‹ Histoire de Saint Augustin (apôtre des Anglais, archevêque de Cantorbery,) et du premier établissement du christianisme en AngleterreChapitre 5 sur 47 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De Tan 492 a 3oO. — On ignore les événements du sièele qui s'écoule après la mort du roi Lucius. — La persécution religieuse commeuce sous les empereurs Dioclétien et Maxim ien. — Premiers martyrs de l'Angleterre. — Conversion de saint Alban. — Sa décapitation et les miracles qui s'opèrent pendant et après cet événement. — Martyre de saint Amphibale, de saint Aaron , de saint Jules, et de deux évéques de Londres. — La paix est rendue h l'Église bretonne sous Constance. — Elle redevient florissante. — L'Angleterre envoie trois de ses évêques au concile d'Arles, tenu en 344. — Elle est représentée au concile de Nieéc et à celui de Rimini. — Pauvreté de l'Église bretonne et de ses prélats. — L'hérésie d'Anus so répand eu Angleterre.

Après la mort du roi Lucius, nous perdons, pendant près d'une centaine d'années, le cours de riiistoire de l'Eglise d'Angleterre, pour le retrouver ensuile au siècle de saint Alhan et de ses compagnons; à partir de celle dernière époque,

non interrompue, quoiqu'on en perde les traces, de même aussi nous trouvons dans l'histoire de F antique Eglise anglaise des passages, tels que le martyre de saint Alban, par exemple, qui constatent la présence d'une foi réelle, quoique latente, dans les siècles qui ont précédé cet événement. La vertu héroïque d' Alban, d'Amphibale, d'Aa— ron , de Jules et de ce « grand nombre d'autres héros dont les âmes ont été arrachées aux horreurs de l'agonie, au milieu des tortures et des déchirements, pour partager les joies de la cité éternelle 1 , » n'était pas un élan sondain d' enthousiasme, ni simplement une heureuse coïncidence, ou un phénomène isolé; mais ces événements avaient leur origine dans des causes qui prenaient plus loin leur source, et qui avaient de larges ramifications : ils jetaient à la fois un lustre sur la période qui les avait préparés et sur celle qui en était témoin.

Notre île paraît d'ailleurs avoir joui d'une tranquillité profonde, lors des premières persécutions qui désolèrent les autres églises dans l'empire romain. Ce n'est que sous le règne de Dioclèlien et de son collègue Maximien qu'elle tomba sous le coup de la rage et de la perversité païenne. Le dernier et le plus barbare des massacres qui,

i Saint Bède, liv. i, ch. 7.

pendant dix ans, inondèrent dersàngla chrétienté, pénétra jusqu'en Angleterre, où, selon l'expression dé Gildas, « Dieu, qui veut sauver tous les hommes et appelle les pécheurs aussi hien que les justes , se plut à faire éclater sa miséricorde parmi nous , et à raviver par sa bonté la plus brillante des lumières, en nous donnant de saints martyrs. Si les lieux de leur supplice et de leur sépulture n'avaient été ravis aux souvenirs de nos concitoyens, à cause des péchés de la nation, par la lugubre incursion des barbares, ces lieux contribueraient puissamment à inspirer l'ardeur de F amour divin dans les âmes. Je parle des martyres de saint Alban, de Verulam, d'Aaron et Jules de la ville des Légions (Caerieon-sur-le-Usk), et des autres héros de l'un et l'autre sexe, qui, dans diverses localités, ont tenu pied, dans la bataille du Christ, avec une magnanimité surhumaine *.»

L'héroïsme chrétien de ces bienheureux serviteurs et soldats de Jésus-Christ, et spécialement de notre glorieux saint Alban , pourrait fournir le sujet de biographies distinctes. Nous nous bornerons cependant ici à en esquisser les principaux traits.

