‹ Histoire de Saint-Barbe (volume 2)Chapitre 73 sur 147 · Ci-dessus, p. io · texte numérisé non relu

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k. IS'ic. Antonius, Bibliotheca Hlspana, t. I, p. 533.

de son domestique Guillaume Postel, puisque le savoir de celui-ci contribua à la tournure que prit l'enseignement du maître. On lit dans la vie de Postel * qu'il se levait tous les jours avant quatre heures du matin pour traduire un morceau du commentaire de Thémistius sur Aristote. La version qii-'il avait faite devenait l'objet d'une conférence entre Gelida et lui ; l'un tirait la doctrine du sens littéral fourni par l'autre, et ainsi se formait la leçon professée en classe. Au début de l'étude des langues, plus d'un écolier fut ainsi le moniteur de son maître, parce qu'en l'absence des instruments de travail, l'avantage était à celui qui avait le plus de dispositions naturelles; mais la supériorité de Postel en ce genre dépassa tout ce qu'on avait jamais vu. Il était de ces esprits à part qui saisissent à première vue , sans le secours des méthodes , le mécanisme d'un idiome , et dans lesquels les vocabulaires les plus difficiles se gravent comme d'eux-mêmes, par l'effet d'une mémoire prodigieuse. Quelques mois après son entrée à Sainte- Barbe, rien que par la fréquentation des sujets espagnols et portugais , il possédait à fond les deux langues de la Péninsule. Le grec ne lui coûta pas davantage à apprendre, non plus que l'hébreu, dont, à en croire ses contemporains, il eut presque la révélation *.

i. Imprimée par D. IMarrier, Monasterii regalis Sancii Martini de Campis Parisiensis historia^ p. So8. Ajoutez Niceron , Mémoires, etc., t. VII. p. aOo ; Baillet, Enfants devenus célèbres, p. 443 ; Thevet, Hommes illustres, 1, VI.

2. ce Invento alphabeto (hebraico) ])errexit ipse per se ita volvere, revolvere et Iranscribere , ut eadem illa ipsa die qua audiverat de littera iod (sic enim tulerat occasio ut, qui prselege-

Fort admiré dans la maison à cause de celte aptitude étonnante, il ne l'était pas moins pour les aperçus pleins de profondeur qu'il avait en mathématiques et en philosophie. Les régents le signalaient au respect des élèves comme un futur Pic de LaMirandole. Lorsque Jacques de Gouvéa partit pour son voyage à la cour de Portugal, il lui offrit de l'emmener avec lui, se faisant fort de lui faire donner une chaire à Lisbonne avec quatre cents écus d'or d'appointements. Postel n'avait pris encore qu'une partie de ses grades : il répondit qu'il aimait mieux achever ses études, et ne pas s'exposer à mal enseigner ce qu'il ne possédait pas d'une manière assez complète : refus d'un bien grand désintéressement de la part d'un pauvre garçon qui jusqu'alors n'avait été au monde que pour y pâtir. Ses tribulations méritent d'être racontées pour l'instruction de nos adolescents, sous les pas desquels on s'étudie avec tant de sollicitude à aplanir tous les chemins, et qu'on croirait perdus s'ils avaient à sentir seulement l'apparence d'une privation.

Né sous le toit d'une famille indigente, dans un hameau de la basse Normandie, il quitta ses parents à l'âge de treize ans, comptant gagner, avec le peu qu'il savait déjà, de quoi satisfaire sa passion d'apprendre. Il allait par les villages, se proposant comme maître d'école, et on lui riait au nez. Il est enfin agréé dans la paroisse de Sagy, près Pontoise. Là il amasse un

ret, diceret iod esse litteram quae ita profertur apiul Hebiseos), antequam quidquam biberet coniederetve, sine ulliiis praeceptoris opéra, lectionem didicerit tam felicibus auspiciis, ut, grainmaticam postea nactus et psalmorum versioneni, ipse totam per se illius liriL'uae artem didicerit. » Kita Postel 11^ 1. c.

petit pécule qui lui permet de se mettre un jour en chemin pour Paris. Il tombe dans une bande de truands, que sa simplicité lui fait accepter pour compagnons. La vie en commun, lui disent-ils, est bien moins coûteuse dans les grandes villes. Il prend domicile avec eux; mais la première nuit, les filous décampent, emportant sa bourse et ses bardes. Le voilà réduit à la mendicité et à des privations qui le conduisent à l'hôpital. Guéri, il ne se voit pas d'autre ressource que d'aller glaner derrière les moissonneurs de la Beauce. La récolte était abondante; il gagne assez pour se remettre dans un état présentable et pour venir frapper à la porte de Sainte-Barbe, où il est reçu, on sait à quel titre. Il balaye, il décrotte, il se prive de sommeil, et lorsque la fortune se présente, il l'éconduit froidement comme une étrangère qui n'est pas la science, quand c'est du côté de la science que sont tournés tous ses vœux.

11 passa maître es arts à la fin du cours de Gelida, et se dégoûta d'Aristote dans le temps que Pierre Ramus commença à porter la main sur cette idole du moyen âge'. Cependant il ne fit point alliance avec Ramus, avant trouvé une diversion dans l'étude de la cosmographie. Il professa ensuite les mathématiques au Collège royal, puis accomplit ses voyages en Orient et par toute l'Europe, où sa raison succomba au travail incessant d'aborder et de creuser toute chose. Ce fut un grand dommage qu'un esprit à la fois si étendu et si profond, dont les élans suivaient ceux du cœur le plus chaleureux, et qui possédait, pour se produire au

i. Launoy, De varia Jhstotelis fortuna , p. 158.

dehors, le don d'une éloquence entraînante, ait manqué de suite et surtout de cette mesure qui relient la conception dans les limites du sens commun. On finit par l'enfermer comme fou, avec la tolérance de réunir autour de lui un auditoire, dans le prieuré de Saint- Martin des Champs, qui lui avait été assigné comme lieu de réclusion. Jusqu'à ses derniers moments il charma ceux qui allaient l'entendre. Sa gloire est dans l'enseignement des langues orientales, qu'il a créé, et aussi dans ces pai^oles par lesquelles il est désigné au commencement du plaidoyer d'Etienne Pasquier contre les jésuites: c Celui qui nous passe de tant en savoir comme nous les simples manœuvres*. »

Revenons aux conversions opérées en philosophie par le progrès des études littéraires.

Fernel accomplit la sienne dans le même temps que Gelida, et sans le secours de personne.

On a vu par ce qui précède assez d'exemples de l'universalité à laquelle aspiraient les savants de la Renaissance, pour n'être pas surpris de rencontrer ici l'un des noms les pkis illustres dans l'histoire de la médecine. Le créateur de la pathologie s'adonna d'abord à la philosophie et aux mathématiques avec autant d'ardeur que si sa vocation eût été là.

Jean Fernel était né à Montdidier, dans le diocèse d'Amiens, d'où vient le surnom ^ Amhianas qu'il se donne dans ses livres \ Il commença par être élève à Sainte-Barbe. Il y vint tard, pour compléter ou plutôt.

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