‹ Histoire de Saint-Barbe (volume 2)Chapitre 105 sur 147 · Diogo Barbosa, Bibliotheca lusitana, t. I, p · texte numérisé non relu

Diogo Barbosa, Bibliotheca lusitana, t. I, p

lies, et les chaires de plusieurs classes furent occupées par des hommes de premier mérite. L'enseignement d'Antoine Pin est de ce temps-là. Les noms de Laberius et de Turnèbe forment avec celui de ce Portugais une trinité qui suffirait à la gloire de l'administration sous laquelle ils régentèrent.

Henri Lal^erius , Lorrain , originaire de Noncourt, fut un disciple affectionné de Ravisius Textor : ce qui semble indiquer qu'il fit ses études à Navarre \ Les doctes du temps le réputèrent l'un de leurs meilleurs humanistes. Talent plein de douceur et de grâce, il fut de ceux dont la renommée s'étendit jusque dans le monde qui ne parlait pas latin : Lutetise oriiameiituni et dulce decus, a dit de lui Léger Duchesne. A ce titre il fixa l'attention du duc de Longueville , qui le retira de l'Université pour l'attacher à sa maison ^ Ce changement de condition eut lieu lorsqu'il était à Sainte-Barbe, vers 1540. 11 ne nous reste de lui que quelques pièces d'excellents vers, disséminées dans les recueils contemporains, une, entre autres, qu'il ajouta aux inscriptions de Voulté, dans l'édition donnée par Simon de Colines ^ C'est un éloge de Voulté luimême , d'où il résulte que ce jeune homme , cher à

1 . Henrici Laberii Noncuriatii quxrinionia de morte sui Ravisii Textor is, ad LtidovicuniMiletum, virum sci/entia et probitate spectabilem, hjpodidasccdani Navan-ensem ^ en tête de YOpus epithetorum de Ravisius Textor.

2. Leodegarii a Querca oratiuncula habita Parisiis^ in Athenxo barbarano, 4o57.

3. Joann. Vulteii Rhemi inscriptionum lihri duo, 1S38.Ilyaà la fin àe?, Xcnia, qui terminent leméine recueil, une autre pièce de Laberius, sur la mort de Voulté, ad Joannem Venellum, Metenscni arch idiaconum .

tous les grands écrivains de la Renaissance , avait fait ses études à Sainte-Barbe :

Nostrœ Vulteius decus pa/aestrse, Qui in lanugine et utUi juventa Jam sibi cumul avlt boc honoris Emblema , ut studio senes adaequet, Scribendi in ratione purus , uber; Nulla anipuUa, labor laboris insons ; Pro nutu varius , facetus , asper, Doctis mentibus auribusque adhaerens Ut saxis hedera arborique bacca, etc.

Laberius adresse ces bendécasyllalDcs à l'un de ses élèves, Honoré Veraciiis, pour lequel il forme le vœu de le voir se placer au premier rang après Voullé :

Tantum hoc te volo, si sequaris ausus,

Ante te ambulet hic poêla raruSj

Sed post te immodicum ordinem relinquas.

En s'exprimant ainsi sur le compte du célèbre poète, Laberius ne faisait que lui rendre en admiration le tribut qu'il recevait de lui en affection et en respect; témoin une autre pièce de Voulté lui-même, dont voici la traduction :

« Il a paru un pamphlet acerbe dont tu soupçonnes qu un passage est dirigé contre loi, Laberius, et tu m'en fais l'auteur. C'est à tort. Serais-je donc si dénué de sens et si pressé du besoin de nuire que de vouloir troubler par mes agressions, poursuivre de risées et déchirer à belles dents celui qui ne m'a donné aucun sujet de plainte , qui ne fait de mal à personne , qui est la bonté même à l'égard de tous? Si tu le crois, Laberius, tu te trompes. C'est à peine si je remarque

Jes attaques des méchants, et pour que je me venge, il faut qu'on m'ait longtemps provoqué : tant s'en faut que je songe à commencer la guerre contre toi. Que tu le veuilles ou non, je suis ton ami \ »

L'un et l'autre ils furent enlevés aux lettres par une mort prématurée. •

Le nom d'Adrien Turnèbe est impérissable. Ses contemporains admirèrent tout en lui, le savoir, l'éloquence, le style, le caractère, et jusqu'à la distinction des manières ; car tandis que la vie de collège marquait alors les hommes d'une empreinte ineffaçable, lui n'eut jamais du pédant que la robe et le bonnet. C'est le mot que Ronsard se plaisait à dire de Buchanan, d'Antoine de Gouvéa et de Turnèbe ^

Son patriotisme est quelque chose d'étonnant pour l'époque où il vécut. Aux offres magnifiques qu'il reçut de presque tous les gouvernements étrangers, il préféra le séjour de la France, oij cependant il ne sortit jamais d'une médiocrité voisine de la gêne, et où son âme tendre eut si fort à souffrir des déchirements dont il fut témoin, que cela contribua à abréger ses jours.

Pour le talent, il eut plus que personne celui de rétablir dans son éclat la pensée mutilée des auteurs. Ce qu'il a fait en ce genre n'a pas encore lassé l'admiration des critiques.

Il entra à Sainte-Barbe en 1 538, afin de remplacer Antoine Pin, lorsque celui-ci déserta les lettres pour

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