‹ Histoire de Saint Augustin (apôtre des Anglais, archevêque de Cantorbery,) et du premierChapitre 18 sur 44 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Saint Augustin adresse au souverain Pontife plusieurs questions relatives à la situation de TÉglise anglaise, — Les motifs de ce recours à Rome. — La première question est relative à la conduite des évoques , aux offrandes des fidèles et à leur répartition. — La liturgie forme le sujet de la deuxième question. — Quel châtiment doit être infligé aux auteurs des vols commis dans les églises? — À quel degré de consanguinité des parents peuvent-ils se marier ? — Réponses de saint Grégoire. — L*indulgence du Pape surprend quelques évéques. — Lettre de l'évéque de Messine au souverain Pontife. — Réponse de Sa Sainteté. — Combien d*évéques doivent assister k une consécration épiscopale? — Juridiction de saint Augustin. — Ses rapports avec TËglise des Gaules. — Les reliques de saint Sixte sont envoyées de Rome pour satisfaire la piété des Anglais.

Un des premiers objets dont s'occupa saint Augustin après son retour d'Arles , fut y ainsi que nous Tavons dit dans le chapitre précèdent, d'obtenir du Saint-Siège des instructions officielles, afin de pouvoir établir l'ordre et la régularité dans l'Ëglise anglaise.

Un écrivain moderne a cru pouvoir attribuer ce besoin de recourir à Rome à un manque de

science fait pour dëcrëditer F archevêque de Gantorbëry, et nëanmoins, sans parler du beau témoignage que saint Grégoire lui-même rend à saint Augustin, relativement à sa science*, rien n'est plus naturel que de voir un ëvêque, isole dans un pays lointain, à peine arrache et partiellement livre encore aux horreurs de superstitions cruelles, chercher la solution des problèmes naissants de l'anomalie des circonstances , et s'adresser pour cela à une autorité vers laquelle le portait le sentiment de ses devoirs, et que d'ailleurs la sanction des précédents le forçait de regarder avec révérence et soumission.

On verra qu'une partie des questions soumises au Pape se rattachent directement à la situation d'une Eglise au berceau; que les autres naissent des particularités locales de l'Eglise d'Angleterre, et enfin que toutes se lient à des incidents relatifs à la position particulière de saint Augustin.

La première des questions soumises au jugement du Saint-Siège par le nouvel archevêque, est relative, d'abord, à la manière dont il convient que les évêques vivent avec leur troupeau ; puis ensuite, aux. objets qui doivent motiver les offrandes des fidèles, et aux proportions dans lesquelles ces offrandes peuvent être distribuées.

*■ Voir plus loin, page 250.

Saint Grégoire répondit à la première partie de cette question, en rappelant à l'archevêque les divers passages de l'Ecriture relatifs à la conduite et à la tenue de ceux que Dieu place sur son héritage; il signala plus particulièrement les instructions adressées aux évêques dans l'Epttre de saint Paul à Timothée. Saint Grégoire recommandait en outre, dans les circonstances particulières où se trouvait l'Angleterre, que les évêques et le clergé vécussent ensemble, comme dans les premiers siècles de l'Eglise , prenant leurs repas à la même table , et mettant leurs biens en commun. En d'autres termes, ils étaient invités à se conformer précisément aux règles de la vie monastique, dans lesquelles, dit saint Grégoire en s' adressant à l'archevêque , « vous êtes si bien versé*. » Et ainsi les paroles des Actes des apôtres décrivant la vie et la conversation des premiers chrétiens, peuvent être regardées comme la peinture d'une société monastique : « Tous ceux qui croyaient n'avaient qu'un cœur et qu'une âme, et aucun d'eux ne disait être à lui ce qu'il possédait ; mais ils avaient toutes choses en commun', j^ On a demandé quelquefois si, dans les temps modernes, ce type primitif avait eu des îmi-

1 Cf. aassi Epitreê de saint Grégoire, 1. xi, 60. * Actes des apôtres^ iv, 32.

lateurs* Nous avons vu certains réformateurs essayer, avec plus de zèle que de science, de faire revivre les mœurs des premiers cbréiieus par des méthodes brusques, et par conséquent peu évaogèliques. Mais, en fait, la question a été résolue dans la pratique, et les tentatives de réforme ont été anticipées et remplacées par une institution qui a vécu d'une manière régulière à travers tous les siècles de T Eglise.