Saint Alban fut converti à la foi chrétienne par Amphibale, ecclésiastique qu'il avait retiré chez

1 Saint Gildas, de Excid. Brit., S 40.

lui pour le protéger contre ses persécuteurs. Les autorités, ayant été informées du lieu où Amphibale était caché, firent faire des recherches dans la maison de saint Âlban. C'est alors que cet hôte généreux, mettant son manteau militaire, consentit à être arrêté, à la place du prêtre, par les officiers envoyés chez lui. Amené devant son juge, qui assistait à une fête idolâtre, saint Alban fut invité à prendre part au culte païen; sur son refus, on lui fit subir le supplice du fouet, et il fut ensuite décapité. Selon saint Bède, deux miracles s'opérèrent au moment de sa mort. Le premier détermina la conversion d'un nommé Héraclius, qui devait remplir les fonctions d'exécuteur. Une autre personne s' étant présentée pour faire la cruelle opération, elle fut instantanément frappée de cécilè , ses yeux étant tombés à terre en même temps que la tête de sa victime.

Plusieurs des spectateurs, suivant Harpsfield, embrassèrent la foi sur le lieu du supplice, à la vue de la constance du saint martyr et des miracles qui accompagnèrent ses souffrances. Ils se mirent à la suite de saint Amphibale, l'hôte et le père spirituel de saint Alban, allèrent dans le pays de Galles, où ils recurent de ses mains le sacrement delà régénération. Peu après, et pendant la même persécution, saint Amphibale a souffert le martyre h Redbourne, non loin du lieu où saint

Al bon avait été exécuté. Saint Aaron et saint Jules furent martyrisés à Caerleon-sur-le-Usk. Il y eut en outre, à la même époque, selon saint Gildas et saint Bède, plusieurs autres martyrs. Les chrétiens qui survécurent se réfugièrent dans des déserts et dans des grottes. La persécution continua pendant sept ans avec une fureur qui ne se ralentit pas. Plusieurs églises furent rasées, tandis que d'autres étaient converties en temples païens. Au nombre des serviteurs de Dieu qui reçurent à cette époque la couronne des martyrs ou des confesseurs, étaient saint Etienne et saint Angule, successivement évêques de Londres.

La paix fut enfin rendue à l'Eglise sous Constance, qui, conjointement avec Galère, assuma la pourpre romaine à l'abdication de Dioctétien et de Maximien. Constance, à qui l'administration de l'Angleterre avait été spécialement confiée 4 durant le règne précédent, continua à la gouverner sous un autre titre et avec une autorité indépendante.

L'Église anglaise sentit bientôt les effets de sa clémence. Les chrétiens sortirent de leurs retraites * ; on rebâtit les églises j des oratoires furent élevés en l'honneur des martyrs ; les fêtes furent

1 Gibbon, cb. 43.

* 8aint Gildas, de Excid. Brit 9 S 48 ; et saint Bède, HUî. Eccl., liv. t, ch. 8.

rétablies avec les rites solennels du culte, et la voix de l'allégresse et du bonheur se flt de nouveau entendre dans le pays. Constance mourut à York, en Tan 306, quinze mois après avoir hérité de la puissance impériale,

L'Église anglaise fut certainement représentée au concile d'Arles en 314 *, et quelques auteurs pensent qu'elle le fut aussi à celui de Nicée, onze années après, quoique cela paraisse fort douteux. Les évêques anglais qui prirent part au concile d'Arles furent Eboriiis, Restitutus et Adelphius. Le premier occupa le siège d'York, et le second celui de Londres. Le siège d'Adelphius est moins connu ; on a pensé que c'était Colchester, ou plutôt Maldon ; mais l'évêque Stillingfleet se prononce en faveur de Caerleon, tandis que d ? autres savants écrivains inclinent, avec une grande apparence de raison, pour le siège de Lincoln.

Il fut décidé au concile d'Arles que la fête de Pâques serait observée le même jour dans toutes les parties de l'Église.

