‹ Histoire de Saint Augustin (apôtre des Anglais, archevêque de Cantorbery,) et du premier établissement du christianisme en AngleterreChapitre 4 sur 47 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Conversion du roi Lucius en Tan 182. Lucius envoie une ambassade au pape Eleutlière. — Circonstances et motifs de cette démarche. — L'Angleterre rcconuaissait-cllc la suprématie de Rome? — Le souverain pontife envoie a Lucius saint Fugat et saint Damian. — A leur arrivée, les deux missionnaires baptisent le roi , la reine et toute la cour; ils prêchent ensuite l'Évangile dans les diverses parties du pays. — Mort de Lucius. — Le christianisme est florissant jusqu'en 192.

La seconde grande époque de l'histoire de l'Eglise anglaise est la conversion du roi Lucius. Quoique la date de cet événement ait été le sujet de vives controverses, des autorités compétentes le font remonter à l'année 182 de J.-C. La vérité de ce fait repose indubitablement sur une base plus ferme que celle de plusieurs des détails qui précèdent, et elle rencontre en sa faveur un concours remarquable d'autorités tant protestantes que catholiques.

Saint Bède le Vénérable rapporte le fait en et termes :

u En Tan i5G 1 de l'incarnation de Notre- Seigneur, Marc-Antonin , le quatorzième successeur d'Auguste, parvint à la toute-puissance conjointement avec son frère Aurèle Commode.

C'est dans ce temps qu'un saint homme, nommé Eleuthère, fut investi du pontificat de l'Eglise romaine, etqueLucius, foi d'Angleterre, lui adressa une lettre, le priant de le faire chrétien par acte de son autorité. Il ne tarda pas à obtenir l'objet de cette pieuse demande, et les Anglais ayant reçu la foi , ils la conservèrent entière et pure, dans le calme et la paix, jusqu'au temps de l'empereur Dioctétien*, v

Telle est la première mention du christianisme en Angleterre, que l'on trouve dans saint Bède. Placées à côté du récit de saint Gildas, que nous avons rappelé, ces paroles n'impliquent rien de plus que ce qui est universellement reconnu, c'est-à-dire que la foi ne fut pas embrassée ouvertement par la nation anglaise avant les jours de Lucius. Nous apprenons, par des sources d'une autorité plus ou moins grande, que, quoique Lucius

i on doit su rappeler que la chronologie de saint Bède est souv île.

lîist !.. ';.

ne se soit décidé à faire profession de christianisme qu'à la fin de sa vie, il Pavait connu dès son jeune âge. Quelques auteurs prétendent que saint Timothèe, l'un des quatre saints enfants de saint Pudens et de sainte Claudia *, fut l'instrument de sa conversion. Une tradition plus respectable dit que Lucius a reçu les premiers enseignements de la foi chrétienne de saint El vain, que quelques auteurs supposent avoir été un des convertis de Granta, mais qui est généralement regardé comme un des frères du monastère d'Àvallonia. Quelle que soit la source d'où le bon roi Lucius ait reçu ses premières connaissances de la religion chrétienne, il est certain qu'on ne put parvenir à le décider à avouer ses convictions que vers la fin de sa vie, lorsqu'il avait été roi près de soixante ans. On signale plusieurs causes comme ayant contribué à lui faire chercher la grâce de la vie éternelle dans les sacrements de l'Eglise. Il avait eu de nombreuses occasions d'observer les fruits de la religion chrétienne dans la sainte vie que menaient ses professeurs. 11 connaissait la doctrine du dernier jugement, et n'ignorait pas qu'il devait être bientôt appelé à rendre compte à Dieu de l'usage des

« Les trois autres étaient : son frère saint Novat, et ses deux sœurs sainte Praxède et sainte Pudenlîenne, vierges.— Voir Crcssy, Histoire de l'Eglise de Bretagne (Bret. française^.

grâces qui lui avaient été accordées ; mais le motif le plus immédiat et le plus décisif de son heureuse résolution , paraît avoir été la délivrance de l'empereur Marc-Aurèle et de son armée par les prières des soldats chrétiens. La nouvelle de cette miséricordieuse intervention était récemment arrivée en Angleterre, et avait produit une forte impression sur l'esprit du roi, qui, pleinement convaincu dans son cœur de la divine origine et des merveilleux effets de cette sainte croyance pour laquelle il avait été depuis longtemps favorablement disposé , envoya chercher son fidèle conseiller Elvain , et lui communiqua le projet de solliciter l'honneur d'être admis dans le troupeau du Christ. Désireux d'obtenir des instructions de quelque autorité pour améliorer le gouvernement de l'Eglise dans son royaume, il résolut de prendre conseil, et ses pensées se tournèrent instinctivement vers le siège de Rome. 11 choisit pour ses représentants dans celte importante mission, Elvain et un autre ecclésiastique nommé Medwin, de la province de Belgae l . Ces ambassadeurs sacrés étaient chargés de présenter une requête tendant à obtenir du Saint— Père Eleuthère, alors revêtu du pontificat romain, qu'il envoyât en Angleterre des personnes capables, avec autorisation d'instruire le roi et ses sujets, de