Pour revenir à la réponse de saint Grégoire, il s'exprimait ainsi sur la distribution des offrant des : « Il est dans Tusage du Saint-Siège de donner des instructions aux évëques lors de leur consécration, à Teffet que tout payement soit divisé en quatre portions : une pour Tévêque et sa maison, destinée à subvenir aux frais de réception causés par les devoirs de Fhospitalité ; une pour le clergé; la troisième pour les pauvres, et la quatrième, enfin , pour la réparation des édi~ fices*. » Quant n aux clercs, comme ils ne sont pas dans les saints ordres, et qu ils n'ont pas le don de continence', » le Pape décide qu'ils pour*

t Voir les autres exemples où celte division en qualre parties est recommandée, dans les Epîtres de saint Grégoire, savoir : Hv. XT, ép. H ; Uv. ▼, ép. 44 ; lir. vni, ép. 7 ; liy. xm, ép. 44.

2 Dans rédition des ouvrages de saint Grégoire publiée par

ront se marier et recevoir leurs rétributions chez eux, car il ajoute : « On rapporte que, chez les premiers chrétiens , la di3tribution était faîte à chacun suivant quMl en avait besoin ^ y

Pour ce qui regarde les émolunients des clercs, le Pape recommande de la circonspection, et il désire « qu'ils soient tenus, parla r^le ecclésiastique, à mener une vie édifiante, à s'appliquer à la psalmodie divine, et à garder, avec l'assistance de Dieu , leurs cœurs et leurs corps purs de toute irrégularité^ »

Quant à ceux d'entre eux vivant en communauté, Grégoire juge moins nécessaire de parler « de distribution équitable, des devoirs de i'hos^ pitalité et de la charité, vu que tout leur superflu doit être dépensé au service de la religion et des œu-

les bénédictins^ ceci forme la réponse h ane question séparée qui occupe le second rang , savoir : « An clerici continere non A Yalentes, possint contrahere, et, sicontraierint, an debeant « ad saculom redire?»

^ Actes des apôtres, xv, 35.

2 Dès les premiers temps du christianisme , les évéques, les prêtres et les diacres ont été obligés au célibat. Le pape saint Léon (en 446) étendit la règle aui sous-diacres , qui cependant^ en Sicile 9 n^y furent soumis qa^ao temps de saint Grégoire le Grand, en 590 (liv. i, ép. 44). Ceui que saint Grégoire aatorise ici à se marier sont les clercs de» ordres inférieurs.; il ne parle que des clerici extra sacros ordines constituti. Voir Dttcange, Glos$,,au mot Clerieus,

vres de piété , suivant le précepte de Nôtre-Seigneur : A Faites l'aumône de ce que vous avez , « et il n'y a plus rien que de pur à votre égard ^. v

La seconde question (la troisième dans quelques éditions) concerne le rituel.

Saint Augustin , durant son séjour en France , avait pris connaissance du missel usité dans les Gaules, qui différait, sur plusieurs points, du missel romain. 11 avait été mis en ordre par saint Hiiaire, évêque de Poitiers, dans le quatrième siècle, et, plus tard, au cinquième siècle, il fut revu par Sidon , évèque d'Auvergne , et par Musaeus. Ce missel a continué , jusqu'au temps de Gharlemagne, à être distinct du romain^. Saint Augustin fut frappé de cette différence de rite chez des nations appartenant à la même Eglise, et il soumit au Pape ses embarras à ce sujet dans les termes suivants : « Comment se fait-il, puisqu'il n'y a qu'une foi , que les coutumes des églises varient au point qu'un Ordo pour la messe est suivi dans l'Eglise romaine , et un autre dans celle de France*? »

Saint Grégoire répondit : « Vous êtes familier avec la pratique de l'Eglise romaine, dans laquelle

i Saint Luc, xi, 44 .

2 Voir les Origines liturgiques de Palmer.

s Noos citons diaprés la version des éditeurs béaédic« tins.

TOUS avez été élevé ; mais si yons «vee trouvé quelque chbse qui puisse être plus agréable à Dieu , que ee soit dans TEglise romaine , dans celle de France ou dans toute autre, je désire^ rais que vous prissiez soin d'en faire un choix, afin d'introduire dans l'Eglise anglaise (qui est encore bien jeune dans la foi) et en vertu de l'autorisation spéciale que j'en donne, ce que vous aurez été à même de recueillir de ces différentes Eglises'. On ne doit pas aimer les choses à cause du lieu où on les trouve, mais il faut plutôt aimer les lieux pour les bonnes choses qu'ils possèdent. Choisissez donc dans chaque Eglise ce qui est pieux, religieux et bon ; faites-en une seule collection, et inculquez-la dans l'esprit des Anglais pour l'usage de leur Eglise. »

Il parait que saint Augustin n'a pas pro6té de cette permission. Les livres originaux de FËglise anglo-saxonne n'ont été probablement qu'une simple transcription du Sacramentaire de saint Grégoire, où des variations locales ont été successivement introduites avec la sanction des évèques de certains diocèses. De là les usages bien connus de Yorck , de Sarum , de Hereford , de Bangor, de Linache, d'Aberdeen, etc.

