‹ Histoire de Saint Augustin (apôtre des Anglais, archevêque de Cantorbery,) et du premierChapitre 24 sur 44 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

RaiiOBf ponr avoir mi« seconde conférence. ^ Le monastère breton de Bancor compte SI 00 religieux. — L'ermite de Gaernarvon eat consulté sur la question des conférences. — Simplicité de cet homme de Dion. — Sa réponse aux délégués de rEglise bretonne. •r- Seconde conférence. — Saint Augustin $*y rend en grai|d cosr tnme, accompagné de saint Mellite et de saint Just. •— Les Bretons se font représenter par sept évéques. -« Dinoth , abbé de Ban- «or, ^ assistait.-!- Saint Augustin reste assis a rentrée des frétons, r- Ceux-ci voient dans ce procédé une injure grave. — Injonctions de rarchcTéque de Cantorbéry. — Les évéques bretons refusent de se rendre» et protestent contre spn autorité.—' Les protesr t^nts cherchent vainement à défendre la conduite de^ Bretons. — • Leurs contradictions sur ce point. — Saint Augustin, indigné, quitte la conférence et prophétise rextermination des chrétiens reheUps.r- Accomplissement de cette terrible propliétîe. — Récit de saint Bède. •— L'Eglise bretonne était restée orthodoxe snr les points de doetrine.

Apîis la première r^T^nion, on se sépara ep d^ cidant de part et d'antre qne la ponférence serait reprise. Les questions soulevées étaient d'une trop grande ipfipqrtance pour être tout d'al^prd déci-* déea< LiM chrétiens breton ne popyaieitt maitqper

de Toir, quoique les concessions qu'on leur demandât ne fussent que secondaires, qu'ils ne pouvaient cependant céder, sans que cet acte n'entraînât des changements fondamentaux dans leur position. Les propositions de saint Augustin les avaient en quelque sorte pris par surprise ; les débats de la première conférence avaient été plus ou moins imprévus et tumultueux ; leur Église y avait été représentée d'une manière incomplète. Us sentaient le besoin de prendre leur temps afin de mieux considérer les choses ; ils désiraient consulter aussi des personnes prudentes, et rallier toutes leurs forces pour une rencontre définitive. Nonobstant l'abaissement de l'Église bretonne, elle nous fournit des exemples de la vie religieuse, soit en communauté, soit dans la solitude. Elle possédait le grand monastère de Bancor, dans le Flintshire, que l'on a confondu quelquefois avec Bangor, dans le Gaernarvonshire. Ce monastère se trouvait dans une condition extrêmement prospère ; il était occupé par deux mille cents moines, venus sans doute des Églises d'Ecosse et d'Irlande, qui étaient en communion avec l'ancienne Église de Bretagne. Il paraît qu'il était aussi bien réglé que florissant. Les moines y formaient sept sections qui , tour à tour , conduisaient au chœur l'office divin. L'abbé , qui s'appelait Dinooth ou Dinoth , avait su m^iter ,

non moins par ses hautes connaissances thëolor giques que par son èminente position, le respect universel de l'Église. Il fut consulte sur l'importante question de la première conférence, et invité à être présent le jour où s'ouvrirait la seconde. Il existait alors un autre personnage dont le jugement était d'un plus gramd poids encore dans l'Église bretonne ; c'était un vieux solitaire dont le lecteur qui connaît le pays de Galles se représentera la demeure au fond de quelque vallon isolé du district montagneux de Gaernarvon ou de Merioneht ; il y verra un lac tranquille et un ruisseau limpide lui fournissant son repas modeste et frugal, et quelque géant, frère des montagnes, semblant faire sentinelle pour empêcher le monde d'y pénétrer. Le saint ermite s'inquiétait peu des luttes et des débats, des questions subtiles et des hautes controverses j il se contentait d'apprendre jour par jour à résoudre le grand problème dont la solution est le triomphe de toute l'habileté spirituelle : le salut de son âme. Ghaque membre a sa place marquée dans le corps de Jësus-Ghrist, et l'œuvre d'un ermite est de combattre le monde, non avec les armes d'une profonde sagesse et d'une puissante argumentation, ni avec la dextérité du tact ecclésiastique (quelque légitimes et utiles que soient ces moyens), mais par la violence de la prière et la logique silencieuse d'une

