‹ Histoire de Saint Augustin (apôtre des Anglais, archevêque de Cantorbery,) et du premierChapitre 12 sur 44 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Saint Grégoire va réaliser ses projets de mission en Angleterre.— Lettre de Grégoire a Candide , prêtre des Gaules. — Les missionnaires sont choisis dans le monastère de Saint- André. — Augustin est placé à leur tète. — Ils quittent Rome en 596. — L'église et le monastère de Saint-Grégoire occupent aujourd'hui l'emplacement de l'ancienne maison de Saint-André. — Augustin et ses compagnons arrivent à Marseille. — Ils se rendent ensuite à Aix, oU l'on cherche à les décourager. — Les missionnaires Yisitent le monastère de Lérins et s'y arrêtent. — Augustin repart pour l'Italie prendre les conseils de Grégoire. — Il expose au Pape le découragement de ses compagnons. — Augustin retourne k Lérins, porteur d'une lettre de Grégoire à Etienne, abbé du monastère. — Lettres de saint Grégoire aux évéques d'Aix et de Marseille. — Instructions du Pape aux compagnons d'Augustin. — Voyage d'Augustin à travers la France. — Lettres du Pape aux évoques de Tours, d'Arles, de Vienne et d'Autun, aux rois Théoderic et Théodebert, et à Brunehaut, reine-régente. — Miracles àe saint Augustin dans l'Anjou. — Les missionnaires s'embarquent pour l'Angleterre.

Ce fut seulement la sixième année de son pontificat que saint Grégoire réalisa ses projets sur FAngleterre. On peut induire des paroles d'un de ses biographes ^ qu'il avait, deux années

i Jean le diacre.

auparavant, fait choix de la personne h qui deyatt être confiée cette importante mission.

Depuis le premier moment de son ëlëvation à la papauté, son cœur semble avoir été constamment fixé vers ce grand objet de ses espérances et de ses prières, qu'il s'était abstenu de réaliser avant que toutes choses fussent prêles pour son heureux accomplissement. Dans une lettre à Syagrius, évèque d'Autun , il parle de la mission d'Angleterre comme ayant occupé ses pensées longtemps avant qu'il ait pu la réaliser ^ La lettre suivante, écrite une année avant l'expédition de saint Augustin, prouve le vif intérêt que lui inspirait l'Angleterre. Cette lettre est adressée à Candide, prêtre, qui était en route pour la Gaule, où il allait prendre possession d'un patrimoine ecclésiastique.

Grégoire a Candide ,

« Nous désirons de votre affection, à laquelle « a été confié, avec l'aide de Notre-Seigneur « Jésus-Christ, le contrôle d'un patrimoine dans « la Gaule, que vous achetiez, avec les pièces d'ar- « gent que vous avez reçues, quelques vêtements « pour les pauvres, ou que vous les appliquiez

i Epitres de saint Grégoire, Ifv. ix, 108. .

« au rachat de jeunes Anglais de dix-sept a dix- & huit ans, dans le but de les élever pour le ser- M vice de Dieu. De cette manière, la monnaie « des Gaules, qui n'a pas cours chez nous, sera M placée utilement et d'une manière convenable. « Si, en outre, vous pouvez réaliser quelque chose » des revenus qui, dit-on, ont été retirés, faites- « le, et vous répondrez à nos désirs, en les emu ployant soit à en acheter aussi des vêtements «pour les pauvres, soit, comme nous l'avons a déjà dit, à racheter, des esclaves anglais qui « seraient élevés dans le service du Dieu Toutti Puissant. Gomme ceux néanmoins que vous u pourrez acheter seront païens, je désire qu'un u ecclésiastique les accompagne, car ils pourraient « tomber malades en route, et dans ce cas, si leur « maladie venait à paraître mortelle, il serait de « son devoir de les baptiser. Nous nous en rap- « portons à votre affection pour mettre nos désirs « à exécution, et cela en toute hâte ^ »