Après le concile de Trente, sous le pontificat de Pie Y, un rite uniforme fut adopté dans les églises SQumises à la juridiction romaine, à l'ex-

ception de celles qui pouvaient établir aroir fait usage d'une autre liturgie pendant plus de deux siècles. Si F Angleterre avait accepte ce décret, elle eût formé une des exceptions.

Voici la question que saint Augustin posa en*suite à saint Grégoire : « Quelle punition doit être infligée à celui qui commet un vol dans une église? 9

Saint Grégoire dit, dans sa réponse, qu*il doit y avoir une distinction de châtiment suivant les circonstances où le coupable se trouve placé. Dans le cas où le voleur est riche , il propose une confiscation de biens ; avec les pauvres , il dit qu'il les punirait avec des coups, en plus ou moins grand nombre, suivant la culpabilité. Mais quand bien même on adopterait des mesures plus sévères, tout, dit-il, doit être fait avec charité, et non dans un esprit de colère. L'objet des châtiments n'est pas de satisfaire les sentiments de vengeance de la partie lésée , mais de corlriger le coupable et de prévenir les souffrances d'un autre monde. < Nous devons , ajoute le saint pontife , exercer la discipline envers les fidèles , comme de bons pères sont tenus de le faire avec leurs enfants selon la chair. Ils les battent pour leurs fautes , tout en étant dans l'intention de les choisir pour héritiers, au moment même où ils les châtient péniblement. Il faut toujours observer cette charité;

elle doit pr^ider aux mesures de correction, afin que l'esprit ne puisse faire quoi que ce soit sans avoir la raison pour règle.

« Vous fixerez aussi combien on devra restituer pour ce qui aura été volé à F église. Mais Dieu garde que l'église reçoive avec surcroît ce qu'elle parait perdre de ses possessions terrestres, ou qu'elle cherche à faire un gain sur des choses de vanité! »

Les questions suivantes ont rapport aux ma^ riages entre parents et alliés. La première parle du mariage de deux frères avec deux sœurs dont ils ne sont pas parents.

« Contre ces unions, répond le Pape, il n'y a pas de loi de Dieu , et nous les permettons de toutes les manières* »

En second lieu , « à quel degré d'affinité les fidèles peuvent-ils se marier ? Le mariage peut-il être légalement contracté avec une belle-mère ou une belle-sœur? y

Sur le premier point , saint Grégoire répond en ce qui regarde les circonstances où se trouve l'Eglise anglaise.

La prohibition entre parents s'étendait anciennement jusqu'au septième degré; mais au concile de Latran, sous le pape Innocent III, on la réduisit au quatrième degré. En considération, cependant, de circonstances particulières, qui four-

nissaient des raisons pour être de la plus grande indulgence envers l'Angleterre, saint Grégoire re* lâcha la règle jusqu'à sanctionner lés mariages entre cousins au troisième degré \ Voici d'ailleurs ses propres paroles :

ff II existe une loi purement politique dé l'Etat Romain, qui permet le mariage des cousins au premier degré, qu'ils soient fils et fille de frère et sœur, enfants de deux frères ou de deux sœurs. Mais nous avons appris par expèriaice que les enfants issus de ces alliances ne se développent pas bien , et quant au cas d'une bellesœur, la loi de Dieu le défend '. Il suit donc de là que les fidèles ne peuvent être autorisés à se marier qu'au troisième ou quatrième degré de consanguinité ; mais au second degré , comme je lai déjà observé, ils doivent s'abstenir de toutes les manières. Epouser la seconde femme d'un père est un grand crime , car il est expressément dit dans la loi : « Turpitudinem patris lui non discooperies^. » Depuis qu'il est écrit : « Us seront une chair ^, y quiconque songe à enfreindre cette loi , dans le cas d'une femme de son père, par exemple, a.

1 Quartâ progenie eonjuneti.

» Lévit,, xvm, 16.

» Lovit,, XVIII, 7.

