‹ Histoire de Saint Augustin (apôtre des Anglais, archevêque de Cantorbery,) et du premierChapitre 27 sur 44 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

De la vertu attachée aux reliques des saints. — Des miracles posthumes de saint Augustin. — Récit de quelques-uns des miracles qui ont prouvé reiSeacité de rintervention de ce grand saint auprès de Dieu. — Conclusion.

Gosselin a laissé un livre sur les miracles opérés depuis la mort du Saint par la puissance de ses reliques et le secours de son intercession. Les lecteurs de ces vies savent déjà que l'Eglise catholique a toujours reconnu une vertu particulière aux corps des saints , ces temples du Saint-Esprit, même après que Tâme les a quittés pour retourner à Dieu. La sainte Ecriture autorise cette consolante croyance; car si les os des anciens prophètes furent doués de la puissance de rendre la vie aux morts % combien plus doit-on s'attendre à trouver une vertu

1 n Rois, XIII, 21 .

miraculeuse attachée aux reliques de corps qui ont été comme des châsses dans lesquelles le Saint-Esprit a hahitè dans toute la plénitude pro* mise par l'Evangile!

Le Credo de saint Athanase a transmis à TEglise de tous les âges une étonnante et glorieuse vérité dans cette promesse : « Omnes homines e TesnTgerehabeni cumcorporibus snis.yi Ainsi, nos propres corps , et non pas seulement les âmes qui les habitent, sont doués d'immortalité, comme fruit, nous disent les écrivains catholiques, de la participation en Jésus- Christ par le sacrement de son très-saint corps et précieux sang. Mais si une certaine sainteté est, d'une manière générale, inhérente aux corps des personnes mortes en Jésus-Christ, vu que ce sont essentiellement les corps avec lesquels elles se lèveront à sa venue, que pensera-t-on des dépouilles mortelles des saints,qui,même dans cette vie, ont été purifiées, comme par l'action du feu , du levain de la corruption, et qui ont été animées par ceux qui sont sur la terre les correspondants des âmes habitant avec Jésus-Christ dans les cieux? Il est constaté, sur des témoignages positifs , que les corps des saints ont souvent été miraculeusement préservés de la pourriture; Dieu voulant donner par là à ceux qui le craignent une preuve de la puissance avec laquelle il rassemblera à la fin des temps

la poussière ëparse des corps , de manière à maintenir dans son intégrité chaque tabernacle où son Esprit a habité.

Ainsi , non-seulement les reliques des saints , mais les alentours des lieux où ils reposent ont toujours été regardés comme animés d'une vie miraculeuse. Quant au grand apôtre de l'Angleterre , on rapporte de lui beaucoup plus de prodiges opérés après sa n^ort qu'auparavant; ce qui s'accorde d'ailleurs parfaitement avec l'expérience. Car combien de fois ne voit-on pas des chrétiens éminents qui ne sont pas des saints de TEglise , et des influences qui sont loin d'être ce que Ton peut généralement appeler miraculeuses, n'exercer leur puissance sur le monde qu'à partir du terme de leurs rapports extérieurs avec lui ! Pour ces hommes, la mort semble être, d'une manière mystérieuse , la période de leur entrée dans la vie, non-seulement en ce qui regarde leur existence individuelle qui était cachée , mais même leur vie en ce monde. Souvent eux-mêmes, comme le public , ne savent avoir vécu utilement que lorsque le voile de la chair est déchiré. Leur nom a une puissance dont leurs paroles et leurs actions semblaient manquer, et la vertu posthume des saints n'est qu'une démonstration du même principe !