1 Cette province comprenait les comtés actuels de Hants, de Wilts et de Somerset.

célébrer et d'administrer les divins mystères. Il désirait aussi qu'on lui donnât des instructions pour le gouvernement de l'Eglise anglaise, et quelques auteurs ajoutent qu'il fit demander aussi une copie des fameuses lois romaines pour en faire la base d'un Code national. Eleuthèrefut un pontife d'une grande piété et d'éminentes vertus, comme le montre suffisamment la place que son nom occupe dans la mémoire et les affections de l'Eglise Il succéda à saint Soter dans le pontificat suprême, en 476, et veilla aux intérêts de l'Eglise, alors qu'elle était profondément affligée par les doctrines blasphématoires des montanistes. On a supposé que, dans l'origine, et quand l'hérésie offrait peu de danger, le bon pape Eleuthèrelui avait donné une sorte d'appui ; mais cette assertion est démentie par plusieurs historiens, qui attribuent cet acte de faveur, non à saint Eleuthère, mais à son successeur Victor. Quoi qu'il en soit, que le jugement favorable ait été accordé par saint Eleuthère ou par un autre, il a été révoqué après de plus amples informations.

D'anciens chroniqueurs ecclésiastiques ont mis en avant diverses conjectures sur les motifs qui ont probablement décidé le roi Lucius à recourir

i Il est mentionne dans le Calendrier, le 2G mai , jour de la fôte de saint Auguslin de Canlorbéry.

à Rome pour recevoir les sacrements de 1* Eglise cl être inslruit dans la doctrine chrétienne. Une circonstance qui rend ce fait encore plus remarquable, c'est que les messagers de Lucius, en se rendant à Rome, durent passer à Lyon ou près de celte ville, dont le grand saint Irénée était évèque à celte époque. Il n'y a aucun doute que saint Elculhcrc, malgré sa sainteté, était loin d'égaler en science le fameux évèque dont la réputation était bien connue en Angleterre, et qui, d'après un ancien père, était le plus exact théologien de son temps. On n'aperçoit absolument aucune des raisons qui ont déterminé le roi Lucius à envoyer chercher des conseils à Rome, lorsqu'il aurait pu les trouver à Lyon, à moins que ce ne soit parce que l'Eglise anglaise de son temps reconnaissait le siège de Rome comme investi de quelque prérogative particulière de rang et d'autorité, même à cette époque primitive, et alors que la grande monarchie spirituelle dont elle devint plus tard le centre, n'était pas encore pleinement développée ou parfaitement organisée. Et quand les envoyés de Lucius se seraient arrêtés en route pour consulter le grand évèque de Lyon, certainement il ne leur eût pas donné d'autre avis que celui consigné dans ses écrits : « Il est nécessaire que u chaque église, c'est-à-dire que les fidèles de « tous les pays aient recours à Rome, en raison

m de sa plus puissante principauté, depuis qu'elle « conserve en elle la tradition universelle reçue \u des apôtres 4 .»

i Le bon pape Eleuthère éprouva des transports <de joie en recevant le message du roi breton, et il i fit chanter le Gloria in excelsis en commémorai tion de cet heureux événement 4 . Il chargea ensuite deux saints èvêques, nommés Fugat et Da^ mi an , d'accompagner saint El vain et saint Medwin à leur retour en Angleterre. Quelques écrivains ajoutent qu'il éleva saint Elvain à la dignité épiscopale. On rapporte aussi qu'il envoya les instruc* tions nécessaires à l'organisation de l'Eglise d'Angleterre, mais qu'il refusa de se rendre à la demande du roi relativement à la copie des lois romaines , parce qu'elles n'avaient pas rapport aux institutions chrétiennes.

Dès que les saints légats furent arrivés en Angleterre, le roi, la reine et toute leur maison furent immédiatement baptisés. Le nom de la reine n'est pas venu jusqu'à nous; mais il paraît qu'une sœur de Lucius, appelée Emérite, a obtenu l'honneur d'être mise au nombre des saints.

