Tout ce qui suit est tiré du règlement d'André de Gouvéa
André de Gouvéa s'appliqua à mettre en pratique la doctrine des humanistes qui voulaient que les jeune;^ esprits fussent familiarisés avec les formes oratoires de la pensée, plutôt qu'exercés à la recherche de sa nature. Il réduisit à deux ans le cours de philosophie, qui était de trois à Paris, et il hannit des études littéraires tout exercice préparatoire sur la logique.
Il mit ensuite une sollicitude qu'on ne saurait trop louer à ce que tous les élèves de chaque classe profitassent des soins du professeur. C'est pourquoi il augmenta le nombre des classes dites de grammaire , en les portant de dix à douze, et il voulut que dans toutes les classes, particulièrement dans les basses, il y eût plusieurs sections où les élèves, répartis d'après leur force respective, seraient soumis à des exercices gradués. Cela se fit sans allonger le temps des éludes, des examens continuels ayant lieu dans le cours de l'année pour constater les progrès accomplis et faire passer à mesure les sujets d'une section ou d'une classe dans la section ou dans la classe supérieure.
Les classes, comme à Paris, étaient assimilées aux légions romaines, et ceux qui les composaient, désignés, ainsi qu'autrefois les légionnaires, par leur adjectif ordinal , depuis les jjr///ia/i(\ qui répondaient aux rhétoriciens actuels, jusqu'aux decuniajii ou commençants. Les deux classes ajoutées par Gouvéa formèrent des subdi\ isions de la septième et de la sixième: les élèves, selon qu'ils appartinrent à l'une ou à l'autre
imprimé à Bordeaux, sous le titre de : Scholn aquitanica (in-12), avec une préface d'Elic Vinet, datée de 1383.
subdivision, ajoutèrent à leur dénomination ordinale Fépilhète nuijores qw minores.
L'ordre et la propreté régnaient dans les salles destinées aux leçons. Les enfants ne se roulaient plus dans la poussière du carreau; ils étaient assis sur des escabeaux soigneusement alignés. La neuvième et la builiènie, incomparablement plus fréquentées que les autres classes, parce qu'on y donnait l'instruction élémentaire suffisante au plus grand nombre , étaient disposées en amphithéâtre, les escabeaux séparés en dix sections sur onze gradins successifs.
Trois fois par jour, selon l'ancien usage, le son de la cloche ramenait ies élèves devant leurs professeurs ; mais les heures étaient changées. La classe courte se tenait à midi, après le diner ; les deux classes de deux heures avaient lieu, le malin à huit heures, et le soir à trois.
La classe de midi était pour l'exposition des principes, celles du matin et du soir pour l'explication des auteurs. Tout cela se livrait à petite dose. A partir de la huitième, les élèves copiaient quelques lignes d'un auteur ou une règle du rudiment, qui devaient servir de texte à la leçon, et ce qu'ils avaient copié, ils étaient tenus de le savoir par cœur. L'un d'eux récitait le premier membre du passage transcrit, un autre en faisait la paraphrase en latin , un troisième traduisait mot à mot en français, et ainsi de suite. Le maître introduisait à mesure les remarques qu'il jugeait convenables, puis à la fin il se livrait à un genre d'interrogation on ne peut plus fructueux , retournant de toutes les façons la pensée de l'auteur expliqué, et demandant ce que l'expression serait devenue dans tel
OU lel cas. Les enfants apprenaient par là la propriété des ternies, en même temps qu'ils se familiarisaient avec les règles de la grammaire et les ressources de la syntaxe.
Quant au gothique procédé des disputes , il n'était plus guère maintenu que pour mémoire dans les classes de grammaire, une demi-heure seulement étant réservée après la classe du matin pour que les élèves, sans quitter leurs places, s'interrogeassent mutuellement sur ce qu'ils venaient d'entendre. Ce qui leur restait de temps, après l'accoitiplissement des devoirs de chaque jour, ils l'employaient à composer des thèmes ou des vers latins sur des Aiatières dictées par le maître, et ils en rapportaient des copies qui étaient corrigées publiquement.