sainte vi^. Dans des temps simples, et ïïAm/p 4Tec 4es esprits droits, de pareilles iqeryeilles de sainteté put toujours ëtë eptourëes de la dignité des oracles. Le prestige qui les environue doit èt^e favpraWe à leur ipflueuc^i et compare aTeç h simple habileté, h candeur de la pplombe ^t qn guide aussi sûr, dans des sujets pratiques, que, sur certaines question^, la sages^ç ^n ^erp^nt est préférable à toutes les autres,

Notrp solitaire avait ^ paye? U ÔPtte ^e sa graqde célébrité. Un jour, et, selon toute apparence, il en était souvent ainsi, tandis qu'il méditait peut-être sur }es avantages de sa retraite, de graves personnages envahirept sa solitude, et son pouvoir d'ipterprétation fut n^is à Téprenve pour résoudre une question qui était plutôt du ressort d'un pape ou d'un çonpile, que d'un simple fidèle eoipme lui. Le résultat devait décider si des milliers i^e chrétiens, répandus dans les différentes parties des lies Britanniques, serfûeut rattachés au centre de l'unité, ou resteraient peut-être pendant des siècles dans une position très-équivoque, pour ne pas eq dire davantage. Qui oserait nier qu'il y a quelque chose de trèsséduisant pour l'imagination, et de très-conforme à l'instinct moral et spirituel , dans ce recours à un homnie de Dieu, quand on désire se tirer de ciFeQn8t9n(>esdifGcile8?0p) oserait mettre en qnesr

tion (}ti'il y â là qaélque chose de tout à fait contraire aux habitudes du monde ? Qui peut manquer d'y reconnaître la puissance de la prière, un hommage rehdu à la majesté de la sainteté? En Tëritë, quand une Ëglise est isolée et impotente, comme Tétait celle des anciens Bretoiis, la saiûtetë individuelle semble appelée à tenir la t>laeé de Tatitorité supérieure, et ses décidions tetbales soUt acceptées conitue leë àdcénts d'une vôi^t de l'autre mondé.

La réponse de l'e^iiiité fut préciséiâént celle que l'on pouvait attendre, pleine d'une douce simplicité et manquant évidemment de sagesse pratique ': « Si Augustin est uii homme dé Dieu, faites ce qu'il Vous dit. » — « Mais comment, démandèrent les autres, aurons-nôùs la preuve qu'il est homme de Dieu ?» — « Le Seigneur, répondit l'ermite, a dit : « Prenez mon joug et t apprenez de moi, car je suis doux et humble de i cœur. » Si Augustin est doux et humble, c'est qu'il porte le joug du Christ, et qu'il vous propose de le porter avec lui. Mais au contraire, s'il est crdel et orgueilleux, alors sûrement il n'est pas l'homme de Dieu, et nous n'avons pas à tenir compte de ses patoles. » — e Mais comment, ajoutèrent les envoyés de l'Église bretonne, distînguetons-nous cela? v — « Tâchez que lui et les siens arrivent les premiers au lieu du ren-

