CHAPITRE XVIII
Déroute de la scolastique. — Gelida. — Poslel. — Fernel.
Lorsque l'étude du vrai latin fut devenue la base de l'instruction, le jargon scolastique n'eut plus qu'à descendre dans Vin-pace de l'oubli. Ceux qui lui donnèrerit l'absolution à Sainte- Barbe furent Gelida et Fernel.
Le premier de ces professeurs était un Espagnol venu de Valence , ainsi que Celaya. Il fut d'abord connu dans l'université sous le nom de Gelidius. Formé au célaisme par Ribeyro, il fit croire par ses débuts que jamais il ne professerait d'autre doctrine'. Mais il se distinguait du reste de ses compatriotes par des dispositions de critique et par ime mobilité toute française, qu'il s'avouait à lui-même au point de considérer déjà la France comme sa véritable patrie ^ La lecture des ouvrages de Lefèvre d'Etaples ne tarda pas à modifier sa manière de voir. Il comprit qu'au lieu de demander l'interprétation d'Aristote aux commentateurs du moyen âge, il valait mieux la cbercher dans Aristote lui-même ou dans ses disciples de l'an-
\ . Épitre dédicatoire du traité De fjuirxjiie iinwersalihus.
2. Vie de Gelida par Businus, en tète du recueil intitulé, Jnannis GclicLv, Falenti/ii, Bimligalcnsis ludi magistn, epistolx aliquot et carmina. In-4". La E.ochelle, -1571.
tiquité *. N'ayant qu'une faible teinture du grec, il se servit de son domestique, plus savant que lui dans cette langue, pour préparer des leçons où il parvint à s'interdire les écarts de l'école, sans toutefois en dépouiller toutes les mauvaises habitudes. Il publia à ce moment un traité des cinq universaux, qu'il dédia à Jacques de Gouvéa^ C'est à propos de ce livre qu'André de Gouvéa fit les vers qu'on a rapportés précédemment \ Ils montrent l'appréhension qu'on avait de voir s'élever contre l'auteur ceux dont il désertait le drapeau. Blâmé ou non, Gelidius voulut aller jusqu'au bout dans la voie où il s'était engagé. En terminant son cours, il confessa à ses élèves qu'il ne les avait pas instruits aussi bien qu'il aurait voulu, et qu'avant d'en entreprendre d'autres , il sentait le besoin de recommencer son instruction. 11 se retira en effet pour acquérir ce qui lui manquait de connaissances, et quand il reparut dans l'enseignement, ce fut avec son nom de Gelidius changé en Gelida, pour mieux marquer la métamorphose qui s'était opérée en lui. Le collège du cardinal Lemoine fut dès lors le théâtre de ses succès. C'est là que, lorsque les paroles de Louis Vives retentissaient dans l'Europe entière, il mérita d'être appelé par ce critique « l'Aristote de son temps \ »
On ne peut pas séparer du nom de Gelida celui