Ces considérations pourront préparer les lec-

leurs, même les plus sceptiques, à receYoîr au moins a\ec attention et respect le témoignage du biographe Gosselin relativement aux miracles opérés sur la tombe ou par T intercession de saint Augustin. Et si Ton songe que cet écrivain était presque contemporain de quelques-uns des événements qu'il rapporte, et que les récits qu'il en a laissés étaient susceptibles d'une réfutation facile, on conviendra que son témoignage, même suivant les lois rigoureuses de l'évidence historique^ ne saurait être jugé indigne de confiance. Ainsi, le premier des miracles que Gosselin raconte, date de lOil, et Gosselin vivait à la fin de ce même siècle. Son récit fut publié à Cantorbéry, sur le lieu même où le miracle s'était opéré* Il est rapporté par Thorn , abbé de saint Augustin , et se trouve à la page i94 de ce volume; Gosselin raconte, entre autres, le miracle suivant, comme ayant eu lieu à la tombe de saint Augustin de Cantorbéry, et sous l'influence immédiate de son patronage.

Un Saxon, nommé Leodegari us, était attaqué depuis sa naissance d'une affection nerveuse produisant des contractions tellement épouvantables dans toutes les parties de son corps, qu'il ressem-blait plutôt à un monstre qu'à un être humain* Cet infortuné avait passé plusieurs années de sa vie à se traîner d'un pays à l'autre; nous di-

SODS traîner, parce qu'il avait tout à fait Tapparence d'un reptile. De l'Allemagne, d'où il était originaire, il s'était rendu à Rome dans l'espoir d'obtenir sa guérison par les prières de quelque saint. Enfin, il vint en Angleterre, et pendant qu'il veillait une nuit dans l'abbaye de Saint- Pierre à Westminster, une inspiration divine lui dit de chercher des secours à Cantorbéry.

Dès le matib, il se mit en route pour la ville métropolitaine; il s'y rendit en s' embarquant à Greenwich, où, à ce qu'il parait, des bateaux stationnaient pour transporter les pauvres aux frais du public*.

En arrivant à Cantorbéry, il trouva une pieuse dame qui le prit en pitié, lui donna à manger et le logea pour une nuit. Le jour suivant^ guidé par sa bienfaitrice, il se rendit à la cathédrale, et là, par l'intervention de son hôtesse, il obtint admission dans le sanctuaire, tout près du maître* autel. 11 passa trois nuits en prières, et le matin du quatrième jour, sa persévérance fut récompensée. Voici comment il raconta lui-même ce qui s'était passé.

Trois personnages vénérables lui apparurent, qui avaient un air patriarcal et qui étaient éclatants comme des anges. Celui du niilieu

*■ Ifaviseleemosynariat

était plus grand que les autres; ses cheveux, d'une blancheur de neige, prenaient sur sa tète la forme d'une croix ; ses yeux exprimaient la douceur, et sa physionomie était radieuse et souriante. Il était vêtu d'une robe sacerdotale, si splendide, qu'elle semblait rivaliser avec ce qu'on rapporte de Salomon ; cette robe était arrêtée à la taille par une agrafe d'or. Il tenait à la main une grande croix d'un éclat éblouissant. Son compagnon de droite était d'une taille moyenne ; il avait des yeux d'un brillant remarquable, et un front blanc comme la neige. Celui de gauche était de la hauteur d'un nain, ainsi qu'il est rapporté de l'homme qui désirait recevoir Jésus-Christ dans sa maison ; mais ses formes avaient une symétrie parfaite et une beauté qui ne laissaient rien à désirer. Tous trois étaient revêtus de costumes si riches et si magnifiques, que la terre n'en avait pas encore vu de semblables. Ces étrangers mystérieux se dirigèrent vers le lieu où le pauvre infortuné était couché à terre avec ses membres repliés les uns sur les autres. Son infirmité était telle, qu'il ne pouvait changer de position ; se tenir debout , être assis ou à genoux, était pour ce pauvre perclus une seule €t même chose.