dez-vous, et s'il se lève quand vous approcherez, alors reconnaissez qu'il est le serviteur de Dieu; ècoutez-le et obéissez-lui. Mais s'il vous traite légèrement et se dispense de se lever quand vous entrerez, alors mon avis est que vous devez le traiter légèrement. » Là-dessus les délégués se retirèrent, promettant de mettre à profit ce conseil. En vérité, une simplicité pareille ressemble un peu à de la rouerie ; ce critérium d'humilité sur lequel le bon ermite se base, dans Tinnocence de son cœur, comme s'il n'en eût pas connu d'autre, sent un peu l'esprit du monde, et ce n'est peutêtre pas là le seul exemple où une qualité chrétienne, séparée de son correctif, peut ressembler et opérer les résultats du défaut qui lui est opposé. Les vertus morales et spirituelles doivent être contre-balancées pour prévenir un renversement. Où a-t-on jamais entendu dire, si ce n'est à la cour des princes et dans les salons fashionables^ que la paix et l'amour doivent être sacrifiés à l'intérêt de l'étiquette? Sans aucun doute^ l'Eglise a son étiquette , ses convenances minutieuses et délicates, aussi bien que le monde; mais quant à y attacher trop d'importanee, à y compter avec trop de sécurité, à se laisser absorber par elles, ou même à y penser plus qu'il ne convient, tout cela appartient au monde, et non à l'esprit de l'Eglise. L'apôtre de l'Angleterre pensait peu aux

grands résultats que pouvait avoir, pour le bien ou le mal, r accomplissement ou la nègligenced'un acte de politesse.

Le second synode se tint avec beaucoup plus de solennité que le premier. L'Eglise bretonne y était représentée d'une manière plus complète, et les actes de l'assemblée furent plus réguliers. L'archevêque était accompagné, comme la première fois, de saint Mellite et de saint Just, qui, probablement avaient, dès ce temps-là, été désignés pour occuper les sièges épiscopaux de Londres et de Rochester. Augustin y vint en habits pontificaux, revêtu des insignes de l'autorité métropolitaine dont il avait naguère été investi. Dans le camp breton, on dit qu'il n'y avait pas moins de sept évèques , quoiqu'on ne sache pas qu'il y eût plus de trois évêchés occupés alors dans le pays de Galles : ceux de Saint-David , d'Ely (plus tard Saint- Asaph) et de Llandaff. S'il y avait à la conférence plus de trois évêques, les autres étaient certainement venus des comtés environnants, qui, à cette époque, pouvaient être compris dans la partie que nous appelons aujourd'hui le pays de Galles.

Les historiens décident qu'il n'y avait pas d'archevêque alors dans les Galles, Gaërleon étant entré sous la juridiction de Llandaff, et le dernier archevêque de Menevie ayant em-

id

porté le pallium au delà du détroit, en se rendant dans la Bretagne française en 560. Au nombre des députés bretons présents au synode , se trouvait le vénérable Dinoth , abbé de Bancor. L'issue de la conférence fut en fait déterminée par le mode de réception que l'archevêque de Cantorbéry adopta envers les représentants de l'Eglise bretonne ; il les reçut assis.

Les historiens ont invoqué diverses raisons pour expliquer ce manque apparent de courtoisie. La principale, c'est qu'il parait, après tout, que saint Augustin se conformait à l'usage de l'Eglise. On cite, comme précédent de ce genre, l'exemple de saint Cyrille au concile d'Ëphèse. Des auteurs prétendent que lorsqu'un synode se tient d'une manière régulière sous la présidence d'un ëvèque in pontificalibus^ il serait impossible, sans dérangement, de se lever à l'entrée de chacun de ses membres. Peut-être était-ce parce que saint Augustin était archevêque,' et que les délégués de l'Eglise anglaise n'étaient que de simples évêques? On suppose encore que l'archevêque de Cantorbéry a pu avoir l'intention de maintenir son autorité comme représentant du Saint-Siège. Il est possible qu'étant occupé de matières plus graves que des questions d'étiquette, il se soit dispensé, par inadvertance, d'un acte convenable de considération. Il n'en est pas moins certain

que ce qui était , au pis aller , une négligeiKîe ;

excusable , fut regardé comme une insulte grave. «Immédiatement, dit Thistorien, les Bretons s'emportèrent , et , regardant ce manque d'égard \

comme un acte de fierté^ ils se mirent à contredire tout ce qu Augustin soutenait \ v 11 faut ; reconnaître que les évèques bretons nuisirent à j leur cause en prenant si vivement à cœur une jj affaire de si peu d'importance* Toute personne ji franche et sensée regardera la chose comme un :! enfantillage ) qui tenait peut-être beaucoup au^ il ^ages de ce temps. î

Le calme et la modération du grand archevêque ]

Grent ressortir à son avantage, par Teffet du con^ traste , Fesprit étroit avee lequel ses ouvertures |

furent accueillies.