Les pensées du Saint sont encore préoccupées du sort misérable de ces pauvres esclaves anglais, dont le corps et l'âme étaient victimes d'une cruelle et implacable IjTannie. Peut-être avail-il le projet de les faire élever sous ses yeux, dans des écoles religieuses, afin de les renvoyer ensuite

* Épttret dç saint Grégoire, Uv. n, 7.

dans leur propre pays en qualité de missionnaires indigènes. Quoi qu'il en soit, une fois arrivés à Borne, leur présence et leur témoignage sur la misérable condition de leurs compatriotes, devaient être un stimulant continuel à la compassion et au zèle du Saint-Père. Nous avons déjà vu aussi que saint Grégoire avait appris (probablement par la reine Berthe, ou son confesseur l'évêque Luidhard) les vifs désirs spirituels qui s'étaient éveillés dans les cœurs d'une partie de la nation angle-saxonne.

Saint Grégoire tourna naturellement son atten* tion vers le monastère de Saint-André, quand il dut choisir les personnes propres à prendre la direction de cette importante ambassade. Corporellement éloigné de cette retraite, son esprit y fut toujours présent. 11 fit choix de plusieurs membres de cette société ^ , dont les noms, à l'exception de quatre, ont été perdus; nous connaissons seulement Augustin, alors prieur ^,

1 Saint Bède les appelle : « Monachos timentes Dominum. » LîY. ï, c. 23.

s II est appelé par saint Grégoire prœpositus {Ep, , Uv. ix, 408). Le prieur, dans les monastères bénédictins, venait immédiatement après Tabbé. Pour ce qui regarde les charges du prieur et la règle du monastère de Saint>André avant et après ses modifications , Tauteur renvoie à la vie de saint Etienne, \ Baronius, Mabillon , Reynerus, à la vie de saint Grégoire qui précède l'édition de ses œuvres publiées par les bénédictins, et enfin au révérend Alban Butler. [^oU du traduetwr.)

Laurence, Pierre et Jean. Les missionnaires reçurent la bénédiction apostolique et se mirent en route avec joie ; ils quittèrent Rome dans Tété de 596.

Le site du monastère de Saint-André, si intéressant pour les Anglais, est en ce moment occupé par l'église et le monastère de Saint-Grégoire. En face se trouvent trois chapelles détachées, bâties par saint Grégoire le Grand lui-même, et restaurées par le cardinal Baronius. La première est dédiée à Dieu, sous le patronage de sainte Sylvie, mère du saint ; la seconde est placée sous celui de saint André , apôtre , et la troisième sous celui de saint Barbara. Dans la dernière se trouve une statue de saint Grégoire; Ton y conserve aussi la table à laquelle le Saint invitait tous les jours son sacristain et douze pauvres pèlerins. Oo lit sur le portique de l'église une inscription constatant que de cette maison a partirent les preu miers apôtres des anglo-saxons ^ . »

Sa Sainteté le Pape actuel, homonyme et successeur de saint Grégoire , a vécu dans cette retraite jusqu'au moment où il fut élevé au cardinalat.

On ne sait absolument rien des premières années de saint Augustin; mais un fait qui en dit

4 Guide du voyageur dans l'Italie centrale, 4843. Discoarf 4u D' Wiseman sur TÉglise.

plus en sa faveur que des volumes, c'est sa présence dans une société qui a toujours occupé une si haute place dans les affections et les prières de ce saint pontife, qui, après plusieurs années de réflexions, Ta choisi, comme la personne la plus digne qu'il pût trouver, pour remplir l'œuvre et le ministère d'un apôtre.