En arrivant à lui, les étrangers s'arrêtèrent soudainement. L'infortuné les regarda avec une

crainte qui était presque de la terreur. Enfin , le prêtre placé au milieu dit à son compagnon de droite de faire savoir au malheureux qu'ils étaient venus à lui conune ministres de miséricorde, U s'approcha alors et lui révéla que saint Augustin venait pour le guérir. A peine le nom d'Augustin fut-il sorti de sa bouche , que le perclus crut entendre la voix de Dieu, et s' adressant alors au principal personnage : « C'est vous, dit-il , père très-dément, que je cherche ; une voix divine m'a dit que vous êtes de tous les saints celui qui doit me délivrer, f Saint Augustin ordonna alors à ses deux compagnons de procéder h la guèrison. Ils commencèrent par relever Vinfirme; Tun d'eux plaça ensuite la main sur la partie supérieure de son corps, pendant que l'autre fortifiait ses genoux et ses muscles* On parle de sa guèrison comme ayant été beaucoup plus douloureuse que sa maladie. Tandis qu'elle s'opérait (car elle ne fut pas instantanée), le pauvre homme, d'après ce que nous lisons, criait en demandant grâce. Enfin son corps, qui auparavant n'était qu'une masse de chair, prit une forme naturelle, et ses trois bienfaiteurs disparurent, se dirigeant chacun vers un tombeau. Pendant ce temps, le sacristain et les gardiens de l'église, réveillés par les cris de douleur partisdu sanctuaire, étairat accourus sur le lieu, et, à leur grand ètonnemeut , ils y

trouvèrent le pauvre perclus , dent le pitoyable état avait excité leur commisération la veille, dans la pleine jouissance de sa santé et de son agilité. Il leur raconta alors les circonstances de son voyage à Gantorbéry , et de son entrevue avec les trois étrangers merveilleux ^ et il apprit d'eux que les trois châsses d'où ils avaient paru sortir et vers lesquelles il les avait ensuite perdus de vue, étaient celles de saint Augustin et de ses compagnons^ saint Laurent et saint Mellite. Ces deux dernia*s étaient donc les personnages qui avaient paru à la droite et à la gauche du Saint*

Un grand nombre des miracles attribués à saint Augustin de Cantorbéry se passent sur l'Océan» A notre époque de civilisation, où l'art de la navigation est si avancé, qu'un voyage sur mer n'est guère plus dangereux qu'une excursion sur terre, nous ne pouvons nous former une idée exacte de la manière dont tout le monde, à l'excep* lion des marins qui depuis leur enfance étaient accoutumés à vivre sur l'eau , regardait, au moyen âge, la seule traversée du détroit Britannique* D'ailleurs, il est admis même aujourd'hui qu'il y a dans la vie du marin de quoi rendre un homme religieux, ou le conserver tel, surtout s'il lui est arrivé d'essuyer quelque tempête.

Qui n'a pas entendu parler des superstitions des marins? Qui a visité les pays catholiques sans

observer, dans les ports de mer, la contre-partie chrétienne de la votiva tabella d'Horace, dans les petits navires et autres appareils nautiques suspendus aux voûtes des églises, comme souvenirs perpétuels de délivrance, comme offrandes en rhonneur de celle dont les marins catholiques aiment à chanter les louanges en l'appelant : Étoile de la mer ^ ? En Angleterre , quoique les grandes villes maritimes soient pour la plupart (c'est bien à craindre) , par l'absence d'un frein religieux assez puissant, des repaires d'iniquité, il paraît cependant qu'il en est autrement à une certaine distance de la métropole, dans les petits ports de mer qui longent la côte, là où la population mâle, occupée à la pèche, passe des semaines entières en mer, sur des bateaux dëcou* verts, au risque continuel de perdre la vie. Dans plusieurs de ces localités, on dit que les hommes, en général, sont naturellement si religieux, que les tentatives faites auprès d'eux pour extirper les sentiments pieux , échoueraient plutôt que celles tentées en vue de les raffermir dans le bien, c Ceux qui vont à la mer et passent leur temps « sur les grandes eaux, ceux-là, dit le psaume c cvii (v. 23, 24, etc.), voient les œuvres du « Seigneur et ses merveilles dans l'abime. i L'O^

i Àne, mœriê sUlla, etc.

cëan mobile et le ciel tranquille sont plus propres à affectionner les cœurs que bien des sermons : Mirabiles elaiiones maris; mirabilis in allis Dominus. Cette âme serait bien profondément plongée dans l'iniquité, que les étonnantes promdences de la vie maritime ne tireraient pas de sa torpeur et n'élèveraient pas un moment au ciel !