« 11 est vrai, dit-il aux Bretons, que, sous plu-^ Bieurs rapports , vos usages varient des nôtres et même de la pratique (Catholique* Cependant , si TOUS voulez vous rendre à mes injonctions* dur trois points parti(iuliers , nous supporterons avec patience vos autres dissidences avec la tradition de TEglise; ces trois points sont: l^^Que vous célébrerez la fête de Pâques à l'époque canonique; 2** que vous obvierez, conformément

* Saint Bède, îïist. ectl^ llv. tr, c. 2.

* Obtempcrare,

à Tusage de la sainte Eglise , apostolique et romaine , à certains vices de forme dans la manière dont Yous administrez le sacrement de baptême, qui nous fait naître à la divinité; 3"" que vous vous joindrez à nous pour prêcher la parole de Dieu à la nation anglaise, v

Les Bretons, indignés, répondirent à cette requête si modérée : « Nous ne ferons aucune de ces trois choses , et, de plus, nous ne vous aurons pas pour archevêque. 9 Puis, se regardant les uns les autres , ils murmurèrent : « Puisqu'il ne se lève pas quand nous entrons, quelle chance avonsnous d'être respectés par lui si jamais nous reconnaissions son autorité sur nous? 9

Il ne paraît pas certain que Farchevêque ait directement exigé Tobéissancedesévêques bretons. Peut-être cependant f^que la sensibilité de leurs oreilles s'alarma du mot obtemperare^ quoiqu'il n'exprimât rien qui ne fût bien loin d'une autorité universelle. On pense généralement que leurs appréhensions furent exagérées, et qu'ils étaient résolus de mettre fin à la controverse par cette manifestation d'indépendance, qui ressemble beaucoup à un manque de respect fort gratuit. Parce qu'ils ne voulaient pas avoir saint Augustin pour archevêque , ils semblent l'avoir traité comme s'il n'eût pas été revêtu de l'autorité épiscopale.

Un récit qui a été accueilli par quelques historiens , mais qui repose sur des preuves au moins fort douteuses, prétend que les évèques bretons se sont conduits d'une manière plus convenable et plus respectueuse. Son auteur leur fait répondre par la bouche de Dinoth, leur organe : c Les Eglises bretonnes doivent au Pape de Rome et à tous les chrétiens la déférence et la charité d'une bonté fraternelle; mais nous ne pensons pas quMl soit dû d* autre obéissance à celui qu'on appelle le Pape, et d'ailleurs, nous sommes sous la juridiction deTévèque de Caërleon-sur-le-Usk , qui , par la grâce de Dieu , est notre supérieur et directeur. »

Ce document nous frappe , comme trop précis pour Fépoque à laquelle on l'attribue, et trop habilement calculé pour favoriser la controverse ; il respire plutôt la polémique anticatholique de nos jours^ que la naïveté des temps primitifs, et il semble avoir été écrit après coup, dans l'intérêt des anciens Bretons, comme exprimant les vues de son auteur sur la probabilité historique des faits ; mais nous ne saurions y voir une pièce de nature à s'accréditer par sa propre évidence. Collier l'accepte, sur l'autorité de sir Henry Spelman , « qui donne la réponse de Dinoth en gallois, en anglais et en latin, et qui nous dit l'avoir reçue de M. Pierre Mostyn, un gentleman du pays de Galles. » Une objection

sérieuse à faire, dans tous les cas, contre ce document, c'est que la juridiction métropolitaine de r Eglise des Galles avait été transférée de Gaërleonsur-le*Usk à Menevie depuis le temps de Dubricius. Il a été répondu à cela que les droits du siège de Menevie n'ont jamais été reconnus d'une manière universelle dans TEglise bretonne, et que Gaërleon possédait encore une sorte de droit traditionnel à la déférence des sièges suffragants* Il paraît en outre positif qu'au temps de saint Augustin, le siège métropolitain de Gaërleon avait tout au plus une existence idéale, et il eût été étrange de venir opposer ses prétentions aux droits si apparents et si incontestables du siège de Gantorbéry. EnGn, pous croyons qu'il est prudent de nous en tenir simplement au témoignage de notre grand historien catholique.

