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DE sainte-Barbe. 79
s'estima Irès-lieureux d'accepter une place de professeur, qui lui fut "Gfrerte en 1806 au lycée Napoléon. 11 céda son établissement à un autie barbiste de la ci-devant Communauté, M. Parmentier, homme plus entendu que lui aux calculs, qui l'avait s(;condé jusqu'alors dans sa direction. Celui-ci, pour son début, transporta l'École secondaire de la rue ISeuve- Sainte- Geneviève dans la rue des Postes, au lieu où est aujourd'hui le collège Rollin.
M. Parmentier n'était pas seul. Il s'appelait légion; il menait à sa suite toute la compagnie des dissidents hostiles à la Sainte-Barbe de Lanneau, ou- pour parler plus juste, il était l'instrument de ceux-ci. Ces messieurs l'avaient élu pour endosser leurs exploits, pour être le fondateur d'une autre Sainte-Barbe, une vraie Sainte-Barbe, qui serait dirigée avec leur concours et sous leur inspection. Tout d'abord, ils donnèrent à M. Parmentier un conseil de douze personnes, prises parmi ceux de leurs amis qui s'entendaient le mieux à l'enseignement. Ce conseil devait se réunir tous les mois, pour donner son avis sur la marche des études et sur les améliorations à y introduire, ils l'appelèrent le sénat. MM. de Wailly, Plancbe, Lemaire en firent partie. Quant aux autres soins de la direction, ils furent partagés entre M. Parmentier et un certain abbé Lingois, docteur de l'ex-Sorbonne, jadis intime ami de l'abbé Baduel.
L'abbé Lingois, disait-on, était «l'un des hommes qui avaient le plus réfléchi sur l'éducation. >j C'était le professeur universel. Il entendait également bien la philosophie, les mathématiques et l'art du langage. Il était l'auteur d'un traité de géométrie. Comme gram-
mairien, il avait fait un rudiment qui détrônait celui de Lbomond. 11 doit aux mêmes amis, qui l'ont si bien traité en son vivant, d'avoir son article dans la Biographie universelle^. Là on raconte, comme un trait digne d'être recueilli par la postérité, que le jour du supplice de Louis XVF, l'abbé Lingois commençant sa classe, dit à ses élèves : « Mes enfants, il s'est passé aujourd'biii un événement dont, tout jeunes que vous êtes, vous ne verrez pas là fin. » En revancbe, on a oublié de dire que ce grand pédagogiste avait proposé de retrancber, des exercices auxquels on soumet l'enfance, la culture de la mémoire'; que ce docteur imperturbable au milieu des convulsions politiques prêta serment à la constitution civile du clergé, et qu'il consentit à prendre la direction du Plessis, lorsqu'on en dépouilla l'abbé Bertrand-Dupuy. Mais il s'était amendé depuis lors, et, par son repentir, il mérita un commandement dans l'armée qu'on organisait contre M. de Lanneau.
La marcbe de l'affaire fut extrêmement ténébreuse. Beaucoup de choses se firent en petit comité, et à l'insu de la plupart de ceux dont on s'était procuré les noms pour faire du bruit aux oreilles du public.
Le 4 décembre 1 807 eut lieu le grand banquet de la vieille Sainte-Barbe. Il réunit onze personnes! Comme MM. Parmentier et Lingois y assistaient, il devient manifeste par ce chiffre qu'on n'était pas même parvenu à obtenir la présence de tout le sénat; et voilà ce qu'était l'unanimité dont on ne tarda pas à se
\ . Dans le supplément, t. LXXI.
"i. Bihliotheca dussica lalina de Leinaiie, JpueiuUx, p. 86, note.
prévaloir, quand on annonça l'établissement de la rue des Postes en le représentant comme le résultat d'une association de tous les anciens barbistes, comme une inspiration née des regrets universels dont la chère Communauté était l'objet.
La ténue des convives fui, dit-on, pleine de réserve. Ils burent à la prospérité de la future entreprise, dont ils ne découvrirent entre eux que les côtés légitimes, sans mêler aucun propos offensant pour la maison rivale. Lemaire lut encore des vers latins, qui demandent qu'on s'y arrête à cause du parti qu'on en tira plus tard.
La facture est exquise, mais la composition est embarrassée; elle sent la contrainte. L'ancien -barbiste le prend d'abord sur un ton pompeusement comique. Il s'adresse à ses collègues, les membres du sénat :
Salvete, o socii veteres, venerabile salve Concilium, patres duodeni alterque senatus, Quos de Phœbeis puerorum rébus agentes . Menstrua luaa videt : tandem solemnia nostrae Sedibus incertis celebramus festa patronae.
Puis vient une tirade à la louange de l'abbé Lingois, qui représente, dit le poète, les trois grâces de l'École, la Logique, la Géométrie et la Grammaire, qui a réduit la simplicité de Lhomond à confesser humblement sa défaite :
Quem repetit logice, quo se geometria jactat, Quem sibi grammatice doctoreni vindicat : illura Très etenim hse charités sibi quaeque adnectere certant ;
Sed nunc srammatice tenet hune felicior omnem.
Parluriit methodum quae cuncta obstacula solvit, ni 6
Quae caligantes syntaxis discutlt umbras, Qua puer it rapide per prima elementa volatu.... Se Victum erubuit simplex Lhomundus, et ictu Lsesa novo rursum Tricoti* expalluit umbra.
C'est ensuite le tour de M. de Waiily, le traducteur d'Horace, alors proviseur du lycée Napoléon, dont l'un des fils, M. Alfred de Waiily, après avoir dirigé à son tour le même établissement et rempli les fonctions d'inspecteur général de l'Université, est aujourd'hui recteur de l'importante académie de Bordeaux. Lemaiie félicite M. de Waiily des trente prix que son lycée a obtenus au dernier concours général : en quoi il rendait un hommage indirect à notre Sainte- Barbe, qui avait la plus grosse part dans cette moisson de trente prix.
Mais le dindon traditionnel apparaît sur la table. Honneur à l'oiseau sacré des barbistes, harhicolis aies sancùssima ! Puis un développement sur cette pensée, d'où l'auteur s'éloigne bientôt par une boutade d'un goût douteux, que lui a inspirée la présence à Paris du docteur Gall : « Qu'on porte au docteur le crâne de l'oiseau, pour qu'il y cherche la bosse où se sont formées toutes les sottises dont le» Parisiens font leurs délices, et les âneries de la grammaire de Domergue, et les calembours de Brunet, et les traits soi-disant comiques de V Homme aux trois uisages^. Mais non, M, Gall a quelque chose de plus sérieux à faire. S'il est venu en France, c'est certainement pour étudier le crâne des Français. Il veut trouver dans la confor-
i. Tricot était l'auteur de la grammaire qui fut détrônée par le rudiment de Lhomond.