^ Géniêe, ii, 24.

par l0 fait, violé cette loi. 11 est anssi défendu d'épouser la femme d'an frère, depuis que, par son premier mariage , cette femme est devenue ufte chair avec le frère de celui qui songerait à l'épouser. C'est pour une affaire de ce genre que saint Jean-Baptiste fut décapité et sanctifié par un glorieux martyre. Quoiqu'on ne lui demandât pas de renier le Christ , il fut cependant mis à mort pour l'avoir confessé; car Notre-Seîgneui* Jésus-Christ a dit : « Je suis la Vérité, et c'est « pour la Vérité que saint Jean a été mis à mort; y donc, il a réellement versé son sang pour le Christ. « Il paraît, d'après ce qui m'est rapporté, que plusieurs, parmi les Anglais, ont déjà contracté des mariages coupables. Pour ceux-là, qu'ils soient avertis , en embrassant la foi , de garder la continence et de voir dans ces unions un péché grave. Qu'ils redoutent le jugement de Dieu , dans la crainte de mérita, pour leurs affections charnelles, les supplices d'un châtiment éternel. Il ne faut cependant pas, pour cette raison, les priver de la communion du sacré corps et sang de Notre-Seigneur ; car les péchés qu'ils ont commis par ignorance , avant la purification du baptême, ne doivent pas paraître peser encore sur leur conscience. Dans ces circonstances, la sainte Eglise corrige avec zèle certaines choses, tandis qu'elle en souffre d'autres avec bonté, ou

ferme les yeux par indnigence. Ainsi , elle tolère et désapprouve de manière à détruire, par ce double moyen , le mal qu'elle combat. Mais ayez soin que tous eeux qui embrassent la foi soient avertis de ne pas s'aventurer à commettre de tels péchés; car, si après un avertissement, quelqu'un d'entre epxs'en rendait coupable, il devrait être privé de la communion du corps et du sang de Notre-Seigneur. Si , dans l'exemple de ceux qui ont agi avec ignorance , la faute a des droits à une certaine indulgence , ellp doit être suivie d'une punition sévère pour ceux qui ne craignent pas de pécher avec connaissance de cause. »

Il n'est pas très-clair que la permission donnée • par saint Grégoire aux mariages entre cousins troisièmes, ait été applicable aux alliances k contracter aussi bien qu'à celles qui étaient déjà accomplies. Il est possible qu'elle ait eu simplement pour objet d'empêcher la séparation de ceux qui , alliés à ce degré , avaient déjà contracté mariage lorsqu'ils entraient dans l'Eglise. Et même cette indulgence a donné de l'ombrage dans quelques parties de la chrétienté , ainsi que nous le fait savoir une lettre de Félix, évêque de Messine, qui, en apprenant les autorisations accordées à !'£-< glise anglaise , adressa d'humbles observations au pontife romain. La manière pleine de respect et de soumission dont le saint évêque pré-*

sente et adoucit se$ objections , est une preuve de la déférence que Ton avait, dans les premiers siècles, pour le jugement du Saint-Siège, et de la haute estime des prélats contemporains pour le Pape régnant. Cette lettre est, sous plusieurs rapports, si intéressante, que, quoiqu'elle n'ait pas un rapport direct avec notre sujet, nous croyons cependant devoir la reproduire presque en entier.

c Félix, éyêque be Messine, a Grégoire.

« Félix , au béni et honoré seigneur et Saint Père Grégoire, Pape.

« Les lois de Votre Sainteté sont manifestes devant Dieu. Tandis que toute la terre est remplie de vos leçons, de vos exhortations apostoliques et de la culture diligente que vous donnez à la vraie foi , l'Eglise orthodoxe du Christ , instituée par les apôtres, fortifiée par nos pères dans la foi , est consolidée par les instructions de votre divine éloquence, la puissance de vos avertissements et de vos exhortations. C'est à cette Eglise que tous les saints apôtres, revêtus d*une part égale d'honneur et d'autorité, ont converti la plupart des peuples , en les conduisant pieusement et saintement, des ténèbres à la lumière, des profondeurs de l'ignorance à la vraie foi, de la

mort à la vie. Votre PaterDÎtè acquiert les glorieux mérites de ces saints apôtres , en marchant dans les votes tracées par leurs exemples ; vous ornez l'Eglise de Dieu par l'intégrité de votre vie et la sainteté de vos actions, et vous travaillez sans relâche, avec un zèle pontifical et toute l'ardeur d'une foi vive et d'une conduite chrétienne, à accomplir et à réaliser les préceptes agréables à Dieu, que vous inculquez par votre enseignement ; observant ainsi avec exactitude les prescriptions de la loi qui dit, dans les paroles de l'Apôtre : « Ce « ne sont pas ceux qui écoutent la loi qui sont « justes devant Dieu : mais ceux qui la pratiquent c seront justifiés, v {Rùm.j ii, 43. )

ff Nous nous livrions à ces réflexions, quand des personnes, venant de Rome, nous ont apporté la nouvelle que vous aviez écrit à Augustia, notre ancien compagnon, consacré depuis, sur l'autorisation de Votre vénérable Sainteté, évéque de la nation anglaise, pour empêeher la séparation des personnes mariées qui seraient aHiées au quatrième degré^

a Dans le pays où j'ai été pendant longtemps

1 II panttralt que Tévéque de Uessine o^avait été informé que d^ane manière im|uirfaite deft instructions données k Augustin , car, ainsi qu^on l^a vu pages 229 et 234 , saint Grô> goire avait autorisé les mariages, non-seulement au quatrième, mais même au troisième degré. {Noté du traducteur. )