Nous avons vu que les évèques bretons avaient définitivement refusé d'acquiescer aux conditions de saint Augustin. Quelques historiens protestants semblent fort embarrassés de défendre les Bretons de Taccusation d'indifférence pour le bien-être religieux des Saxons. Leur résistance sur les points d'ordre et de coutume est souvent regardé comme peu digne de justification, quoique, en fait, s»i l'intensité de l'esprit schismatique peut être appréciée par l'insignifiance des raisons qui portent à rompre l'unité, l'opposition des évêques bretons

sur les questions do cérémonie doit être regardée comme une marque parliculièrement décisive de leur attachement aux principes d'indépendance.

Mais il est une circonstance qui fait naître une idée encore plus fâcheuse de l'Eglise bretonne : c'est le dédain que ses représentants manifestèrent au sujet de la mission qui leur était proposée dans l'intérêt spirituel des Saxons. La défense présentée en leur faveur par quelques écrivains est indigne d'hommes graves et sensés. Ils prétendent que saint Augustin avait perdu qualité pour plaider la cause des pauvres Saxons en présence des délégués bretons 9 parce qu'il n* avait pas exigé des Saxons, au nom et en vertu de l'autorité du Saint-Siège, qu'ils restituassent le territoire conquis à ses premiers possesseurs. Ce raisonnement renferme une inconséquence et une extravagance dont il serait impossible de donner un exemple plus remarquable.

S'il est une accusation portée plus souvent que d'autres contre la politique de Rome , c'est celle de se mêler des affaires internationales des peuples. Sa conduite sur ce point est souvent mise en opposition avec celle de l'Eglise apostolique. Et cependant la raison des quelques différences réelles que l'on peut trouver entre la conduite de l'Eglise primitive et celle de l'Eglise des siècles suivants, se trouve dans le changement de

circonstances, produit par nne propagation plus étendue du christianisme et l'admission de toutes les nations dans le troupeau de Jésus-Christ. Mais jamais le Saint-Siège ne s'est écarté des maximes du christianisme apostolique, au point de recourir à un système d'intervention gratuite dans les arrangements nationaux des peuples, de manière à jeter la confusion dans les droits de propriété et à tenir tout le monde civilisé dans un état perpétuel de commotion. Cette objection étant ainsi détruite, on ne voit réellement pas qu'il y ait eu la moindre raison plausible d'accepter avec tant de froideur l'offre si zélée et si charitable du grand archevêque * .

En présence de l'issue désastreuse de la conférence, quant aux intérêts de l'unité catholique, le grand archevêque se leva et partit; mais en quittant l'assemblée , il exprima ses sentiments dans une prédiction solennelle et frappante.

S'adressant aux prélats mécontents , d'une voix qui , suivant ses biographes , retentissait comme une inspiration céleste , il leur dit : « Si vous ne voulez point prêter l'oreille à mes prières,

1 D'après Ussher, Tévèque de LlandafT, qui représentait aussi Caërleon, se soumit à l'archevêque de Cantorbéry, et saint Oudocé, successeur de saint Ttiélian, alors évèque, fut consacré, à Cantorbéry, des mains de saint Augustin.

prèparez-vons aux terreurs d'une dénonciation. Je TOUS convie à la paix, et tous tous préparez au combat ; attendez-vous donc à être traités en ennemis par ceux avec lesquels vous refusez de vous conduire en frères. Vous regrettez de faire entendre à vos voisins la parole de la vie éternelle , eh bien ! ils se vengeront en dégainant contre vous Fépée qui donne la mort temporelle. »