Les missionnaires s'embarquèrent dans un des ports d'Italie, et arrivèrent probablement à Marseille, d'où ils se rendirent à Aix en Provence. Ils rencontrèrent dans cette dernière ville des personnes qui leur firent des rapports déchirants du pays vers lequel ils dirigeaient leurs pas. « L'Angleterre, leur « disait-on, est située au delà d'une mer de navi- « gation très-dangereuse; ses habitants sont nonff seulement idolâtres, mais ce sont des sauvages ir aux rudes manières et an langage barbare. » On ajoutait qu'une mort cruelle les attendait certainement à leur arrivée, si même l'on souffrait leur débarquement; mais que, d'après toutes les probabilités , ils ne mettraient jamais le pied dans le pays, et en supposant qu'ils parvinssent à surmonter tous les obstacles , quelles chances avaient-ils de se faire jamais écouler d'un pareil peuple ?

Ces discours ne présentaient rien de nouveau ni d'étrange aux missionnaires; mais, dans le premier mouvement de leur enthousiasme, ils avaient oublié, ainsi qu'il arrive souvent, de prévoir

toutes les difficultés qu'ils allaient rencontrer. Un des obstacles qui devait s'opposer à leur œuvre avait été, diaprés toute apparence, complètement perdu de vue : la différence de langage. La diffî-^ culte n'était pas insurmontable, si nous songeons que le bras de Dieu ne s'est pas raccourci depuis le temps des apôtres ; mais cependant elle était de telle nature que la prudence humaine aurait dû la prévoir. Les dons miraculeux sont trop précieux pour être prodigués, et en outre les miracles ne sont pas destinés à suppléer aux oublis de Tindolence ni aux fautes de l'imprudence ; mais à ajouter à la puissance naturelle de l'homme, après qu'on en a tire le meilleur et le plus grand parti possible. Et de plus, lorsque la foi des saints les dispose à espérer une intervention surnaturelle , leur humilité les empêche d'y compter dans les cas qui leur sont personnels. De sorte que ce sont ceux qui attendent le moins ces faveurs, au secours de qui elles arrivent plus facilement. Quand les apôtres de Notre-Seigneur partirent prêcher l'Évangile, ils ne se pourvurent ni de bourse ni de valeurs, mais c'était d'après son ordre spécial.

Notre -Seigneur a prouvé, en la secondant par de nombreux témoignages de sa puissance divine, combien l'œuvre de son serviteur saint Grégoire lui était agréable ; les fruits de sainteté

qui l'ont bénie en fournissent une autre preuve. Et cependant le Saint ne veut pas compter sur ces interventions directes (qui lui furent plus tard si largement accordées), au point de négliger les précautions ordinaires qu'il fallait prendre pour en assurer le succès. Comme nous allons le voir, l'espèce d'échec que sembla recevoir dès son début cette sainte entreprise, par ce qui arriva à Aix, n'eut d'autre effet, sur Tesprit calme et préparé de saint Grégoire , que de lui faire prendre de nouvelles précautions. Cette circonstance le détermina surtout à rechercher les bons services de la cour et de l'épiscopat des Gaules en faveur de ses missionnaires découragés. Au nombre des mesures prises par suite des objections élevées à Aix , fut celle d'engager des prêtres français à accompagner les moines en Angleterre, pour leur servir d'interprètes auprès des indigènes. On remarquera, en passant, que ceci fait ressortir d'une manière frappante la différence qui existe entre le véritable zèle catholique et les formes même les plus aimables et en quelque sorte les plus vénérables du fanatisme. Ce que firent en France les missionnaires est plutôt l'objet de conjectures que d'un récit historique; mais il paraît, d'après les lettres de saint Grégoire, que d'Aix, ils se rendirent au célèbre monastère de Lérins, situé dans une des petites îles qui se trouvent entre Antibes et Fréjus.

De là^ AogQStin (qui, en qualité de prieur de Saint-Andr6^ tenait le premier rang parmi les missionnaires, s'embarqua pour l'Italie, dans le but de faire part à Grégoire du découragement de ses compagnons, et de savoir de lui s'il ne conviendrait pas d'abandonner une entreprise qui promettait si peu de résultats.

