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nom de leur berceau s'était attaché à leur personne. Ils étaient Sainte-Barbe.
Ce n'est pas qu'ils ignorassent que le nom de Sainte-Barbe n'avait été qu'un nom d'emprunt pour la Communauté. Ils avaient eu la confidence des tracas de Joseph Planche, poursuivi par la vraie Sainte- Barbe, la Sainte-Barbe propriétaire, pour acquitter les dettes que n'avaient pas payées les derniers supérieurs de la Sainte-Barbe locataire. Ils savaient cela dans un détail que les actes ne peuvent plus nous apprendre; mais ils savaient aussi dans quel profond oubli la Révolution avait enseveli toutes les choses , même celles de la veille. Comme Sainte-Barbe, collège, et Sainte-Barbe, communauté, avaient toujours été confondus par le public, et qu'ils s'étaient adjugé le profit de cette erreur, c'était pour eux un chagrin mortel d'entendre un nouveau public dire toujours Sainte- Barbe, et jamais le Collège des Sciences et des A.rts, lorsqu'il s'agissait de l'établissement de M. deLanneau. C'est pourquoi, grossissant leur nombre de ceux.de leurs condisciples du Plessis avec qui ils étaient restés unis d'amitié, ils préparèrent une manifestation pour le 4 décembre 1800.
Avant la Révolution, les anciens élèves de la Communauté présents à Paris avaient coutume de se réunir le jour de sainte Barbe, pour dîner ensemble, soit à Sainte-Barbe même, soit à la maison de Gentilly. Ils se soumettaient à l'ordinaire des écoliers, lesquels étaient régalés ce jonr-là de dindon rôti, de salade aux betteraves et de pommes cuites. Des vers latins ou français complétaient le menu. On chantait la gloire du collège, et l'on s'égayait par les souvenirs.
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(^est cette fête de famille, interrompue depuis dix ans, que les rédacteurs des Débats eurent l'idée de rétablir, mais hors des murs de Sainte- Barbe. Ils firent scMiblant d'ignorer qu'il y eût encore une Sainte- Barbe, que le dindon traditionnel y fumât de nouveau au dîner du 4 décembre, et que les anciens, à qui il plaisait de renouer une habitude de leur jeunesse, eussent leur couvert mis ce jour-là, non pas à la table des élèves, mais à celle du maître. Les personnes dont il s'agit n'avaient qu'un dessein, constater le décès sans résurrection de la célèbre Sainte-Barbe, et avertir le public que, de cette maison, il ne restait plus (jue des fils désolés et dispersés.
Le festin eut lieu chez un restaurateur, qui servit du dindon et autre ohose que du dindon, car la compagnie comptait dans son sein plusieurs des belles fourchettes de l'époque. Lemaire, qui était des invités, lut une allocution en vers latins, charmants, comme il savait les faire. C'était une imitalion du discours d'Enée dans le troisième livre de l'Enéide. La péroraison fut le serment de renouveler, chaque année, la même cérémonie*. Les jours suivants, des articles écrits dans le sens que nous indiquions tout à l'heure furent servis aux lecteurs de plusieurs journaux^
Loin de souffrir du désaveu implicite qui lui avait été infligé par le silence observé à son égard, la nou-
\. Vers récités par N.-E. Lemaire, ancien maître de Sainte-, Bai'be, à la réunion des anciens élèves de cette maison le iS frimaire, an IX (4 décembre 1800), 4 pages in-8.
iî. Journal des Débats du 15 frimaire an IX; Décade philosophique de Tan IX, deuxième trimestre, p. 243.
velle Sainte-Barbe ne fit que croître et multiplier; et comme l'appel de Lemaire resta longtemps sans avoir de suite, elle put croire que son prodigieux succès avait désarmé la prévention. Elle goûtait donc tranquillement les fruits de la considération publique, lorsque le récit d'un nouveau banquet lui dévoila, en 1807, tout un plan de campagne dirigé contre sa fortune et contre sa réputation. Cette fois, l'attaque cessa d'être indirecte. Voici par quelles circonstances elle fut amenée :
Parmi ceux qui fréquentaieiit la société des Débats, l'un des plus assidus était Joseph Planche. Ce vieux -barbiste d'avant la Révolution , que nous avons vu se lancer dans la vie politique après la chute de Robespierre', s'en était retiré depliis le 13 vendémiaire, qui lui causa du désagrément, car il commandait ce jour-là l'une des compagnies de la garde nationale, qui furent si rudement, menées par le général Bonaparte. Planche travailla à se faire oublier, en reprenant son ancien métier d'instituteur, qu'il exerça sans bruit; puis, en l'an VII, il se fit inscrire parmi les citoyens tenant pension de jeunes gens à Paris, Son établissement était situé rue Neuve-Sainte-Geneviève; il acquit assez d'importance pour être porté, en 1803, au nombre des Ecoles secondaires. On dit qu'il contenait alors une soixantaine d'élèves. Il y avait de l'argent à gagi.er avec cela ; mais le chef, trop étranger aux choses de ce monde pour être un administrateur diligent, ne sut pas profiter de la veine. Loin
de là : ses affaires prirent une si triste tournure, qu'il