On a quelquefois appelé cette déclaration de notre grand apôtre une menace. Dans un certain sens, on pourrait sans doute appeler ainsi les prophéties et même toutes les dénonciations évangéliques que Ton trouve dans VEcriture sainte. Les psaumes de David et les épltres des apôtres renferment plusieurs menaces de ce genre ; ainsi : « Malheur à vous qui riez maintenant, parce que vous pleurerez et vous vous désolerez. » C'est là, dans un sens, une menace terrible et solennelle. Toute prédiction de châtiment , toute exhortation pourrait aussi être appelée une menace, et recevoir ce nom de la part de personnes qui ont Tesprit étroit et faible. Des incrédules et des hérétiques ont osé parler de passages des saintes Ecritures comme exprimant des sentiments vindicatifs !

Si l'on considère comment de telles impiétés ont obtenu leur objet, et quel genre de résultats

ellesont amènes^ on compr^ndr» quee-est m Yérhi une bien petite chose, pour un saibt de T Eglise, que d'avoir à supporter des imputations irréyé^ rencieuses , que nous de\rion9 appeler blasphéma** toires. Cependant , FEglise pense que toutes ses principales lumières participent enquelque mesure àVesprit prophétique. Et elle croit, deceuxquisont bien loin d'être ses lumières , de ses prêtres ordi-* naires, que tous ont reçu d'en haut la puissance de lier aussi bien que celle de dtiielr. Si, dans la conduite de$ chrétiens bretons, il y avait un principe d'opposition préméditée à la grâce divine, (et qui oserait soutenir avec certitude le contraire?) ii est possible que Dieu ait voulu se servir d'eui comme d'un exemple pour son Eglise, en leur in-* fligant un châtiment remarquable qui pût à lA fois inspirer à d'autres la crainte de l'offenser, et mûrir pour sa gloire, par de terribles souflîpances, les victimes de son jugement. Ce fut là, itti effet, un terrible châtiment et un exemple remarquable. Nous laisserons à saint Bëde le soin de nous le ra^ conter :

« La prophétie de saitit Augustin fut» par l'effet d'un jugement divin , réalisée jusqu'aux pln^ minutieux détails. Car, après ces choses , Etbel** frid , le vaillant roi des Angles, dont nous avons d€(j4 parlé, réunit une grande armée et fit un bori^ijbl^ (Wnage de f^e peuple perfide dans la villo

des Légions, qqeles Angles appelaient Legacae»tir, mais que les Bretons nommaient plus convenablement Caër-Légion. Quand, au moment de livrer la bataille, il vit leurs prêtres qui s'étaient réunis, se tenant à l'écart en un lieu de sûreté, afin d'offrir des prières pour leur chef, il demanda qui étaient ces hommes et dans quel but ils se réunissaient ainsi. Un graad nombre de ces prêtres étaient attachés au monastère de Bancor, où l'on rapporte qu'il y avait un si grand nombre de moines, qu'on l'avait divisé en sept portions ^ dont chacune avait un supérieur spécial et ne comptait pas moins de trois cents hommes, qui tous vivaient du travail de leurs mains. Un grand nombre de ces moines se rendirent , avec d'autres personnes, après trois jours de jeûne, sur le théâtre où allait se livrer la bataille, afin d'offrir des prières au ciel.

fi Celui qui protégeait les prêtres bretons contre les épées de l'ennemi, pendant qu'ils faisaient leurs dévotions, était un certain Brocmail. Dès que le roi Ethelfrid connut le but de leur réunion, il s'écria i $ En vérité , depuis que ces gens-là prient Dieu , « ils se battent contre nous, car quoiqu'ils n'aient « pas d'armes, ils usent du glaive de leurs im-, « prëcations. v En conséquence, il ordonna à ses soldats de diriger leurs armes contre ces bommes, et il détruisit ainsi ^ non sans de grandes pertes de