Par suite, il ne sera difficile à personne de comprendre les merveilles dont, il y a sept siècles, la mer était le théâtre, et dont ses incidents fournissaient Toccasion. Une intervention inattendue, un danger imminent auquel on échappait, enfin ce qu' on attribuerait aujourd'hui vaguementàlaProvidence, était, dans ces âges de foi, classé parmi les miracles. Il y a , en vérité, des miracles dont le nom de Providence pourrait être synonyme, et Ton doit d'ailleurs comprendre qu'en admettant la doctrine de la communion des saints, et en voyant dans leur patronage un secours efficace, des merveilles doivent s'opérer comme fruit de leur intervention.

Parmi les miracles de ce genre auxquels s'associe le nom d'Augustin de Gantorbéry, une des principales places est assignée par Gosselin au salut inespéré du roi Canut, qui fut arraché aux périls de la mer en retournant de son grand pèlerinage à Rome. Une affreuse tempête se leva, quand il était déjà en vue des côtes d'Angleterre. Le roi se

recommanda alors à saint Augustin, dont il aTait, durant ses voyages, éprouvé les faveurs, et il fit vœu d'offrir à sa châsse des présents considéra-blés. La tempête se calma bientôt après, et le vaisseau arriva sain et sauf au rivage.

Une intervention à peu près semblable eut lieu en faveur d'Egelvius, abbé d'Ethelingey, qui était aussi allé à Rome pour faire ses dévotions à la tombe des apôtres. En retournant en Angleterre, lui et ses compagnons furent, par les vents con<* traires, retenus six semaines sans pouvoir s'em« barquer, Pendant ce temps , ils avaient entièrement dépensé leur argent à acheter le nécessaire, et ils avaient même été obligés de vendre leurs chevaux et appareils de voyage. Enfin, un moine, nommé Withgar, homme âgé et prudent, qui faisait partie de la compagnie , invita Tabbè à chercher du secours dans T intercession des saints de son île. L'abbé se rendit à cette invitation et se recommanda à Augustin, qui tenait la première place parmi les saints patrons de l'Angleterre. Il fit vœu^ s'il lui était permis de revoir sa chère abbaye, d'ériger, à la gloire de Dieu, une tour qui serait placée sous la protection du Saint. Puis, tombant endormi, il vit dans son sommeil un navire s' approchant de lui avec rapidité, dans lequel se trouvait un homme d'une dignité sacerdotale et d'une beauté céleste, vêtu d'habits écla*

tants, et faisant signe aux pèlerins voyageurs comme s'il les eût in\ités à venir à lui. L'abbé s'é* veilla, et pendant qu'il racontait sa vision à ses compagnons, le pilote vintleur annoncer avec joie qu'une brise favorable s'était levée et qu'il n'y avait pas de temps à perdre. Chacun courut à bord du vaisseau et gagna en toute sûreté les côtes d'Angleterre. L'abbé, à son arrivée, se rendit à Gantorbéry, où le successeur de notre Saint le reçut les bras ouverts, et, comme digne intermédiaire des bontés d'un tel père, il s'efforça de rendre profitables les pertes de son hôte.