Quelques biographes de saint Augustin ont avancé, peut-être avec trop de précipitation, qu'il partageait sur l'opportunité du voyage les doutes de ses compagnons. On ne devrait cependant pas, sans preuves précises, accuser même de faiblesse ceux que l'Église a marqués du sceau delasainteté. Dans le cas actuel^ la supposition que saint Augustin exprimait ses propres sentiments aussi bien que ceux de ses compagnons en sollicitant un rappel, paraît être plus ou moins gratuite. Les paroles de saint Bédé n'impliquent pas nécessairement Augustin dans les doutes et les appréhensions de ses frères. Après avoir parlé de l'alarme qu'éprouvèrent les missionnaires en général, par suite des rapports qu'on leur fit, il continue ainsi : u Sans perdre de temps, ils envoyèrent à Rome « Augustin ( que Grégoire destinait à être leur « évêque en cas d'une réception favorable en An- « gleterre), afin de solliciter la permission d'aban- « donner une expédition si pleine de périls, de < dangers et d'incertitudes. »

Suivait toutes les probabilités^ saint Augustin laissa ses compagnons au monastère de Saint^Lé^ rins ou dans ses environs. L'on peut bien supposa que le délai causé par son absence fut utilem«Qt employé par eux à raffermir leur foi timide au milieu du repos et de la dévotion du cloître.

Dans une société ayant le même esprit et la même règle que celle où leurs saintes résolutions avaient été prises et bénies, ces missionnaires durent éprouver le bonheur d'une personne qui respire Tair natal après une longue maladie. Que de souvenirs ont dû naître chez eux, propres à calmer et à retremper leur esprit ! C'est un des bienfaits de l'Eglise de créer non pas une, mais dix mille maisons où ses enfants se retrouvent chez eux ! Il est doux de penser qu'un de ces nombreux asiles de paix sortis de l'institution monastique, se trouva là prêt à ouvrir ses portes à ces voyageurs ballottés par la tempête et languissant après leur pays , et que cet asile ne fut rien moins que la retraite qui Gt la consolation des vieux jours de saint Vincent*,

Quand Augustin arriva aux pieds de son maître,

*■ L^autear combat dans une note l'opinion de Fleury, qui pense que les moines de Lérins étaient les maledici homines (saint Eède) qui sVfforcèrent de détourner les saints mission^ naires de leur expédition en Angleterre.

{Note du traducteur.)

il ne manqua pas de lui rapporter, entre autres nouvelles, la cordiale et hospitalière réception qu' il avait reçue des prélats et des ecclésiastiques des Gaules, et particulièrement de Protase, évêque d'Aix en Provence, d'Arîgie, évêque de Marseille, d'Etienne , abbé de Lérins. Il parait, d'après une lettre de saint Grégoire à Etienne, lettre dont Augustin était porteur à son retour, qu'il avait été témoin oculaire de l'ordre qui régnait dans la société dont Etienne avait la direction. La lettre est ainsi conçue :

Grégoire x Etienne, abbé.

« Augustin, serviteur de Dieu , porteur de la présente, a réjoui notre cœur par ce qu'il nous a dit de votre vigilance active et louable, et en nous apprenant que les prêtres , les diacres * et la communauté vivent ensemble en hommes pénétrés du même esprit. Gomme la bonne harmonie du corps dépend des vertus du supérieur, nous prions le Dieu Tout-Puis-

i II parait d'après cela, dit Téditeur bénédictin de Saint- Grégoire, quUl y avait dans ce monastère; comme dans d'autres, plasiears ecclésiastiques ne faisant pas partie de la communauté.

sant de daigner, dans sa miséricorde , allumer en vons le feu des bonnes œuvres , et de préserver tons ceux confiés à vos soins, des tentations du démon. Nous lui demandons de leur donner à tous un vif amour pour vous, et des sentiments selon ses vues.