son c6të, ce qui restait de cette abominable {nefanda) bande. Il paraît qu'il fat fuè dans cet engagement environ douze cents religieux Yenas pour prier, et que cinquante seulement échappèrent par la fuite. Quant à Brocmail , lui et sa troupe se sauvèrent dès le premier mouvement de Tennemi; ils abandonnèrent ceux qu'ils devaient protéger, sans aucune défense, comme une proie livrée à Fépée des meurtriers. Ainsi s'accomplit le présage du saint évêque Augustin , quoiqu'il eût été lui-même longtemps auparavant appelé à la cour céleste, et ces traîtres (perfidi) envers l'Eglise expièrent par la mort temporelle le crime d'avoir méprisé des conseils qui auraient été si profitables à la santé èterneUe de leurs âmes ^t

Nous avons à peine osé, en traduisant, prendre sur nous de reproduire toute la force de l'original, dans la crainte de froisser des préjugés , quoique nous ne fissions que rapporter les paroles d'un écrivain qui n'est rien moins qu'un célèbre historien catholique. Il est un grand nombre de personnes autour de nous qui ne peuvent pas supporter le langage dans lequel les catholiques parlent du péché de schisme. D'autres épousent

t Les eipressions de roriginal sont encore pins fortes « Quod ohl(aa sibi perpetuœ taiutis camilia iprwerunt. »

volontiers la cause de ces anciens chrétiens bretons , parce qu'ils voient en eux les champions d'un principe important, et qu'ils fournissent l'exemple d'un précédent favorable à leurs vues. L'objet de cette esquisse biographique n'étant pas de fomenter la division, mais d'inviter à la charité , nous ne nous prononçons pas autrement qu'en exposant impartialement les faits.

D'un autre côté , l'ancienne Eglise bretonne a été l'objet d'injustes reproches aussi bien que d'éloges non mérités. Parmi ces reproches se trouve celui qu'émet, il est vrai , sous forme de soupçon, r historien Milner, d'une tendance au pélagianisme^? Mais ce serait, en vérité, amoindrir l'œuvre du grand saint Germain, que de supposer que les restes de cette hérésie présomptueuse n'avaient pas été depuis longtemps extirpés du sol anglais, et le fait seul que les stipulations de saint Augustin portaient uniquement sur des irrégularités dans les cérémonies, doit être regardé comme un acquittement prononcé par le grand archevêque sur toutes les questions de doctrine.

^ L^auteur croit cependant devoir payer son tribut de reconnaissance et de respect à cet historien protestant, pour la franchise religieuse avec laquelle il cherche à rendre justice aux saints de TEglise, dans ce cas-ci comme dans plusieurs autres exemples.

La seule accQgation dô nature à soulèves* quelques douteSi serait celle qui regarde le baptême; et même là-dessus nous craignons d'avoir supposé avec trop de précipitation que les irrégularités qui s'étaient introduites dans l'Eglise bretonne fussent ie nature à affecter l'essence du sacrement ^ Gressy pense que ces irrégularités consistaient plutôt dans quelque déviation des usages de l'Eglise catholique, en ce qui regarde les époques où l'on doit administrer ce sacrement et l' espace de temps nécessaire à Tinstruction des eatéchuménes.

Disons^ en finissant, que la ville de Caërleon, mentionnée dans la citation de saint Bède, n'est pas GaërIeon*sur-le-Usk , mais Ghester« Quant à Bancor, le siège du grand monastère breton , un ami profondément versé dans la topographie du pays de Galles et des comtés environnants ^ nous écrit les lignes suivantes :

« Je n'ai aucun doute que la ville en question soit Bangor Monachortmiy dans le canton de Maelor, portion détachée du Flintshire qui longe le Shropshire. Bangor est une paroisse située à quatre milles de Wrexham , sur la grande route allant de cçtte localité a Whitcburch, tout prés la

^ Toir plus hant, page 31 4 .

V ik

rivière la Dee. On n'y trouve aucune trace de haute antiquité, et Féglise a ëtë presque entièrement reconstruite, »

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