Ce canon était dirigé contre les quartodèci-

i Cette opinion est aussi partagée parPtaisloricn catholique, le D r Lingard, qui nous dit dans son Histoire (T Angleterre : «Dans l'un des plus anciens conciles d'Occident, celui d'Arles, en 31 4, nous trouvons les noms de trois évêques bretons : Eborius d'York, Restitutus de Londres et Adelphius de Richborough. »

(Note du traducteur.)

mans répandus en Orient \ Il y fut au9si arrêté qu'on dégraderait les ecclésiastiques qui, durant les persécutions, avaient livré aux païens des livres sacrés appartenant aux églises, ou des vases employés au saint sacrifice. On y passa d'autres canons relatifs seulement à la discipline, et les décrets furent envoyés à saint Sylvestre, pape régnant, pour être répandus dans toute 1 Eglise *.

Au désastreux concile de Rimi ni, tenu en 359, les évêques anglais furent traîtreusement amenés à signer avec les autres prélats la confession hérétique. On rapporte, à cette occasion, que V empereur arien Constance offrit aux prélats assemblés de leur donner le logement et F entretien aux frais de r Empire; mais aucun d'eux n'accepta cette offre suspecte, à l'exception des trois évêques anglais, qui, trop pauvres pour se suffire à eux-mêmes et trop indépendants pour se mettre à la charge des autres évêques, acceptèrent la proposition de * l'empereur, et furent en conséquence pourvus aux frais du budget impérial.

1 La question relative à l'observation de la ftte de PAques , qui fut soulevée plus tard en Angleterre, et dont il sera lait mention ailleurs, parait avoir été d'une moindre importance.

2 Voici les paroles dont on se servit en s'adressant au pape : « Placuit etiam antequam a te , qui majores diœceses « tenes, per te polissimum omnibus insinuari. »

Un ancien auteur loue les évêques anglais d'avoir refusé d'être à charge aux autres prélats leurs frères; mais il est à craindre, observe l'évêque Stillingfleet, « que la bonté de l'empereur ait été un piège tendu à leur conscience. » En somme, il parait y avoir des raisons de craindre que l'Église bretonne n'ait souffert avec les autres de l'infection de l'arianisme, quoiqu'il soit très-difficile de dire si sa participation à l'hérésie a été la cause plutôt que l'effet de la malheureuse conduite de ses représentants à Rimini.

Quant au fait de cette corruption, cependant, qu'elle ait été plus ou moins étendue, et indépendamment du lieu et du temps où elle a commencé, le témoignage de saint Bède n'est que trop explicite 4 .

Nous avons vu que les évêques anglais étaient Irop pauvres pour se suffire à Rimini. L'état nécessiteux de leur Eglise à cette époque peut avoir été un des résultats de la persécution et des guerres civiles. La première avait probablement privé l'Église de ses terres et de ses revenus, tandis

1 <• Ariana vesanîa, corrupto orbe toto, banc etiam insulam extra orbem tam longe remotam veneno sui infecit erroris, et hac quasi via pestilentis (rans Oceanum patefacta, non mora , omnibus se lues luereseos cujusque, insuke, novi semper aliquid audiregaudenti, et nihil certi firmiter oblinenti, infudil. » Jlùt. Eccl., lib. i, c. 8.

que la seconde avait appauvri le pays et devait contribuer à réduire les offrandes du peuple. On dit que le roi Lucius fit don à l'Église des terres qui avaient antérieurement appartenu aux temples païens, et qu'il leur accorda, en outre, de nombreux privilèges. S'il en fut ainsi, il est certain que l'Église doit avoir souffert des pertes considérables avant le concile de Rimini, où les èvêques bretons ne purent faire des dépenses ordinairement payées, dans les différentes églises de la chrétienté, par les fidèles qui ont des représentants dans les conciles généraux.

L'action combinée de la persécution, sous Dioclétien, et des guerres désastreuses soutenues con- Ire les Ecossais et les Pietés, expliquent suffisamment la pauvreté des prélats et du peuple d'Angleterre à cette époque.

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