‹ Histoire de Saint-Barbe (volume 2)Chapitre 92 sur 147 · D!iJ)oiilay, Hist. U/iiv., t. YI, p · texte numérisé non relu

D!iJ)oiilay, Hist. U/iiv., t. YI, p

pendant sa magistrature'. 11 en fit hommage à l'ambassadeur de Portugal , don Fernandès Riiy d'Alraada, navigateur distingué qui venait de pacifier par une heureuse négociation de graves différends survenus entre les deux couronnes. Ce grand personnage honorait de ses visites les Gouvéa et le collège, où il avait de nombreux protégés. De pauvres écoliers portugais ayant été chassés de Paris par la misère, il les y renvoya à ses frais, et constitua pour eux des bourses qui sajoutèrent au nombre de celles que soldait déjà le trésor royal. Pendant tout le temps qu'il resta à Paris, il fit en sorte que sa conduite fût l'expression des sentiments de son souverain à l'égard des lettres et des lettrés. On le vit un jour conduire lui-même en grande cérémonie un licencié portugais qui allait chercher le bonnet de docteur à Notre-Dame*.

Revenons à André de Gouvéa.

Son règne académique ayant été aussi paisible que celui de son successeur fut troublé, n'a pour ainsi dire pas laissé de traces dans les documents. On en peut dire autant de son principalat ; trois mots en résument l'histoire : tranquillité, prospérité, considération. Ce fut la continuation de l'œuvre de Jacques de Gouvéa par un homme qui était capable de la perfectionner encore. Jamais la discipline ne fut plus

1 . Pcrioche septem Uhrorum primorum mcthodi Galcni cum qitihusdam tum ah codem tiim aliis authoribiis tradiictis {ut vacant) receptionibus , per Aiitoniiini de Merr, medicum. In-16, Paris, 1534, avec une épître dédicatoire datée : « Exaedibus Barbaranis, noslri vero rectoratiis parisiensis mense tei'tio, »

2. Leitao Ferreira, Nntirias chronolos^icas da Unwrrsidade de Coinibra, n° 1 1S7,

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religieusement observée , ni le cadre du personnel enseignant mieux rempli. Avec Martial, Antoine et Jacques de Gouvéa le jeune, avec Teyve et Belliago, la constellation portugaise brillait de tout son éclat ; Strébée continuait à former les rliétoriciens ; par les soins du jeune principal l'un de ces cours extraordinaires où toutes les nouveautés pouvaient se produire échut à un maître qui occupait toutes les trompettes de la renommée ; nous voulons parler de Barthélemi Latomus.

Latomus ou Mauer ou Lemaçon, Luxembourgeois de naissance, était un ami d'Erasme et un représentant de la philosophie allemande. Formé aux universités des bords du l\hin, il ne connut jamais la scolastique que par le mépris qu'en faisaient ses maîtres'. A l'exemple de ceux-ci, les idées de Platon se mariaient chez lui à celles d'Aristote ; mais ses n^ditations avaient porté principalement sur la composition littéraire, et il était de ceux qui bornaient la dialectique à l'étude des procédés employés par les grands maîtres dans l'art d'écrire, .lean Sturm et lui apportèrent en France le traité de Rodolphe Agricola De inventione (lialectica , qui était le livre fondamental de cette doctrine. Us furent accueillis comme les apôtres de l'évangile dont Jacques Lefèvre n'avait été que le précurseur. Les théologiens eurent beau dénoncer comme un symptôme de pestilence l'abandon d'Aristote pour Agricola ", on s'attacha à la nouvelle dialectique avec un engouement sans pareil, et le terrain

\. Goujet, ^lémoires sur le collège royal, part. II, p. tlG. 2. Diihoulay, Hist. Univ., t. VI, p. 23'a.

de la philosophie fut envahi par la rhétorique. Cela occasionna en 1 534 une révolution dans la faculté des arts. Les professeurs d'humanités , et ceux de grammaire à leur suite, exigèrent qu'on les relevât de l'infériorité flétrissante où les statuts universitaires les avaient tenus jusqu'alors à l'égard de leurs collègues les philosophes. En effet, tandis cjue ceux-ci, après cinq ans d'exercice (c'est ce qu'on appelait le quinfjuennîum), pouvaient aspirer aux bénéfices que l'Eglise réservait aux lettrés, les régents des autres classes n'avaient de ressource pour leur vieillesse que de se mettre précepteurs dans les maisons riches ou de travailler dans les impi^meries. L'Université n'opposa pas de résistance. Elle inscrivit les grammairiens et les rhétoriciens parmi les candidats aux bénéfices, en déclarant que les choses qu'ils enseignaient devaient être réputées des arts libéraux au même titre que les diverses branches de la philosophie '.

Latomus marqua son entrée à Sainte -Barbe par l'impression d'un abrégé d'Agricola. Ce fut le cadeau qu'il offrit à André de Gouvéa pour le remercier de l'hospitalité qu'il recevait dans sa maison, et en même temps un instrument de travail pour hâter les progrès de ses élèves *. Ceux-ci furent très-nombreux ; on vint l'entendre de tous les collèges; peut-être comptat-il Ramus parmi ses auditeurs.

Pierre Ramus, domestique d'un gentilhomme qui étudiait au collège de Navarre, fit son cours de philo-

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