Bibliothèque de l'École de médecine, reg. n° 3 , p
Le grade de bachelier est aujourd'hui le couronnement de l'instruction donnée dans les collèges; autrefois c'était le grade de licencié. Par baccalauréat (ou plutôt bachelerie, car on n'avait point encore imaginé de mettre du laurier dans rélymologie de ce mot) on entendait l'apprentissage de la philosophie. Pour y être admis, il fallait justifier par un examen qu'on possédait, avec les éléments de la logique, toutes les parties constituant alors l'instruction littéraire. Cet examen , les élèves allaient le passer dans la rue du Fouarre, devant les professeurs de leur nation; leur titre de bachelier était constaté non pas par un diplôme, mais par un simple certificat.
Autrement solennel était l'examen par suite duquel on obtenait la licence. La logique transcendante, la dialectique et la métaphysique, jointes à quelques notions de géométrie et d'astronomie, en formaient la matière. On le subissait soit à Notre-Dame, soit à Sainte- Geneviève, sous la surveillance du chancelier de la cathédrale ou du chancelier de l'abbaye, investis tous les deux par le saint-siége du droit de conférer la licence ou permission d'enseigner au nom de celui qui a dit : Ite et clocete. L'examen à Notre-Dame s'appelait l'examen d'en bas, l'examen à Sainte-Geneviève, l'examen d'en haut. Les collèges envoyaient leurs élèves à l'un ou à l'autre, à tour de rôle.
Les deux chanceliers opéraient chacun de son côté avec un jury de quatre examinateurs ou tenteurs (tentatores)^ pris parmi les maîtres des quatre nations, mais non pas d'après un mode uniforme. Le chancelier de Notre-Dame choisissait lui-même ses tenteurs, et les continuait dans leurs fonctions aussi longtemps
que bon lui semblait. Le chancelier de Sainte-Geneviève n'avait sur les siens que le droit de présentation : ils étaient institués par la Faculté des arts, qui, d'après ce mode, procédait tous les ans à leur nomination. La dilTérence ne se bornait pas là. L'examen de licence consistait en une double épreuve, l'une publique, l'autre secrète. La première n'était que préparatoire; elle avait pour but de trier, dans le grand nombre de bacheliers, souvent assez peu capables, qui se présentaient, ceux qui étaient vraiment de force à subir l'épreuve secrète, ou, comme on disait, l'examen en chambre, qui était l'examen décisif. Elle servait aussi à régler l'ordre dans lequel serait passé cet examen. Or, tandis qu'à Notre-Dame l'épreuve publique et l'épreuve en chambre avaient pour arbitres les mêmes lenteurs, à Sainte-Geneviève les lenteurs désignés par le chancelier ne présidaient qu'à l'épreuve publique ; l'épreuve en chambre était subie devant un autre jury, dont la nomination appartenait à la faculté des arts, et qu'elle renouvelait tous les mois\
Pour le reste, les choses se passaient de même aux deux examens. A la fin de chaque mois, sur le rapport des lenteurs , le chancelier invitait les candidats reçus à se présenter en chape à son église. Après les avoir harangués, il leur donnait la bénédiction apostolique et le pouvoir d'enseigner hic et ubique terraram. Toutefois ce pouvoir, pour être exercé, avait besoin d'être reconnu par la corporation des maîtres. De là un dernier acte, appelé inceptio, qu'on accom-
\. Thurot, De l'organisation de l'enseignement, etc., chap. i; Duboulay, Hist. Univ., t. V, p. 852 et sq.
plissait dans sa nation , et après lequel on recevait le Lonnet, insigne du professorat, et le titre de maîtrees arts. Mais ne perdons pas de vue les épreuves de la licence.