élevé et instruit avec vous, il n'existait rien de semblable, et je n'ai jamais rien trouvé autorisant cette pratique, dans les décrets de vos prédécesseurs, ni dans les traités généraux ou spéciaux de nos Pères. Je n'ai jamais entendu parler qu'aucun des plus sages docteurs de l'Ëglise ait accordé pareille indulgence.

« Je vois au contraire que vos pieux prédécesseurs et plusieurs saints Pères, nous ont, dans le concile de Nieée, comme dans d'autres conciles, toujours enseigné que la continence doit être gardée entre les parents jusqu'au septième degré, et cette loi a été de tout temps sévèrement observée par les personnes qui vivent saintement dans la crainte de Dieu....

ft II se trouve dans notre province plusieurs églises dont la consécration est douteuse. Il serait impossible d'affirmer, vu l'éloignement des temps, ou par suite de la négligence des personnes à qui elles étaient confiées, si elles ont été régulièrement consacrées. Sur ce point, nous recourons aux conseils de Voire Sainteté et à l'autorité du Saint- Siège. Mais, pour revenir à la première question, est-ce que les instructions que Ton nous dit avoir été données à Augustin, notre frère dans l'Episcopat , relativement à la nation anglaise, sont spécialement des.tinés à ce pays, oi^ s'adf essent-elles généralement à tous les fidèles?

« Sur cette question et les antres, nous d6si« rons avoir des informations complètes et satisfaisantes. Il est loin de notre pensée de tous soumettre le résultat de nos études et de notre expérience en guise de censure. Tout ce que nous désirons , c'est de savoir, en foi et en raison , quelle conduite nous devons adopter dans ces diverses circonstances. Gomme T émotion causée par ces nouvelles a été grande parmi nos collègues dans Fëpiscopat , nous désirons apprendre de vous , en votre qualité de Chef suprême , quelle réponse nous devons donner à nos frères et collègues, afin de ne pas les laisser dans les doutes où nous sommes sur ces questions. Il est important aussi que cette plainte ne puisse , maintenant ou plus tard , être réveillée au milieu de nous, ni que votre réputation ; qui a toujours été des meilleures , soit mise en pièces et outragée par des calomnies, ou qu il soit (Dieu nous en garde!) mal parlé de votre nom dans Favenir. Quant à nous , nous maintenons, dansThumilité de notre cœur, par la grâce de Dieu , toutes les choses convenables. Nous vous sommes unis par le lien de la charité , et tandis que nous vengeons , comme il convient à des disciples fidèles, vos pratiques religieuses en toutes choses , nous nous adressons à vous pour nous guider dans la droite voie ; car nous savons que les prélats du Saint-Siège, les apôtres d'à-

bord et leurs suecesseurs ensuite , vous ont toujours tenu pour le gardien de TEglise catholique et surtout celui des évêques, qui, par suite de leur habitude de contemplation et de la surveillance qu'ils exercent sur le troupeau du Christ , sont appelés 5(?5 Yeux; ils vous ont confie la charge de méditer sur les sujets relatifs à notre foi et à nos pratiques , conformément à ce qui est écrit : « Béni est Thomme qui méditera jour et nuit sur « la loi du Seigneur \ n Cette méditation n*est pas seulement saisie par les yeux des lecteurs , soqs la forme sensible de lettres , mais on la voit gravée d'une manière immuable sur votre conscience , par la grâce de Jésus-Christ qui abonde en vous; car en aucun temps la sainte loi du Christ, Notre-Seigneur, n'est retirée de votre cœur, conformément aux paroles du prophète dans le livre des psaumes : <( La bouche du juste ff est exercée dans la sagesse, et sa langue dira le « jugement. » La loi de Dieu est dans son cœur' écrite parmi ses secrets, non avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant , et , conséquemment , non sur des tables de pierre , mais sur les tables du cœur.