« Mais comme Tennemi du genre humain ne cesse de tendre des pièges pour notre ruine, et qu'il travaille assidûment à séduire, en les prenant par leur côté faible, les âmes engagées à Dieu , nous vous exhortons , très-cher frère , à exercer sans relâche vos soins vigilants, et à veiller, par vos prières et vos prévoyances actives, a6n que le loup ravisseur ne trouve pas l'occasion de mettre en pièces votre troupeau. O^and TOUS aurez rendu sain et sauf à Dieu le dépôt que Yous en avez reçu, qu'il lui plaise, dans sa grâce, de vous accorder la récompense de vos travaux, et d'augmenter vos aspirations vers la vie éternelle.

« Nous avons reçu les cuillers et les plats * que vous nous avez expédiés, et nous vous remercions de témoigner ainsi votre amour des pauvres , en nous envoyant des objets pour leur usage^ »

*■ Circulas,

* Epîtres de saint Grégoire, liv. vx, 56. Éfienne de continuai pas à justifier la bonne opinion que Grégoire avait de lai. Cinq

La dernière phrase de cette lettre, quoique sans rapport a\ec notre sujet, n'en est pas la partie la moins intéressante et la moins caractéristique.

Saint Grégoire écrivit en même temps à Protase, évêque d'Aix, en Provence :

« L'ardeur de votre affection pour saint Pierre, prince des apôtres, ne nous est pas seulement garantie par les exigences de votre charge, mais elle ressort encore du dévouement dont vous faites preuve pour la cause de TEglise. Nous savons cela par les rapports que nous a faits Augustin, serviteur de Dieu , et porteur de cette lettre, et nous nous réjouissons de ces témoignages de votre ardeur et de votre zèle pour la vérité. Quoique éloigné de nous en personne, vous avez prouvé que vous nous étiez uni de cœur, en nous témoignant la charité fraternelle qui convient, v

Le saint pontife écrivit à peu près dans les mêmes termes à Arigie, évêque de Marseille.

On trouve dans une lettre de saint Grégoire les raisons à Taide desquelles il chercha à ranimer la

années plus tard, le Saint écrivait à Gono, abbé de Lérins, et lai parlait des chagrins que lui avaient causés la nonchalance et l'imprudence de son prédécesseur (Epîtres, liv. xi, <2). Delà quelques personnes ont pensé que la lettre adressée k Etienne était une exhortation de saint Grégoire. Son contenu ne Justifie guère cette version. Il est probable ou que Grégoire ignorait les faits, ou qu'Etienne fit plus tard seulement la chute qui affligea le Pape.

confiance des missionnaires, et les mesures qu'il proposa afin d'assurer Tordre et Tharmonie parmi eux; cette lettre leur fut remise par Augustin ^

C Aux FRERES EN ROUTE POUR l' ANGLETERRE.

ff Grégoire, serviteur des serviteurs de Dieu, à ses frères, serviteurs de Notre-Seigneur Jésus- Christ,

« Il eût été mieux de ne pas s'engager dans une bonne entreprise , que de songer à reculer après l'avoir commencée. Aussi me parait-il convenable, mes très-cbers fils , que vous exécutiez avec la plus grande célérité possible la bonne œuvre entreprise par vous avec l'assistance de Notre-Seigneur. Réalisez avec ardeur et zèle ce que l'inspiration de Dieu vous a suggéré, et songez que plus grands seront vos travaux , plus brillante sera la gloire de votre récompense éternelle. Augustin, votre prieur, retourne à vous, autorisé à vous gouverner en qualité d'abbé. Obéissezlui en toutes choses avec humilité ; soyez assurés que tout ce que vous ferez conformément à ses ordres , tournera au profit de vos âmes.

*■ Saint Grégoire, EpUreSf liv. vx, 5i .

u Que le Tout-Puîssant vous protège de sa grâce, et m'accorde le fruit de vos travaux dans notre patrie éternelle ! Quoique privé de prendre part à vos labeurs, que je puisse être associé à votre récompense, car si j'étais maître de mes jiésirs, j'aurais partagé vos travaux. Que Dieu, mes très-chers fils, vous ait en sa sainte garde,

« En date du vingt-troisième jour de juillet , quatorzième année du règne de notre'ïrès-religieux empereur , notre seigneur Maurice Tibère Auguste, la treizième de son consulat, et la quatorzième de T indiction*. »

