouveler le prodige qui s'opéra la première année de l'apostolat de ce grand saint en Angleterre, où il baptisa, le jour de la fête de Noël, dix mille personnes qui rendirent ensemble hommage à la vérité que venait leur prêcher le fils spirituel de saint Grégoire.

JUIW GONDON.

Paris, 15 décembre 1845.

DE

(de cantorbéry).

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