‹ Histoire de Saint Augustin (apôtre des Anglais, archevêque de Cantorbery,) et du premierChapitre 21 sur 44 · CHAPITRE XVin · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVin

Activité du saint archevêque de Gantorbéry. — Conduite deà saints en général. — Augustin part à pied pour le nord de l'Angleterre. — Il est accompagné de quelques missionnaires. — La foule se presse autour de lui sur les routes oU il passe. — Son voyage ressemble à une marche triomphale. — Saint Augustin guérit miraculeusement un homme aveugle et paralytique. — Considérations générales sur les miracles. — Les conversions s'opèrent en nombre si considérable, que saint Augustin est obligé de baptiser les catéchumènes dans une rivière. — Guérison miraculeuse d*un lépreux.

Si saint Augustin avait cherché une excuse pour se reposer de ses travaux, il Teût sûrement trouvée sans difficulté. Le soin de l'Eglise anglaise, dont il avait été investi , était de nature à fournir assez d'occupation à Thomme le plus actif, et à donner assez de responsabilité à la eon-* science la plus scrupuleuse, pour qu'Augustin y trouvât une satisfaction & son zèle. Il semble qu'il eût été naturel pour lui de rester tranquillement à Gantorbéry, réglant les affaires de son monas-

tëre, noiAmant ses suffragants et déléguant ses fonctions de missionnaire à ses anciens collègues, plus jeunes et moins élevés que lui en dignité; mais il arriye que les saints agissent ordinairement d'une tout autre façon que celle que nous attendons. Quand nous décidons dans notre esprit qu'ils ont des motifs d'être occupés, ils nous désappointent en restant tranquilles; si nous jugeons qu'il conviendrait à leur dignité de prendre la haute direction d'une entreprise plutôt que de se mettre eu^L-mèmes à l'œuvre, ils nous forcent de reconnaître ou qu'ils se soucient peu des dignités, ou que nous ne comprenons pas en quoi consiste la véritable dignité.

Quoi qu'il en soit, saint Augustin ne paraît pas avoir estimé beaucoup Yotium cum digmtaie , et il choisit même, comme nous l'avons déjà dit, un genre de vie qui, au premier coup d'œil, paraît incompatible avec la dignité d'un archevêque.

On doit reconnaître la vérité de ce fait : que les saints différent du commun des hommes en ce qu'ils ne sont pas disposés à se laisser prendre aux apparences. Us ne se contentent pas de savoir, par exemple, qu'une chose n'est pas mal ; mais ils sont éloignés de l'idée de l'entreprendre, par cela seul qu'elle n'est que d'une excellence secondaire. C'est ainsi qu'ils nous surprennent continuellement par leur conduite, et qu'ils semblent se

plaire à se frayer des voies nouvelles et excenlrîques. De ce que nous ne les comprenons pas, nous nous permettons souvent de les critiquer, ne nous rappelant pas toujours assez tôt que f homme nch turel ne discerne pas lès choses de l'esprit , et qu'en exceptant le cas de certaines p^sonnes privilégiées, il est, après tout, beaucoup plus pro* bable que nous sommes dans les ténèbres qu'il n'est permis de supposer les saints dans une fausse voie.

Ainsi d(Hic, s'il y a quelque chose qui sorte de la ligne ordinaire dans la conduite d'un arche*^ vèque qui se fait missionnaire et qui traverse à pied le pays ( la chose pourrait ne pas paraître telle), il y a au moins une ardeur surhumaine dans ce zèle pour Jésus-Christ, qui ne permet pas à cet excellent j^élat de reposer la plante de ses pieds sur une terre qui n'est pas entièrement convertie à la foi de son maître.

Rien ne put satisfaire son zèle, si ce n'est de partir, lui métropolitain de toute l'Angleterre, sans équipage ni cheval, sans autres gardes du corps que les pauvres, sans armes que celles des saints , la prière et la vigilance , et de s'en aller chercher, sur les grandes routes et partout; des hôtes pour occuper les places vides au banquet de noces du Seigneur.

