Diiboiilay, ///jf^. UiiU'., t. VI, p
tien, au sortir duquel Jacques de Gouvéa parut au réfectoire, tenant rEsjDagnol sous le bras. Il le fit asseoir à table à côté de lui et, le dîner fini, au lieu de donner le signal du cbàtiment, il prononça une allocution dont les apologistes de l'ordre ont assurément dénaturé le sens en la représentant comme un acte de contrition envers leur fondateur, ils vont jusqu'à dire que le principal se jeta aux pieds de son élè've et lui demanda pardon ^ Il n'y a pas un mot de tout cela dans le P. Gonzalez-, et le bon sens dit qu'il aurait été ridicule à Gouvéa. d'accueillir de la sorte une infraction faite à la discipline de son collège, et même à celle de l'Eglise. Tout ce qu'il put dire, c'est qu'Ignace de Loyola était un homme de sainte vie, qui s'était laissé aller à trop de zèle; qu'il avait obtenu de lui le serment de se comporter désormais avec plus de discrétion ; qu'il renouvelait en son nom le même engagement devant le collège, et qu'en conséquence, il lui faisait grâce de la peine prononcée contre lui.
Depuis ce moment saint Ignace demeura à Sainte- Barbe ; il s'y mit en pension chez son professeur, qui, d'après le marché passé entre eux, dut lui fournir une chambre, et pas autre chose que du pain et de l'eau pour sa nourriture. Un grand effort de volonté le délivra des distractions dont il avait été assailli jusquelà. Il se fit une loi de n'avoir plus de conversation pieuse jusqu'à ce qu'il eût obtenu ses grades. Pour la première fois depuis qu'il étudiait, il parvint à se loger quelque chose dans la mémoire.
i. Ribadeneii'a, cli. vn, n° 114 et Ha; Oilandini, 1. I, n°17I, 2. Cil. VII, n« 78.
Ses relations furent peu nombreuses. 11 n'eut que trois amis parmi les élèves du collège; encore se tint-il à distance de l'un d'eux, dont le naturel trop conforme au sien aurait pu lui causer des entraînements. C'était Simon Rodriguès d'Azevedo, l'un des pensionnaires du roi de Portugal , adolescent plein de ferveur religieuse et déjà tourmenté de l'idée d'aller à Jérusalem'. Quant aux deux autres, ils furent ses inséparables. Ils terminaient leur philosophie comme il commençait la sienne, et ils demeuraient en chambre avec lui, dans le corps de logis qui donnait sur la rue Saint-Sympliorien. L'un élait un austère et savant jeune homme des montagnes de la Savoie, qui apprit les langues anciennes en gardant les moutons, et resta berger jusqu'à vingt ans. 11 s'appelait Pierre Lefèvre^ L'autre était François Azpilqueta de Chabier ou Xavier, fils d'un gentilhomme navarrais, sujet d'une littérature ordinaire et d'une conduite fastueuse , mais qui , sous les dehors de la frivolité, laissait paraître une âme héroïque^
Lefèvre, sachant parfaitement le grec, remplissait auprès de Jean Penna le même office de préparateur que Postel avait rempli auprès de Gelida. Il fut pour Ignace un répétiteur plein d intelligence et d'assiduité. Avec une dévotion excessive, il avait beaucoup d'empire sur lui-même. Il lui suffit de savoir l'obligation à laquelle son élève s'était soumis, pour bannir soigneusement de leurs entretiens toute parole qui aurait pu les exalter l'un ou l'autre*. Quant à Xavier, il n'eut
i. Orlandini, Hist. soc. /est/, 1. I, n" 88.