Diogo Barbosa, Bibliotheca lusitana , t. I, p. ISO
3. A la fin du traité de Gelidius, De quinque universalihiis.
DE SAIME-BARBE. 431
AXDR. Imo te ut queant attingerc,
Deum precantur ; nam volentes ruribus Inserere amomum, seminarunt stei'cora, Quae adhuc manu tangi récusant, ni prius Crocos in hortis colligant, quos omnibus Dédit legendos prœpotens Valentia.
Subinde magni litterarum principes Tuleve morsus. Adde quod solum boni Habent Catones et protervos judices.
Ob id quid, oro, est quod timere debeas ? Loquaculos ne hujus, libelle^, feceris .
LIBER. Nihil laboro; laetus imo prodeo.
Antoine de Gouvéa, le plus jeune de la famille, a effacé la réputation de ses aînés. C'est l'un de ces rares esprits qui feront l'éternel ornement de la Renaissance. 11 ne fut envoyé à Paris qu'après ses autres frères, ayant été gardé longtemps par son grand-père, qui aurait voulu voir continuer par lui la gloire militaire de sa maison. 11 a dit lui-même que, dès que son oncle Jacques de Gouvéa l'eut fait boire à la coupe des Muses, il se sentil né pour un autre genre de chevalerie. Il fut en effet le chevalier errant de l'éloquence et de l'érudition. Sa vie se passa en voyages pour aller proposer le combat aux professeurs en renom. 11 resta vainqueur de tous ceux qui essayèrent de se mesurer avec lui. Bordeaux, Toulouse, Paris, Cahors, Valence, peuvent attester ses triomphes. Il n'attachait de prix qu'aux applaudissements des Français, mettant notre pays au-dessus de tous les autres, et convaincu qu'il devait à l'air qu'on y respire de s'être élevé au-dessus de ses compatrio-
tes. Il ne se consola jamais d'avoir été contraint de le déserter dans les derniers temps de sa vie*.
De Thou l'a mentionné dans son Histoire comme le seul à qui les doctes aient accordé la gloire si rare d'avoir été à la fois un grand philosophe, un grand jurisconsulte et un grand poète ^ Sa réputation en philosophie lui vint de la lutte qu'il soutint contre Rairius, et dont il sera parlé ci-après. Comme jurisconsulte, il est encore compté parmi ceux qui ont ouvert aux modernes l'intelligence du droit romain. La première fois que Cujas l'entendit expliquer le code, il fut sur le point de renoncer à l'enseignement, tant il sentit son infériorité. 11 ne se ravisa ensuite que parce qu'il reconnut que chez son redoutable rival la persévérance n'était pas la compagne du génie'.
Comme poète, Antoine de Gouvéa reçut les hommages de l'Europe entière. Le Prussien Knobeldorf l'atteste : il fut aux yeux de tous le maître des maîtres*. Marc-Antoine Muret lui soumit en tremblant son premier recueil, avec prière d'y introduire toutes les corrections qu'il jugerait convenables ^ Ses vers latins sont en effet d'une grâce achevée. Voici quelques
1 . Diogo Barbosa , Bihliotheca lusitana , t. I , p. 291 ; Bayle , Dictionnaire historique j Duboulay, Hist. Univ., t. VI, p. 920.