‹ Histoire de Saint-Barbe (volume 2)Chapitre 65 sur 147 · J52 HISTOIRE · texte numérisé non relu

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slruments , ils n'aboutirent qu'à une ébauche de réforme. Les élèves qui sortirent de leurs mains , non plus que ceux des deux ou trois générations subsé- (juentes, n'eurent le bonheur de s'abreuver à la source pure de l'antiquité.

Néanmoins le progrès était continuel; chaque année voyait tomber quelque chose de la rouille accumulée sur les esprits. A. l'avènement de François V% pas un rhétoricien n'aurait trouvé dignes de lui pour l'érudition et pour le style les écrits des auteurs les plus recommandés du siècle précédent. Plusieurs parmi les maîtres étaient sur le point de rivaliser avec les bons littérateurs de l'Italie et de l'Allemagne. Relevés par l'opinion de l'infériorité où ils avaient été tenus jusqu'alors à l'égard des professeurs de philosophie , ceux de grammaire et d'humanités ne se recrutaient plus que parmi l'élite des collèges. Entre 1 525 et 1 530, le but auquel on aspirait depuis si longtemps fut atteint : le véritable enseignement classique prit possession de toutes les chaires.

Mathurin Cordier, Strébée et Buchanan achevèrent à Sainte-Barbe cette heureuse transformation.

Ubicunique docebit Maturiniis Corderius , florebiint borne litterse. Cet exemple de la grammaire de Junius Babirius montre que le mérite de Cordier fut de ceux .([ui passent en proverbe*. Le seizième siècle ne se trompa pas dans son appréciation, s'il est vrai que les bonnes études dépendent delà façon dont les éléments ont été enseignés. Cordier fut l'idéal du piofesseur

\. De ncto orationis partiuin cnnstructione , cap. « De constructione adverbiorum. » Paris, 'lo34.

élémentaire. Il aimait l'enfance et savait se faire comprendre d'elle , parce que pendant de longues années il en avait étudié l'esprit avec la profondeur d'un pliilosoplie. Son principal effort fut d'apprendre à penser dans la langue dont on avait à faire usage. Il ne trouvait pas bonne l'obligation de parler latin imposée à tout le monde dans les collèges, car, pour les commençants, le seul moyen de s'y conformer était de travestir en latin les locutions de la langue vulgaire, et par là ils contractaient des habitudes vicieuses, auxquelles il leur devenait plus tard impossible de se soustraire. Il pensait aussi que, si les maîtres avaient pu faire leur exposition en français , ils auraient eu l'avantage de se faire mieux comprendre et de trouver soit des rapprochements , soit des contrastes plus propres à mettre en évidence le véritable génie du latin'. Quant à l'habitude de penser en latin , elle devait venir, suivant lui , par un commerce fréquent avec les auteurs et par la composition. Aussi donnat-il une grande importance à l'exercice du thème , appelant ainsi, non pas la traduction littérale d'une matière française en latin, mais le développement d'un sujet proposé. Il en dictait souvent, et après la dictée il lisait et commentait divers passages des bons auteurs ayant trait à la circonstance , afin que les enfants vissent dans quel cercle d'idées ils devaient se renfermer et par quels tours ils atteindraient la physionomie du style antique^

i . Maturini Cordcrii De corrvpti serinonis emendatione et latine loquendi rationc liber nni/s, Préface.

2. Avis du libraire en tête du livre intitulé, M. T. Ciceronis

Les préjugés qu'il avait à vaincre l'empêchèrent longtemps de donner à ses idées toute l'extension qu'il aurait voulu; mais il acquit plus d'assurance avec l'âge, et à la fin, ayant rompu les liens qui l'attachaient à l'Université , il fonda sa méthode d'enseii^nement sur l'étude simultanée du français et du latin. En 1528, il passa de Sainte-Barbe dans la Société de Navarre*; mais l'étude déjà théologie ne lui plut pas. 11 y renonça bientôt ^our allei", probablement à la sollicitation des Fontenay, enseigner dans un collège qui avait été institué récemment à Nevers.

Les poésies d'un Barbiste rappellent à plusieurs reprises que Cordier redressait le caractère et la conduite de ses élèves avec autant d'attention €[ue leur langage. Voici un distique sur ce sujet :

Gordatus linguae, morum vitœque magister, Gorderius censor crimina cuncta notat^.

Nous avons son oraison funèbre en une phrase de Théodore de Bèze, qui dit plus qu'un long discours : (( Fort bon personnage, de grande simplicité et fort songneux de son estât ; lequel a usé sa vie en enseignant les enfans tant à Paris qu'à Nevers, Bordeaux, Genève, Neufchastel, Lausanne, et finalement de rechef à Genève, où il est mort en l'aage de quatrevingt-cinq ans, instruisant la jeunesse en la sixième classe \ ))

cpistolarum familiarium libcj' sec undi(s , cum latina et galtica intcrpretatione . In-12. Paris, Mathieu Da^id, 4553.

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