‹ Histoire de Saint-Barbe (volume 2)Chapitre 44 sur 147 · Pascal, Provinciales, lettre · texte numérisé non relu

Pascal, Provinciales, lettre

et ses livres furent le fruit d'une ardeur qui ne se soutint pas au delà du collège ; de sorte que tout ce qui nous reste de lui fut composé à Sainte-Barbe.

Gui de Fontenay fut le frère puîné de Pierre de Fonlenav qu'on a vu appelé à la direction du collège après la mort d'Etienne Bonet. Ces Fontenay étaient fils du seigneur de la Tour de Vesvre en Berri, lieu célèbre par ses légendes, et dont le cbâteau passait pour le plus ancien de la province, à telles enseignes qu'une inscription gravée dans la grande salle du donjon lui donnait pour auteur unGondovald, frère d'Alaric roi des Visigotbs. 11 n'y eut pas beaucoup d'universitaires qui aient pu se dire sortis d'un aussi vieux manoir. Une autre particularité distingua nos genlilsbommes berrichons. Ils furent dix-sept enfants, tous vivants à la fois, et leur grand-père leur avait donné quatorze oncles ou tantes. Tout cela fit son chemin dans le monde. Cinq des garçons suivirent la profession des armes et payèrent bravement de leur personne à Fornoue, à Aignadel, à Marignan. Les autres s'abattirent sur les bénéfices et offices du Nivernais, sans préjudice de ce qu'ils purent se faire donner ailleurs. Gui, pour sa part, fut chanoine, puis doyen de la cathédrale de Nevers, dignité dans laquelle il mourut à un âge avancé'. Dès 1509 il régenta en grammaire dans noire collège, et fit imprimer pour ses élèves soit des éditions d'auteurs, soit d'autres ouvrages classiques d'un genre qui faisait alors compléteme^at défaut.

4 . Mémoire généalogique sur les Fontenay, au Cabinet des titres de la Bibliothèque impériale ; Épître de Lancelot Valois à Gui de Fontenay, en tète des Magna synonyma; Gallia christiana, t. XII, col. 664.

Les livres pour l'enseignement du latin étaient volumineux, coûteux, disparates. Le plus accrédité était le Doctrinal d' h\(ix^udre de Yilledieu, poëme didactique d'un moine du treizième siècle, très-versé dans la connaissance des règles, mais étranger au génie de la langue. Les littérateurs italiens qui vinrent en France du temps de Charles VUI, lorsqu'on leur montra ce livre, pâmèrent de rire rien qu'à la lecture du premier vers, où l'auteur déclare l'objet qu'il, se propose :

• Scribere clericulis paro doctrinale tenellis.

Leur gaieté fut redoublée par un inepte commentaire qui était devenu, dans les manuscrits et dans les premières éditions, l'accompagnement inséparable du texte. Bientôt les lettrés de l'Allemagne faisant chorus avec ceux de l'Italie, il n'y eut pas assez d'injures pour flétrir ces professeurs séculaires du latin de cuisine : merdosa scripta^ turpis Alexandri cloaca, Alexandri glossa cacabilis : tels furent les termes peu fleuris dans lesquels on parla du Doctrinal et de sa glose \

Nos régents de collège furent bien déconcertés en entendant traiter de la sorte leurs vieux classiques. Que voulait-on qu'ils missent à la place? Ceux que la nouveauté n'effarouchait pas acceptèrent de la main des étrangers les traités de Dati et de Laurent Valla, se noyèrent dans ces livres qui n'étaient ni élémentaires ni méthodiques, et finirent par chercher à fabriquer eux-mêmes les instruments qu'il convenait de

1. Elégie Fausti impresse Parisius pcr Feliccni Balligault , sans date ; Hermanni Buschii Pasiphili vallum humanitatis^ cap. viii. Erasme s'en moque aussi dans son Antibarbarurum .

DE SAINTE-BARBE. lOo

mettre dans les mains de la jeunesse. Il y eut une confusion générale et un débordement d'abrégés, de manuels, de répertoires, tous plus mal faits les uns que les autres, mais qui témoignent d'un désir sincère d'abandonner la routine.

C'est alors que Gui de Fontenay, âgé de dix-huit • ou dix-neuf ans, mit au jour son livre des synonymes usuels, à l'usage des commençants et de ceux qui se livraient déjà à la composition métrique ou oratoire\ L'ouvrage n'est que dé quatre ou cinq feuilles in-V ; mais sous un petit volume il contient une infinité de remarques. Les synonymes forment un glossaire d'équivalents latins placés à la suite de divers mots ou idiotismes français. Rien ne ressemble plus à ces cahiers d'expressions que font encore les élèves studieux. Par exemple :

(f Déceveur, pellax^ fallax^ deceptor, fra adule iitus^ dohsus, versipellis.

« Déshonneur, diffamîa, ddionestatio^ improperium, dedecus, opprobrium ^ indecor, ^ituperium.

« Aille la chose comme elle veuille, quoquo modo se res haheat.

« Ceci te sera utile, hoc magno tihi erit adjuniento, etc.

Viennent ensuite. des règles de grammaire ou remarques jetées sans ordre, sur les mots composés, sur les temps des verbes, sur les irrégularités de toutes les formations. Cela est suivi d'un glossaire d'épithètes,

\ . Guidonis de Fnntenayo Bituiicensis tum jtwenibuSy tum artis pnctice et oratorie dcgustatoribus quibuscis conrlucibilium opprime sjnonymorum et ad cnmmunem sernionem accominodatissiinorain liber ^ etc. Paris, sans date, avec la marque de Jean Petit.

annoncé comme d'un grand secours pour la versification'. Les épithètes sont appliquées aux substantifs qu'elles caractérisent, comme on a fait depuis dans le Gradus ad Parnassum. Ainsi :

M Abies, audax, apta fretis^ amnicola,antemnifera, casus visura marinas, enodis, flucdseca, levis, nautica^ poiitica^ procera, umbrosa, undisona, etc. »

Il y a encore des instructions sur le style épistolaire et une série de préceptes pour atteindre l'élégance et l'harmonie dans la composition des vers. C'est par là que l'ouvrage se termine.

Le plus petit livre, comme le plus gros, ne pouvait en ce temps-là se passer d'un patron. Guide Fontenay dédia le sien à ce Jean Saltrion, sur lequel nous nous sommes étendu précédemment^ Il ajouta à la fin une autre dédicace aux élèves de sa classe. Les sept premiers sont désignés par leurs noms. Ils s'appelaient Jean et Pierre Du Tillet, Barthélemi Salignon, Jean Rulle, Imbert de La Baume, Antoine Colombier et Adrien de Cbarri, Jean Du Tillet et Salignon fournirent pour l'épilogue quelques distiques de remercîment.

En 1517, au retour d'un long congé que Gui de Fontenay avait pris pour aller étudier le droit civil à Orléans, il donna une seconde édition de ses synonymes, édition revue et augmentée, dont il changea le titre en celui de Magna, s/nonyma^ . Les additions

1 . « Sequitur epithetorum varietas, sine cujus ornalu versus omnes inodori, injuciindi sunt, insuaves et prorsus aspernabiles.»

Page 1