Le saint archevêque partit seul ou peut-être

accompagné de quelques moines; mais certaine* ment il se mit en chemin à pied. Il prit la grande route romaine conduisant de Londres au nord de TAngleterre. Sa haute stature qui, comme nous Tavons déjà observé, ayait quelque chose de surhumain, le distinguait tout d'abord du milieu de la foule qui s'assemblait autour de lui sur son passage. Il n'était pas encore allé loin, quand son voyage commença à prendre l'aspect d'une marche triomphale, s'il est permis d'appliquer ce mot à la marche d'une escorte qui n'avait aucun des insignes de la grandeur mondaine, et où le cérémonial était réglé par les impulsions du zèle et de l'affection. Jamais monarque couronné ou guerrier couvert de lauriers, n'a été salué avec plus d'enthousiasme et suivi d'une multitude plus considérable que cet archevêque humble et mortifié. En véritable apôtre qu'il était, il ne portait avec lui ni bourse ni valeurs, ni provisions pour son voyage % et cependant il ne manqua pas des choses nécessaires, car il avait mis sa confiance en Celui qui nourrit les petits oiseaux qui s'adressent à lui, et aux yeux de qui ses propres élus ont plus de prix que plusieurs petits oiseaux. En approchant de la ville d'Yorck (Eboracum),

i Mabillon , Acta $anet. Bened.i dans la vie de saint Angostin.

le Saint fut accoste par un homme aveugle et paralytique, qui mendiait, assis sur le bord du chemin. Le Saint se rappela le grand apôtre qui disait : « Je n'ai ni or ni argent; mais je vous donne ff ce que je possède; au nom de Jésus-Christ de c Nazareth, levez-vous et marchez, y

Pourquoi ce nom ne ferait-il pas des miracles dans tous les temps? pourquoi n'en ferait-il pas parmi nous aujourd'hui? Sûrement parce que nous sommes hors des conditions où se manifeste sa puissance : la foi catholique et la sainteté catholique. Mais alors il n'y avait aucun obstacle à son efficacité, et en conséquence, si nous pouvons avoir confiance en ceux qui nous ont transmis le fait , la prière du Saint fut exaucée, et sa mission divine fut ainsi confirmée aux yeux des incrédules. Le paralytique sauta comme un cerf, et les yeux de l'aveugle s'ouvrirent.

Quant à la question de savoir si ce mirac]^ et les autres que nous rapporterons, d'après les auteurs qui en ont examiné les preuves, sont exactement arrivés comme on les rapporte, ou s'ils ont pour but d'expliquer la puissance surnaturelle, qui est incontestablement inhérente à tous les véritables saints de Dieu, plutôt que de fournir des exemples de cette puissance, nous sommes sur ce point en parfaite sécurité pour le présent, et nous nous en inquiétons peu ; car plusieurs prolestants recon-

naissent ent-mèmes que saint Angustm de Cantarbéry a opéré des miracles potrr la conversîoa de r Angleterre, et après cet areu, saroîr précisément ce qne ces miracles ont été, ne peut être qn'une question secondaire.

Il ne nous est pas nécessaire d'interrompre le eours de notrerècit; mars nous ne saurions négliger de dire au lecteur que, s'il oublie assez qu'il s'agit ici d'une page de Thistoire de FEgKse, pour se récrier en parcourant les parties merveîlleuscîJ de notre esquisse biographique, nous espérons qu'il voudra bien suspendre son jugement, jusqu'à ce qu'il ait lu quelques pages de plus; il sera prudent de ssl part d'accepter nos récits sans les juger d'une manière irrespectueuse, et sans s'exposer lui-même aux conséquences du blasphème, qui consiste à mépriser les manifestations du Saint-Esprit, péché dénoncé par notre divin Seigneur «n termes assejî terribles, pour placer celui qui s'en rend coupable dans une position beaucoup plus périlleuse que s'il faisait acte de crédulité.

Nous n'entendons pas dire par là que la circulation légère et l'acceptation trop facile d'histoires miraculeuses est un mal insignifiant, lorsque nous savons que l'on fournit par là aux ennemis de Notre-Seigneur l'occasion de blasphémer. Mais, prenant en considération l'estime particu-

lîère de notre di^in Rédempteur poor le caraet^e que les hommes appellent erëdale, et la mettant en regard de sa terrible dénonciation dn péché, que constitue tout acte réfléchi de moqnerie touchant les œuyres de TEsprit saint, nous avons de la pane à comprendre que des hommes, faisant profesnon de christianisme, regardent comme un parti sûr de rire des miracles, lorsqu'ils âe^ Traient ab<Nrder la vie des saints comme on entre dans un monde de merveilles, à la vue desquelles le regard se familiarise peu à peu, jusqu'à ce qu'enfin l'œil aperçoive devant I»i les objets qui ne sont peut-être que la réflexion des images du dedans.