K Daignez , nous vous en supplions , dissiper

*■ Voir le psaume i, % PS. XXXVII, 31 . (xxxvi, 30, 31, Vulg.)

toutes nos ténèbres , par la sagesse de vos réponses et par votre assistance, afin que Fétoile du jour puisse partout, très-saint Père, rayonner sur nous , et votre décision dogmatique causer une joie universelle; car on sait que les glorieux Pères de la sainte Eglise proclament leurs sages déterminations en vue de fortifier Théritage de la vie éternelle. Enfin, nous prions pour que le Sei« gneur vous garde, saint Père des pères, en sûreté, de manière à ce que vous lui soyez pour toujours agréable, et qu'il puisse entendre vos prières pour nous. Amen. »

Saint Grégoire répondit par une lettre d'une longueur considérable, dont voici un extrait :

« A notre très-révérend frère Félix , évèque , Grégoire, serviteur des serviteurs de Dieu.

a Notre Chef, qui est le Christ, nous tient pour ses membres, afin de pouvoir, par son amour et notre foi, faire de nous un corps en lui, et nous y faire adhérer de telle sorte que, n'étant rien sans lui , nous puissions par lui être tout ce que l'on dit que nous sommes. Que rien ne nous arrache de la citadelle de notre Chef, dans la crainte que, refusant d'être ses membres, nous ne soyons oubliés de lui , et que nous ne nous desséchions comme les jets coupés de la vigne. Nous pouvons jusqu'à la fin mériter d'être l'habitation de notre Rédempteur; abritons-nous dans son

amour avec toute la vivacité de notre esprit; car il dit lui-même : « Si quelqu'un m'aime, il'mettra ma parole en pratique; mon Père T aimera; nous le visiterons y et établirons notre demeure en lui S»

« Maintenant, très-cher frère ^ votre affection nous prie de donner, par l'autorité du Saint- Siège apostolique, une réponse aux questions que vous nous adressez. Nous nous hâterons de le faire, non avec étendue^ mais d'une manière concise, à cause de certains engagements qui nous sont survenus par suite d'embarras naissant de nos péchés. Nous recommandons la question qui vous occupe à vos travaux studieux, afin que vous en poursuiviez l'investigation, et arriviez à découvrir quelle lumière y jettent les institutions des Pères. Il est impossible qu'un esprit fatigué et oppressé par le fardeau des affaires et les engagements qui en découlent, pui^e poursuivre de telles recherches avec le même avantage et parler sur ce sujet avec la même liberté, que celui qui, étant à Tabri de ces soucis, se trouve tout |i fait à l'aise,

« Nous ne faisons pas ces excuses en vue de re*fuser à Votre Sainteté les informations nécessaires que vous désirez, mais afin que vous vous livriez à

i Saint JeaSf auv, Sd.

l'étude de la question avec plus d'étendue, à raison du peu de satisfaction que nous vous donnons... « Quanta mes communications avec Augustin^ évèque de la nation anglaise, et votre disciple, ainsi que vous tous le rappelez, relatives aux mariages entre parents , vous devez savoir que j'ai écrit spécialement pour lui et la nation anglaise , qui a récemment embrassé la foi , aGn que la crainte d'une discipline trop sévère ne lui fit pas abandonner le bien qu'elle a commencé ; mais ces instructions ne sont pas du tout destinées au reste de la chrétienté. Toute la ville de Rome peut être appelée en témoignage pour prouver qu'il n'était pas dans ma pensée, en donnant ces instructions, que, lorsque les Anglais seraient une fois fermement enracinés dans la foi , ceux d'entre eux qui seraient découverts s'être mariés avec des parents plus proches que les degrés prescrits de consanguinité, ne devraient pas se séparer. Je n'ai pas eu non plus l'intention de dire que les parents à des degrés plus rapprochés que celui de cousin sixième pouvaient contracter mariage. Mais il m'a paru convenable d'avertir d'abord, par l'enseignement et l'exemple, ceux qui sont encore novices dans la foi, contre ce qui est évidemment illégal, et puis, comme inspiration de la raison et acte de foi, j'ai cru devoir laisser de côté ce qu'ils auraient à faire en suite sur ces questions. Conformé-

ment aax paroles de F Apôtre : « Je vous ai nourri i avec du lai t , et non avec de la viande^ , » nous avons accorde cette faveur aux Anglais contemporains seulement (comme nous le disons plus haut) et pas dutoutàleur postérité , afin que le bien qui n'apas encore pris racine ne soit pas détruit, mais qu'il puisse se fortifier comme il avait commence , et se conserver jusqu'à ce qu'il arrive à perfection. En vérité , si nous avons fait en cela autre chose que ce qui était convenable y vous ne devez pas en attribuer la faute à notre relâchement^ mais à un excès de commisération , et , pour preuve qu'il en est ainsi , j'appelle en témoignage Dieu, aux yeux de qui toutes nos actions se montrent sans voile et à découvert. Car si je cherchais à renverser ce que nos prédécesseurs ont établi , je ne serais pas un architecte , mais un destructeur, suivant le témoignage de la Vérité, qui dit : « Un royaume divisé contre lui-même périra, » et toute science ou loi qui est en opposition avec elle-même ne peut mener à bien. Nous avons donc besoin de tenir ferme, et d'un accord commun, aux institutions de nos saints Pères, ne faisant rien par rivalité; mais, étant d'un même esprit sur chaque objet de pure dévotion , soyons , avec le