Les classes du samedi étaient employées à la récitation générale de tout ce qu'on avait appris dans la semaine. Les disputes de ce jour-là étaient plus longues et établies sur un autre pied. Elles consistaient en un véritable examen que six élèves de chaque classe, à tour de rôle, subissaient de la part de six autres élèves de la classe supérieure : ainsi les primani étaient juges des secundani ^ les secundani des terliani, etc. L'épreuve portait sur des compositions écrites, dont le sujet était laissé au choix des auteurs. On en faisait des copies en gros caractères, que Ton attachait sur la devanture de chaque classe. Les examinateurs lisaient, faisaient tout haut leurs remarques, discutaient les objections de qui voulait leur en présenter, et classaient enfin dans l'ordre de mérite les six copies , dont les auteurs ne se faisaient connaître qu'après le jugement rendu.
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Celte parlicipalion de la jeunesse à l'enseignement n'existait qu'à partir de la huitième. Dans les deux classes inférieures le professeur faisait tout, sauf que celui des decumaui déléguait aux plus forts de ses triaires le soin d'apprendre leurs lettres aux nouveaux qui ne les savaient pas. Toute la partie du programme relative à l'instruction élémentaire fut écrite sous la dictée du bon Cordier, qui y fit passer la tendresse de son cœur pour le jeune âge. On y rencontre des détails charmants, comme par exemple la tolérance recommandée au maître s'il arrive que des bonshommes accompagnent les devoirs d'écriture dont il serait satisfait à d'autres égards : la raison est qu il faut prendre garde de mettre obstacle chez les enfants à la manifestation de la pensée.
Cicéron , Térence et le rudiment de Despautère étaient la base de l'enseignement du latin. En cinquième on commençait à composer des vers, et l'explication d'Ovide était ajoutée à celle des prosateurs. On n'abordait Virgile qu'en seconde, et Horace qu'en première. Les préceptes de la rhétorique étaient exposés dès la troisième. La ciasee de midi, en seconde et en première, était consacrée à l'étude de l'histoire d'après Justin et Tite-Live. il y avait en outre pour les prinmni des concours de déclamation qui avaient lieu le dimanche dans la grande salle, devant toutes les classes assemblées. C'est pour ces exercices que Buchanan écrivit ses tragédies de Saint Jean-Baptiste et d'Âlcesle, cette dernière traduite d'Euripide. Guérente et Muret, qui débuta à Bordeaux en- 1543, travaillèrent aussi pour le même répertoire. Ceux des élèves qui récitaient le mieux étaient choisis pour re-
présenter la pièce avec Tappareil théâtral, devant un public invité. Montaigne loue fort ce divertissement : il raconte qu il y était maître ouvrier pour l'assurance de son visage et la souplesse de sa voix'.
Cinq classes supérieures, dont l'accès était ouvert aux auditeurs du dehors, représentaient à la fois, au collège de Guyenne, le double cours de philosophie et les leçons extraordinaires de Sainte-Barbe.
C'étaient d'abord les deux années de philosophie, dont les élèves étaient distingués par les noms de dialectici et de physici. Les exercices y étaient réglés comme dans les classes de grammaire, sauf que les disputes duraient deux heures. Chaque année eut son professeur en titre, contrairement à l'usage de Paris, d'après lecjuel un seul régent était chargé de toute l'instruction philosophique d'une même promotion d'écoliers. Tant que Gouvéa resta principal à Bordeaux, la chaire de dialectique fut occupée par Nicolas de Grouchy. Ce savant fit imprimer un résumé de ses leçons, qu'Elie Vinet regardait comme le chef-d'œuvre du genre. C'étaient les Prseceptioues dialecticse^ livre que ne possède aucune de nos bibliothèques.
Deux autres chaires, une pour le grec et une pour les mathématiques, étaient établies dans des conditions tout à fait différentes. On y faisait tous les jours une leçon d'une heure, dans l'intervalle qui s'écoulait entre la classe de midi et celle du soir. Tous les élèves en grammaire, depuis la cinquième, étaient tenus de suivre le cours de grec. L'assistance à celui de mathématiques était obligatoire seulement pour les secuii-