Conformément au grand principe recommandé par Butler, dans son Analogie , de prendre toujours le parti le plus sûr dans les affaires de relîgion qui paraissent douteuses, tout homme vraiment sage préférera certainement l'alternative de croire quelques miracles qui pourraient être inexacts, plutôt que de se laisser aller à des critiques voisines du scepticisme. Les historiens de l'Eglise et les biographes des saints sont tenus à une très-grande réserve, et nous admettons que là précipitation ou le zèle mal instruit des historiens et des biographes, puisse faire naître des tentations; mais il ne fournit cependant pas aux lecteurs une excuse qui autorise l'incrédulité et moins encore

des objections qui blesseraient le respect dû aux choses saintes. Laissons là cette digression.

C'est probablement durant ce voyage du grand archevêque, dans le nord, que TEglise reçut tout à la fois un nombre considérable de convertis, dont le baptême a été vraisemblablement confondu assez souvent avec celui des dix mille convertis de Cantorbéry.

Il paraît hors de doute qu'il y a eu, à cette époque, un baptême dans la rivière la Swale ; mais nous ne pensons pas qu'il ait eu lieu à Noël de 597, époque où saint Augustin n'avait pas entrepris ses voyages; nous le plaçons vers l'été de 602, période à laquelle se passaient les événements qui nous occupent en ce moment.

Des annalistes ont rapporté comme une circonstance miraculeuse, qu'une multitude si prodigieuse ait reçu le baptême par immersion dans une rivière ayant de la profondeur, sans que personne se soit noyé, et même sans qu'il soit arrivé un seul accident. Il est vrai que ce qu'on appelle providentiel se lie d'une manière presque inséparable à ce qui est miraculeux.

La guérison suivante, rapporté par Mabillon, appartient à la classe des événements surnaturels, qui ne viennent pas seulement en aide à la foi, comme le fait que nous venons de mentionner, mais qui sont des attestations de la puissance di-

\ine aux yeux du monde incrédule. Comme Too a particulièrement besoin que les hantes prétentions du missionnaire reposent sur des preuves, la miséricorde de Dieu les accorde avec largesse pour venir au secours de Fœuvre du missionnaire.

Saint Augustin fut aperçu, lorsqu'il quittait Yorck, par un lépreux atteint de cette dégoûtante maladie d'une manière horrible. Son articulation en était affectée au point qu'il ne pouvait faire connaître ses souffrances et ses besoins quejpar des sons indistinctement prononcés, qui ressemblaient aux cris d'un animal. Encouragé par le doux sourire et le regard miséricordieux du messager de Dieu , il fit en sorte de se traîner jusqu'à lui, et arriva sous sa main qui était levée pour le bénir. L'œil du Saint brillait d'une lumière exprimant la candeur de son âme, et sa voix distillait des paroles de miel : « Au nom < deNotre-Seigneur etSauveur, dit le Saint, soyez « pur de toute souillure. » — « Naaman, le Syrien, continue l'historien, ne fut pas si promptement guéri de la peste, car il lui fut ordonné de se laver sept fois dans le Jourdain. Augustin parla non comme un des anciens prophètes , mais dans la force de son Verbe, qui dit dans l'Evangile : « Soyez pur, v et dont la parole coule rapidement. pauvreté du Christ trois fois bénie! ô pau-

Tfeté^ yam êtes la térîtable richesse! plus riche quetom tes biens de la terre! 6 trésor, inépuisable dans son abondance ! d'où Von distribue pour opérer le saint du corps et de Fâme, non pas For que les hommes avares convoitent, mais quelque chose d'incomparablement plus riche que l'or, et cela sans argent et sans prix. #

Tel est l'entratuement arec lequel des moines décrivent les actes des saints. En proportion que leur (teil est moins apte à saisir les prétentions du monde extérieur, il est plus habile à découvrir* les merveilles du monde intérieur. Ainsi lés chrétiens vivent et s'agitent dans un élément qui leur est propre. Leur histoire ressemble à des méditations, et il n'est pas surprenant que des hommes dont toutes les affections sont dans ce bas monde, regardent le récit de leurs actes comme aussi fati* gant que des contes de rêveurs, les événements de leur vie comme des fictions, et leurs commentaires comme le délire du fanatisme.

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