Saint Fugat et saint Damian prêchèrent la parole de Dieu au roi et à sa famille, et parcouru-

1 S. Iren., cont. Hœres., lib. in, c. 3.

2 Voir Ussher's, Primord. Eccl., 40.

rent ensuite les différentes parties de l'Angleterre. Après trois années, ils retournèrent à Rome, où ils annoncèrent l'heureux succès de leur mission, et ils obtinrent du Saint-Père la confirmation de leurs actes. Ils revinrent plus tard dans l'île bretonne, où ils reprirent leurs voyages apostoliques. Dans le cours de leurs excursions , ils visitèrent l'île d'Avallonia, siège du fameux monastère de Glastonbury, qui était devenu un repaire de bêtes féroces 1 . Ils y découvrirent, par indication divine, l'ancien oratoire dédié à Notre-Seigneur en l'honneur de sa sainte Mère, et y célébrèrent ses divines louanges. Ces deux saints missionnaires fondèrent, à Avallonia, deux autres chapelles : une sous le vocable des apôtres saint Pierre et saint Paul, et l'autre sous celui de saint Michel archange. Ils y établirent une succession de douze personnes pieuses , en mémoire des douze compagnons de saint Joseph. Il est douteux qu'ils soient morts à Avallonia, mais une tradition très-authentique rapporte qu'ils y demeurèrent neuf ans. HarpsGeld place le théâtre de leur mort dans les Galles du sud, près la ville de Llandaff, où une église fut bâtie ensuite sous leur patronage. Leurs noms se trouvent le 24 mai dans les marlyrologes anglais, qui placent leur mort en l'an 191. Vers

1 Capgravc, dans la Vie de S. Joseph.

le même temps, le roi Lucius fut appelé à changer sa couronne terrestre pour celle des cieux, après avoir passé les dernières années de sa vie, suivant une très-antique croyance, à répandre la foi chrétienne parmi les nations de l'Allemagne et de la Suisse.

On ne saurait douter que la conversion de ce bon roi saint Lucius n'ait été le commencement d'une ère nouvelle dans l'Eglise d'Angleterre, et qu'un très-grand nombre de ses sujets, touchés de son exemple, n'aient embrassé la foi après lui. 11 est également certain que le Seigneur suscila plusieurs serviteurs dévoués pour défricher ce nouveau champ de travaux apostoliques, quoique l'on ait à regretter que leur mémoire ait entièrement péri. La période qui s'est écoulée entre la mort du roi Lucius et le martyre de saint Alban, ne nous fournit aucune information historique digne de confiance; mais nous apprenons, par le témoignage d'écrivains étrangers aussi bien que par celui de nos saints historiens Gildas et Bède, que l'Eglise d'Angleterre fut dans un état trèsflorissant durant cet intervalle, qui embrasse plus d'un siècle Ml paraît que l'Eglise d'Angleterre était

i Nous avons la preuve incontestable que les croyants étaient nombreux en Bretagne, et qu'une hiérarchie régulière y avait été instituée avant la fin du troisième siècle. Les écrivains conlem-

placée sous le gouvernement de vingt-huit évertues et de trois métropolitains, dont Londres était le premier siège. L'éVÔque Slillingflcet donne des raisons satisfaisantes pour prouver qu'il y aeu clans l'Eglise anglaise une succession non interrompue d'èvôques, depuis le premier, tout en admettant que sous le roi Lucius on prit des mesures pour accroître et consolider lépiscopat. Il est très-remarquable, s'il y avait des évéqucs en Angleterre quand Lucius envoya son ambassade à Ilomc, qu'il ait eu recours à un siège étranger pour b secours et les conseils qu'il désirait. Et en supposant même qu'il n'y eût pas alors d'évèques dans le pays, il n'aurait pas eu besoin, ainsi que nous l'avons vu, d'aller jusqu'à Rome pour suppléer à cette absence. Contentons-nous de suivre l'Eglise de tous les âges, en reconnaissant un droit de préséance au siège des apôtres, et alors la conduite du roi Lucius devient parfaitement intelligible, sans qu'il soit nécessaire de supposer une lacune dans la succession de l'antique épiscopat anglais, ou de chercher à déprécier les titres des autres prélats européens.

porains mettent toujours PEglise de Bretagne sur un pied il galilé avec les Eglises (TEspagne et de la Gaule. — Lingard,]^

(Note du traduoUu

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