On pourrait peut-être conclure du contenu de cette lettre , que le manque de discipline était la cause des inquiétudes que saint Grégoire fut appelé à calmer. Les compagnons d'Augustin étaient probablement plus jeunes que lui. Ils avaient peut-être été entraînés par leur jeunesse à entrer

1 L^indiclion {ab indîctis tributis et vectigalibus) élait un cycle de quatorze ans, que Ton dit avoir été institué par Constantin le Grand en 312. Il y avait plusieurs de ces cycles. Oq comptait les années du pontificat de saint Grégoire d'après celui de Constantinople. La date de Tindiction, suivant les éditeurs bénédictins de saint Grégoire, ne fut placée aux actes d'aucun concile avant celui de Chalcédoine en 451 , ni mis en ysage par les papes avant saint Grégoire le Grand. On la voit figurer dans les papiers d'Etat de la France (Mabillon, de Re diplomatica) au con.ii'.cncement du ix* siècle.

— us —

dans un monastère , et leur esprit se trouvait surtout en danger d'être déconcerté par les rumeurs inquiétantes du public.

Une des sages règles de saint Benoit était que ses moines ne devaient pas rapporter dans l'intérieur de la communauté les récits qui pouvaient leur arriver du dehors. Tant que les frères de Saint- André avaient vécu sous le même toit, il était du devoir de leur supérieur de guider leur jugement sur les sujets pratiques ; mais il est très-vraisemblable qu'une fois en voyage, les choses se passèrent avec moins d'ordre, saint Augustin n'étant pas autorisé, et peut-être aussi n'étant pas disposé à intervenir pour rectifier les pensées de ses frères et diriger les conversations qui s'engageaient autour de lui. Il n'est pas impossible qu'Augustin ait demandé, tandis qu'il se trouvait à Rome , des pouvoirs plus étendus et une autorité mieux définie.

Mais, quoi qu'il en soit, l'entière confiance qui lui est accordée , et que réclame en sa faveur la lettre de saint Grégoire à ses compagnons, est une preuve que le calme de son esprit avait été complètement rétabli avant ou durant son entrevue avec son maître.

Assurément , si des paroles humaines étaient capables de ranimer ces âmes défaillantes, tel dut être l'effet de cette phrase touchante du Saint-

— iU —

Père : « Si j'étais maître de mes désirs, je parta- « gérais vos travaux. »

Saint Grégoire le Grand approchait, à cette époque, de sa soixantième année; ii avait atteint le plus haut degré de cette puissance ecclésiastique que les hommes nomment si improprement grandeur ; il avait ses légats en cours et ses officiers en provinces; il avait beaucoup de gens au-dessous de lui, mais personne n'occupait une position supérieure à la sienne. Il était chef parmi les évoques, et évêque au-dessus des rois. Dans tout le monde chrétien, ses désirs étaient des ordres, et sa parole faisait autorité; et cependant, nous voyons saint Grégoire le Grand disposé, et même désireux, si telle eût été la volonté de Dieu , de renoncer à ces privilèges augustes et à une puissance si imposante; il était prêt à échanger son diadème pour le capuchon , et le trône contre la pauvreté. Nous le voyons prêt à renoncer aux sympathies d'amis intimes pour s'exposer aux froids regards d'étrangers et à la répulsion des souverains par déférence pour les vassaux. Saint Grégoire le Grand, ainsi que le prouve Thistoire, n'était ni un orateur inhabile, ni un professeur sans talent.

Saint Augustin, outre la lettre adressée à ses compagnons , était porteur, pour lui et ses frères , d'autres recommandations sollicitant les bons of-

fices des prélats et des souverains étrangers de la partie des Gaules qu'ils devaient traverser. Le Pape adressa une lettre aux évêques de Tours et de Marseille, portant la même date que celle destinée aux missionnaires 9 le 23 juillet 596.

« Grégoire a Pelage, évêque de Tours, et a

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