^ I Corinth,, ui, 2.

secours de Dieu , obéissant à tout ce qui est d'institution divine ou apostolique. »

Quel cœur anglais ne serait pas ému par des ^ preuves si touchantes de la tendresse du Saint- ' Père pour l'Angleterre? Quelle garantie pour ^ nous que ces paroles d'amour inspirées par son .active vigilance sur le peuple confié à ses soins ! ^ Il se laisse aller ensuite à un élan d'affection : ^^ «Oh ! la bonne chose que la charité ! Elle nous ^ révèle le cœur des absents par la puissance de ^ l'imagination de celui qui exerce son affection! f C'est elle qtii rapproche ce qui est divisé, orf donne ce qui est désordonné, harmonie les inéga- ^ lités , achève les ouvrages imparfaits. Oh ! que le rd modèle des prédicateurs vous a justement nom-» 'â mée le lien de la perfection ! Les autres vertus sin produisent la perfection, mais la charité les lie uii ^semble, de manière qu'elles ne peuvent être rir) détachées de Tesprit de celui qui aime.

)Df « C'est en jugeant ainsi les choses , que j'ai ])i tempéré mes instrux^tions par la loi de charité. Je nini n'ai pas donné un précepte , mais un conseil. Ce iotr n'était pas non plus une règle posée pour la posté- )ril rite; mais , en présence de deux dangers, j'ai siaTei gnalé, comme devant être évité, celui auquel il était plus facile d'échapper. »

En voilà assez sur ce qui se rattache à la question des mariages.

Saint Augustin soumit aussi au Saint-Père la difficulté où il était de réunir le nombre d'èyèques qui doivent assister à toute consécration épiscopale. Les conciles de Nicée, d'Arles, et le troisième concile de Carthage , ont décidé que la présence de trois évèques était essentielle, quoique les canons apostoliques aient reconnu des consécrations où un seul prélat avait assisté. Mais c'est seulement dans des cas d'extrémité que les consécrations faites par un seul évèqae ont été admises , comme dans l'exemple de Sidère , évêque de Palœbisca , et plus tard më« tropolitain de Ptolémaïs, dont la consécration a été reconnue et confirmée par saint Atbanase. Sur l'autorité de ce fait et d'autres précédents, saint Grégoire a dispensé de la règle commune en faveur du premier évêque consacré dans l'Eglise anglaise. U exigea en même temps de l'archevêque de Gantorbéry que des mesures fussent prises contre le retour de pareilles anomalies. Voici comment furent posées la question et la réponse :

. Question. « Si, vu la grande distance, des èvêques ne peuvent facilement se réunir, peut-on en consacrer un sans la présence des autres? »

Réponse. « Dans l'Eglise anglaise , où vous êtes jusqu'à présent le seul évêque , vous ne pouvez pas faire une ordination en présence d'autres

prélats ; car est-ce que les évêques de France Tiendraient assister à la consécration d'un de leurs confrères? Mais nous vous prions d'avoir soin que les évêques que vous ordonnerez soient placés à la plus courte distance possible l'un de l'autre, afin qu'il n'y ait pas d'empêchement à la réunion d'autres pasteurs, dont la présence est si importante à une consécration épiscopale. Ainsi donc , quand , avec le secours de Dieu , vous aurez ordonné des évêques dans des sièges à proximité les uns des autres , les consécrations ne pourront, dans aucun cas, être faites sans la présence de trois ou quatre évêques. Les affaires charnelles peuvent nous offrir des exemples pour nous guider dans une sage et soigneuse disposition des choses spirituelles. Ainsi, dans le monde, des personnes mariées sont invitées à assister aux cérémonies de mariages, afin que celles qui sont déjà entrées dans cette voie s'unissent à la joie de celles qui se marient. Pourquoi donc , dans cette ordination spirituelle où l'homme s'unit à Dieu par le sacré ministère, ne réunirait-on pas ceux qui ont déjà été ordonnés évêques, afin qu'ils puissent ainsi prendre part à la joie de leur frère et adresser en commun pour son salut leurs prières au Dieu tout-puissant? »