Le bon abbé fut fidèle à son vœu , et il jeta aus-' sitôt les fondements de sa tour. Il obtint, non sans difficultés, six grandes poutres ; la septième, long-* temps refusée , lui fut enfin donnée par amour du Saint. En la mesurant, on la trouva un demi-mètre trop courte, et l'abbé, non sans espoir de voir encore le Saint venir à son secours, la mesura de nouveau et la trouva trop longue, précisément de ce qu'elle avait de moins auparavant. L'ouvrier se disposait à la couper de la longueur convenable, mais l'abbé ne voulut pas le permettre, pensant que ce serait manquer de respect au Saint, qui avait ainsi exprimé sa bonté avec largesse, bonté dont il voulait que la tour portât le souvenir aux générations futures. Le biographe dit que de son temps elle était encore debout.

Passons à un autre de ces récits miraculeux. Eifnoth, membre d'une des principales familles de Londres , avait ètë élevé dés son enfonce dans le monastère de Saint-Augustin, sous la direction de Tabbé Ulfric. Il avait demeuré ensuite en Normandie avec le duc Guil* laume, et il retournait en Angleterre, quand, au milieu de la Manche , une violente tempête s'éleva. Le navire fit naufrage, et tout le monde périt, à Texception du jeune Elfuoth, qui n'avait cessé d'implorer le secours de son saint patron. Il aperçut au milieu des eaux un mât brisé auquel il se cramponna, et il resta là le jouet des vagues. Sa foi fut mise à l'épreuve durant deux jours et deux nuits ; la troisième matinée, le temps était serein, et il fut arraché à la mort par un navire qui venait des côtes de Normandie*

Gosselin parle aussi de certains moines de Saint- Augustin, ses contemporains, vivant lorsqu'il écrivait, qui lui ont rapporté le fait suivant sur la foi du serment.

Une certaine année, vers la Pentecôte, ils allaient de Gonstantinople à Venise , ayant à bord cent cinquante hommes dont plusieurs savants ecclésiastiques , ainsi que des laïques et autres passagers. Le vent se leva avec une extrême violence, et le vaisseau si lourdement chargé se trouvait dans un danger imminent.

On plia les voiles et , pro6tant da premier ancrage que Ton rencontra , le nayire s'arrêta , et fut durant plusieurs jours expose à la fureur des vagues. Il arriva que cette année la fête de saint Augustin tombait dans le temps de la Pentecôte , et les saints frères voyaient arriver son approche avec des sentiments divers, se trouvant soumis à une si terrible épreuve. D'un côté, ils étaient fâchés d'avoir à célébrer cette fête dans des circonstances si peu favorables; de l'autre, ils ne pouvaient s'empêcher de regarder comme une chose providentielle qu'une solennité qui leur promettait tant de grâces arrivât dans un pareil moment. Il parait qu'il y avait à bord plusieurs Grecs et Italiens, et les frères éprouvaient un plaisir extrême à leur raconter l'histoire du Saint dont la fête approchait. Ils leur disaient comment l'illustre Grégoire, père spirituel d'Augustin, était familier avec leur pays, ayant passé quelque temps à Gonstantinople en qualité de nonce du Saint-Siège apostolique, et comment sa grande charité pour la nation anglaise lui avait inspiré d'envoyer Augustin prêcher Jèsus-Ghrist parmi eux. C'est par ces délicieuses conversations qu'ils rompaient la mo^ notonie du temps. Tout le monde à bord vit venir avec enthousiasme le jour où ils allaient honorer Dieu dans Augustin, fils spirituel de Gré-

goire et apôtre de la nation anglaise. Ils ajoutaient que, parmi les saints de leur propre pays, il n'en était pas dont Tintervention fût plus puissante que celle de saint Augustin , et ils ne doutèrent plus, si l'équipage voulait se joindre à eux pour honorer le Saint d'une Toix unanime, qu'ils ne pussent être miraoulousement arrachés au danger qui les menaçait. Le dimanche suiyant était précisément le jour de la fête du Saint, et quoiqu'ils manquassent des accompagnements extérieurs de toute cérémonie solennelle , ce Tide fut largement suppléé par la surabondance de la joie du cœur. Les vêpres da Saint furent chantées par un grand nombre de prêtres et de clercs, tout l'équipage assistant an service, et la nuit se passa à veiller, à prier et & loner Dieu. La suite du récit mérite d'être repro* duite d'après les termes du biographe :

