‹ Histoire de Saint-Barbe (volume 2)Chapitre 107 sur 147 · Admonitio Talsei, p · texte numérisé non relu

Admonitio Talsei, p

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Irine aurait dû passer avant tout. Ce grand maître était plutôt fait pour l'enseignement supérieur que pour une chaire dans un collège, il fut à sa place le jour où la mort de Tusanus lui ouvrit les portes du Collège royal.

Turnèbe eut un intime ami, un autre lui-même, Normand comme lui, élevé avec lui au collège de Justice, et qui avait pris ses grades en même temps que lui, pour régenter ainsi que lui dans les classes d'humanités' : c'est Léger Duchesne, le personnage dont nous disions tout à l'heure que le nom servit à couvrir les invectives de Turnèbe contre Ramus. Jugés dignes dès leur début d'exercer le commandement sur les primani, les deux amis, par une association singulière, convinrent de se partager entre eux le soin de la même classe* : l'un s'acquittait de l'enseignement du matin, tandis que l'autre donnait celui de l'aprèsdîner. Ils étaient porlés sur les cadres du collège oi!i ils professaient comme s'ils n'eussent été qu'un; ils recevaient de leurs élèves la simple rétribution fixée pour chaque régent parles statuts académiques. On ignore s'ils puisèrent l'idée de cette alliance dans la tendre affection qui les unissait, ou bien s'ils y furent amenés par l'émulation, car une fraternité toute pareille exista dans le même temps entre Ramus et Omer Talon. Quoi qu'il en soit, l'Université fut touchée de voir deux couples de talents du premier ordre s'enchaîner dans des liens si étroits et se confondre en quelque

\ . Leodegaril a Qiicrca oi'atio fanchris de Vita et interitii Adriani Turnebi, dans les œuvres complètes de Turnèbe.

2. Edmond Richer, Jpnlngia pm scnatuscousulto adccrsus scholx Lcxovcx paranonwm (1G02), ]). 19.

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sorte pour l'accomplissement d'un même devoir. Si l'exemple n'eut pas beaucoup d'imitateurs, parce qu'il y avait peu d'honmies disposés à se contenter pour deux du salaire auquel un seul pouvait prétendre, du moins l'admiration fut générale. Longtemps après que les deux sociétés eurent été rompues par la mort prématurée de Talon et par l'avancement de Turnèbe, on en parla comme d'un trait qui faisait pâlir l'amitié proverbiale de Damon et de Pytbias, d'Harmodius et d'Aristogilon ; on en parlait encore lorsque les jésuites acquirent leur réputation comme instituteurs de la jeunesse, de sorte que ces pères, qui étaient à l'afrùt des bonnes traditions, jugèrentqu'il y avait dans cellelà quelque chose à prendre pour le fruit des études, et dès lors ils partagèrent dans leurs collèges l'enseignement de la rhétorique entre deux professeurs '. L'Université finit par faire comme les jésuites, et aujourd'hui encore nous voyons la même pratique s'observer dans les lycées.

Pour en revenir à Léger Duchesne, nous avons la certitude qu'il régenta sous Jacques de Gouvéa le Jeune, du moment qu'il est prouvé que Turnèbe se mit au service de ce principal. Ils firent à eux deux la classe de rhétorique, et voilà ce qui explique que durant toute une année d'enseignement Turnèbe n'ait dicté à ses élèves ni matière de vers, ni argument de discours. Il s'était attribué la partie des explications, laissant à son ami le soin de diriger les exercices de composition. ^Ramus trouvait à y redire, parce que

i. Goujet, Mémoires historiques sur ie Collège royal, 2* partie, p. 179.

la besogne était partagée autrement entre Talon et lui; mais oh comprend que ce n'était là qu'une affaire de convenance personnelle, qui n'empêcha pas le programme du cours d'être rempli à Sainte-Barbe aussi bien qu'à Dormans.

Si les raisons qui viennent d'être données ne sont pas jugées suffisantes pour porter le nom de Léger Duchesne sur la liste de ceux qui régentèrent chez nous en 1538-1539, nous alléguerons le témoignage de Duchesne lui-même. Dans un discours prononcé à Sainte-Barbe, en 1 557, ce professeur rappela, comme une chose déjà ancienne, qu'il avait eu sous lui les piimani du collège; seulement, il se borna à louer l'attention, la docilité et la bonne tenue qu'il avait trouvées alors dans ses élèves', parce qu'il n'eut pas besoin, vu la circonstance, de parler d'une association dont le souvenir était encore présent à toutes les mémoires.

Turnèbe et Léger Duchesne quittèrent Sainte- Barbe pour se rendre à Toulouse aux frais du cardinal de Châtillon. Quelques-uns prétendent qu'à son retour à Paris , en 1 544 ou 1 545 , Turnèbe aurait contracté un nouvel engagement avec les Gouvéa -. Cette opinion se fonde sur un propos de INicolas Bourbon, qui mourut presque centenaire, du temps de Louis XIII. Ce vieux professeur disait souvent qu'il avait vu Turnèbe, Buchanan et Muret régenter ensemble dans le même collège , et il ne manquait

\ . Leodegarii a Quercii oratiuncula habita ParisiiSy in Athenxo harbarano ,

"1. Notes de Thomas Ruddinian à la vie de Buchanan, en tête de l'édition des œuvres complètes.

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jamais d'ajouter que chacune des trois parties du monde se serait trouvée bien partagée d'avoir un seul de ces grands hommes. Leur rencontre doit avoir eu lieu effectivement après la rentrée de Turnèbe à Paris, attendu que Buchanan et Muret y vinrent de Bordeaux en ce temps-là, et que pour Muret, âgé seulement de vingt ans, et qui voyait pour la première fois la capitale, il n'est pas possible qu'il ait régenté à une époque antérieure en aucun de nos collèges. Mais il faut que Sainte-Barbe renonce à revendiquer pour elle la possession simultanée des trois illustres humanistes. Ménage, qui avait interrogé là- dessus Nicolas Bourbon , tenait de lui-même que cet honneur échut au collège de La Marche '.

Sans sortir des noms qui ont marqué dans les fastes universitaires, on peut citer encore d'autres collaborateurs de Jacques Gouvéa le Jeune.

D'abord Nicolas de Marlimbos, homme d'une érudition consommée , l'un des bons professeurs de philosophie de son temps. Originaire de Gournai, il appartenait dans l'Université à la nation de Normandie, qui le choisit pour son procureur à la fin de 1539. Peu après il fut recteur. 11 fit paraître, tandis qu'il enseigna à Sainte-Barbe, une traduction du traité d'Aristote Péri hermenias *. C'est le même dont il est question dans l'histoire des Églises réformées, à cause du bruit que firent à Senlis certains sermons où on l'accusait de trop favoriser les hérétiques. Il paraît

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