Il est digne de remarque que Grégoire parle des difficultés qu'il y aurait à btenir la présence

des ëvèques des Gaules, sans faire la moindre allasion aux ëvèques bretons qui se trouyaient alors dans le pays de Galles. Le fait paraît s'expliquer par cette circonstance que , depuis le premier établissement des Saxons en Angleterre, tout rapport avait cessé entre eux et T ancienne Eglise. La septième question de saint Augustin est relative aux rapports des évèques des Gaules avec ceux de la Bretagne. La phrase qui termine la réponse de saint Grégoire mérite d'être citée, comme renfermant l'origine du pouvoir que saint Augustin revendiqua, à une époque postérieure, sur les prélats de l'ancienne Eglise bretonne.

a Quant aux évèques des Gaules , répond le Pape, nous ne vous accordons aucune autorité sur eux , attendu que , depuis le temps de nos prédécesseurs les plus éloignés , l'évèque d'Arles a reçu le pallium , et il n'y a pas de sollicitation qui puisse nous décider à le priver d'un droit dont il a été investi. S'il arrivait que Votre Fraternité passât dans les provinces des Gaules, elle aurait à conférer avec Tévêque d'Arles, afin que les vices qui pourraient prévaloir parmi les évèques de cette Eglise fussent corrigés, et, en supposant qu'il se soit lui-même relâché en quelque chose de la rigueur de la discipline , son zèle pourrait être ranimé par votre présence. Nous lui avons conséquemment écrit pour le presser de donner, pen-

dant le sëjonr de Votre Sainteté dans les Gaules, toute son attention à vos suggestions, et de poser un frein à tout point de la conduite ëpiscopale qui serait en contravention avec les lois de notre Créateur. En ce qui vous regarde, vous ne seriez pas compétent pour prononcer des sentences sur les évèques des Gaules , placés qu'ils sont hors des limites de votre juridiction. Néanmoins, nous vous enjoignons de réformer le mal par voie de persuasion et de bonté, et par F exemple d'une conduite irréprochable, partout ou vous pourrez, conformément au modèle de sainteté ; car il est écrit dans la loi : «r Si vous entrez dans « la moisson de votre ami, cueillez des épis et « froissez-les avec la main, mais ne moissonnez « pas avec la faux^» De même, vous ne pouvez porter la faux du jugement dans le champ de moisson que vous savez être confié à un autre ; mais vous pouvez et vous devez séparer le grain du Seigneur de la paille des vices qui le détériore, par les avertissements, la persuasion, et le transformer, à l'aide d'un procédé d'agréable mastication, en le corps du Seigneur. Mais quant aux actes d'autorité, vous vous mettrez en rapport avec ledit évëque d'Arles, afin que rien ne soit

* Deutér., xxin, 25.

— fl46 ~

négligé de ce qui peut être commande par les institations des Pères.

« Nous confions à Votre Fraternité tous les èvèques de Bretagne ; vous aurez soin d'instruire ceux qui manquent de science, de fortifier le faible par Yos exhortations, de corriger le pervers par votre autorité. »

On trouve ici dans quelques manuscrits une question et une réponse sur les reliques de saint Sixte, dont on raconte ainsi Thistoire.

Saint Augustin avait rapporté au Pape que les chrétiens anglais étaient dans Tusage de vénérer certaines reliques supposées de saint Sixte, que Ton disait avoir été découvertes dans Kent. Il demandait en conséquence que les véritables reliques du martyr lui fussent envoyées, afin que les Anglais pussent satisfaire leurs dévotions sur des reliques légitimes.

Saint Grégoire répondit : « Nous nous sommes rendu à votre demande, afin que les gens qui, sur le lieu du martyre de saint Sixte, vénèrent certaines reliques que vous ne regardez pas comme authentiques et qui ne sont peut-être pas celles d'un Saint, cessent d* offrir leurs dévotions à un objet douteux, et qu'ils reçoivent en échange le bienfait de posséder les restes véritables du Saint. Si le corps que le peuple regarde comme celui d'un martyr n'a pas été l'occasion de mi-

racles, et s'il n'y a pas, parmi les plus anciens habitants du pays , des gens qui puissent attester avoir entendu raconter à leurs ancêtres les actes de ce martyr, il me semble que les reliques qui vous sont envoyées, sur votre requête, devront être déposées dans un lieu séparé , afin que la place où reposent les corps sus-mentionnés soit fermée, et que l'on ne permette pas au peuple d'abandonner le certain pour vénérer des reliques dont l'authenticité est douteuse, «

Saint Augustin avait soumis au souverain Pontife plusieurs autres questions dont nous ne disons rien, vu qu'elles n'ont pas grand intérêt pour la majorité des lecteurs : elles se rattachent à certains usages introduits dans les cérémonies.

Page 1