c Le vaisseau était notre église; son mât, la tour de garde de Sion ; les vergues, notre croix; les voiles, nos draperies; la proue, notre autel; le prêtre , le maître d'équipage; l'vchîprêtre, le pilote; les rameurs, des clercs; le craquement des câbles, nos instruments de musique ; le sifflement du vent remplaçait les chalumeaux. Autour de nous étaient les vastes plaines de l'Océan, et le mugissement des vagues répondait à la voix des chantres. Les eaux faisaient écho à ces pa-

rôles : u vous, mers et fleuves, bénissez le Sei« « gneur; bénissez-le, 6 baleines, et tous les êtres « qui s'agitent dans l'eau ! v et les eaux semblaient unir leur yoix à la réponse que faisaient les chœurs; tout chantait avec solennité le Christ, et Augustin, le serviteur du Christ. »

On récita laudes vers la pointe du jour, et chacun alla ensuite se coucher, à l'exception du timonnier. Il resta pour observer les étoiles et le vent. Tout à coup il s'aperçut que Tintervention de saint Augustin avait été bénie. Le vent, de violent qu'il était, se changea en une douce brise favorable à la marche du navire. Le timonnier siffla et appela à lui, de telle sorte que, pour un moment, chacun, en se réveillant, se demanda si tout était perdu. Mais, un instant après, on se rassura en entendant ces joyeuses paroles : « Debout, camarades; Dieu est avec nous 1 » Le pilote ajouta : « C'est saint Augustin , dont nous célébrons la fête; il est timonnier, maître d'équipage et tout. 9 Les passagers furent bientôt levés, et Ton chanta la messe dans la jubilation.

Gosselin rapporte plusieurs autres miracles de ce genre. Nous n'en citerons plus qu'un. Dans le village de Chilham, non loin de Cantorbéry, était une jeune fille de huit ans, l'espoir et la consolation de sa mère, qui était veuve. Elle était Tâme de sa maison ; mais un malheur lui arriva, qui lui

fit perdra Tusage de la parole. Sa mère , au liea d'avoir recours à un médecin ordinaire, la con— dnisit à un prêtre nomme Elfelm, qui s'adressa à elle en ces termes :

« Le jour de la fête de saint Augustin approche; allez, préparez une bougie et yeillez la nuit avant cette solennité. Dès que le jour percera, venez nous visiter, et que votre enfant soit la compagne de vos prières. Si vous persévérez dans la foi, nous croyons sincèrement que , par la bonté de Dieu, vous ne serez pas désappointée. »

La pieuse mère, armée de sa foi, et comme sous la direction d'un ange, se tint prête pour le jour fixé, et elle revint avec son enfant à la châsse de son médecin céleste. Là , toutes deux passèrent la nuit en prière devant les reliques du Saint.

La mère priait à haute voix et faisait entendre ses gémissements ; la fille soupirait et exprimait sa dévotion et sa douleur à voix basse et en sons inarticulés; mais les oreilles du Saint s'ouvrirent aux supplications de l'une et de l'autre. On entendait retentir , à la fin des matines , les mots solennels de l'hymne en Thonneur du Dieu trois fois saint; l'abbé entonnait les premiers mots et les enfants du monastère poursuivaient en choeur le chant sacré , lorsque^ arrivés aux paroles: « La sainte Eglise vous reconnaît dans tout

le inonde, v la langue de la jeune fille fut soudainement déliée ; elle put se joindre au chœur de l'Eglise universelle. Les matines et les laudes furent chantées ensuite, et toute rassemblée entonna le Te Deum pour louer Dieu des miséricordes dont elle venait d'être témoin.

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