Il résulte des explications qui ont été données, que la Faculté des arts avait plus de pouvoir sur l'examen d'en haut que sur l'examen d'en bas. C'est pourquoi elle était disposée à favoriser tout ce qui pouvait donner aux licences de Sainte-Geneviève un air de supériorité sur celles de Notre-Dame. Les deux chanceliers, de leur côté, avaient toujours cherché à se primer l'un l'autre. Cekii qui tenait le sceau de Notre- Dame, du temps de Charles VUl, était un certain Ambroise de Cambrai, homme singulièrement décrié, et non sans raison, car, entre autres gros péchés, il avait sur la conscience d'avoir fabriqué dans le temps une fausse bulle pour légitimer le mariage incestueux du comte d'Armagnac avec sa sœur'. Beaucoup d'universitaires, et notamment la Faculté de théologie, l'avaient en horreur. Son confrère de Sainte-Geneviève, enhardi par toutes ces raisons, essaya de prendre sur lui, en 1487, un de ces petits avantages qui, sous l'empire du régime coutumier, devenaient des précédents d'une grande importance, quand on était parvenu à réussir une fois. Il accéléra l'épreuve publique de son examen, de manière à élre en mesure de publier la liste des candidats reçus pour l'épreuve en chambre, lorsque Ambroise de Cambrai n'avait pas encore arrêté la sienne. Mais celui-ci se tenait sur
\ . Thomas Basin , Histoire des règnes ôe Charles VU et de Louis XI, t. II, p. 282.
ses gardes : il mit opposition à l'entreprise du chancelier de Sainte-Geneviève ; et comme l'autre parlait de soumettre le différend à la décision de l'Université, il l'assigna en parlement. L'intérêt lui donna pour auxiliaires plusieurs principaux de collèges, qui prévirent que, si un examen l'emportait sur l'autre, tout le monde voudrait naturellement se présenter au meilleur, et qu'ainsi ils n'auraient pas d'élèves les années où ce serait leur tour de les envoyer. à Notre-Dame. Etienne Bonet fut de cette opinion ; il s'adjoignit à la requête d'Ambroise de Cambrai, avec ses colièsues de Lisieux, de Bourgogne et de Justice. L'arrêt du parlement fut que les deux chanceliers feraient leur publication le même jour, conformément à l'usage établi de toute ancienneté \
Il y a encore deux actes importants qui signalent le passage d'Etienne Bonet à Sainte-Barbe.
Afin de perpétuer la reconnaissance à laquelle le collège était tenu envers ses fondateurs, il le greva d'une rente de cent sous à payer aux Cholets, pour que tous les ans, le 6 mai, un service solennel fût célébré dans la chapelle de cette maison en mémoire des deux frères Lenormant-. Le 6 mai n'était le jour du décès ni de l'un ni de l'autre. Une somme de cent livres et deux maisons situées dans la rue Saint-Martin, vis-à-vis de la fontaine Maubué, avaient été données par eux à l'église de la Madeleine^ afin d'y avoir leurs
L Manuscrit de la Bibliothèque de Sainte -Geneviève, H, 2o. ^ 2. Inventaire des litres de Sainte-Barbe, aux Archives de l'empire, S. 63oi bis; Obituaire des Cholets, ibid., M. 380.
3. L'église de la Madeleine en la Cité, dont il a été déjà question ci-dessus, p. 21 .
messes de bout de l'an, qui se disaient, pour Geoffroy le 30 juillet, et pour Jean, le 23 novembre'. Ainsi l'anniversaire fondé par Etienne Bonet fut destiné à rappeler non pas la mort de l'un d'eux, mais bien plutôt un fait notable de leur vie, et vraisemblablement un fait dans lequel Sainte-Baibe se trouvait intéressée. D'après ce raisonnement, ce n'est pas se livrer à une conjecture trop hardie que de voir dans le 6 mai la date du contrat par lequel les deux frères se rendirent acquéreurs de l'hôtel de Cbàlon en 1460.
En dernier lieu Etienne Bonet renonça à la propriété de son collège, soit par suite d'embarras financiers, soit par le désir de placer la maison sous le j)atronage d'un nom respecté. L'acquéreur fut en effet Jean Lemaistre, frère du défunt principal. 11 était avocat du roi au parlement; mais avant de siéger au parquet de la cour suprême, il avait été avocat de l'Université, par conséquent son suppôt, et il avait tenu à honneur de conserver cette modeste prérogative après son avancement\ Cela lui créait un certain litre à posséder notre collège ; il y a apparence qu'il en avait toujours eu le désir, s'étant ménagé une petite part d'intervention dans les affaires de Sainte- Barbe au moyen des maisons de la rue de Reims et de l'hôtel des Coulons, dont il avait retenu la propriété à' la mort de son frère. Le transport s'effectua le 19 septembre 1493'. Rien ne fut changé à la discipline inté-
1. Archives de l'Empire, L. 677, Nécrologe de la Grande confrérie de Paris, fol. 32 et 81.