‹ Histoire de Saint-BarbeChapitre 28 sur 110 · Journal de Paris du 2ît août · texte numérisé non relu

Journal de Paris du 2ît août

C'est par l'oraison funèbre que l'évéque de Casai fut disposé si favorablement envers Sainte-Barbe. 11 s'y rendit sans se faire prier, sur l'invitation que lui transmit un ami de la maison, autrefois prédicateur de Louis XVI. A son arrivée au Collège, il fut barangué en latin par deux élèves nouvellement sortis de rbétorique, dont l'un était Yatout. Le prélat prit plaisir aux paroles de ces jeunes gens , et encore plus à la façon dont l'office fut accompli sous ses yeux.

Il est bon de dire qu'à l'égard des cérémonies de l'Église, le directeur de la nouvelle Sainte-Batbe fut un peu comme son devancier et son compatriote, le bon principal Simon Menassier. La pompe lui plaisait. Il régla en conséquence l'ordre de sa cbapelle.

Un vertueux et respectable prêtre de l'ancien séminaire de Saint-Nicolas, queHenriot avait arraché aux mains des massacreurs pendant les journées de septembre, fut investi des fonctions d'aumônier. C'était l'abbé Desmoulins, qui resta fidèle à Sainte-Barbe jusqu'à la fin de sa vie. Afin de ménager sa santé, affaiblie par l'émotion du carnage où il avait man((ué de périr, on lui fit donner de l'aide d'abord par un ecclésiastique de la cathédrale, puis par des prêtres de la paroisse.

Deux jeunes clercs, employés pour le service de diacre et de sous-diacre, furent autorisés à faire dans la maison les études qui devaient leur ouvrir le séminaire. En outre, des élèves externes, auxquels Sainte- Barbe donnait gratuitement l'instruction, formèrent autour de l'autel une troupe nombreuse d'acolytes, ou bien fournirent des voix au lutrin. Le chœur fut établi dans les règles. Il y eut des chantres, un orga-

dOO HISTOIRE

iiiste, un maître de chapelle. L'organiste n'était rien moins que le célèbre Miroir, de l'église Saint-Eustache, et le nom du maître de chapelle, M. Doineau, est connu de tous ceux qui savent comment la musique religieuse ressuscita en France au commencement de ce siècle.

Dans l'office, chanté tous les dimanches en plainchant ou en faux-bourdon, selon la solennité du jour, étaient intercalés des morceaux de musique, dont M. Doineau avait dirigé l'étude. Pour les plus grandes fêtes, la messe tout entière était exécutée en musique et à grand orchestre.

Tel fut l'exercice du culte à Sainte-Barbe du temps de l'Empire. Notons encore que la maison eut un prédicateur en titre et un livre d'office à son usage.

Le livre était intitulé : Manuel chrétien des éludiants. Il contenait l'explication des cérémonies de l'Eglise, et des notions sur mille choses relatives à la religion, dont les jeunes gens de ce temps-là n'avaient pas pu être instruits dans leur enfance. M. deLanrieau suggéra l'idée de cet ouvrage, qui parut en \ 805, et le mit entre les mains de ses élèves pour qu'il leur servît à la messe de préservatif contre les distractions.

L'abbé Siret, vicaire à Saint-Merry^puis curé de Saint-Séverin, fut le prédicateur dont le Collège entendit la parole pendant près de vingt ans. C'est lui qui prononça l'oraison funèbre du cardinal de Belloy. Prêtre austère, réputé janséniste, il avait dans le directeur de Sainte-Barbe une telle confiance , qii il prit l'habitude de concerter avec lui le sujet de ses instructions. D'innombrables lettres, écrites par M. de Lanneau à cette occasion, restèrent longtemps entre

les mains de M. Siret, qui les gardait comme un dépôt précieux. Elles fournirent à ce vénérable ecclésiastique des armes pour la défense de celui que l'esprit de parti se plut à dépeindre, dans un moment, comme un apôtre de l'impiété. Plusieurs personnes croient entendre encore l'abbé Siret, parlant trèshaut et partout de cette correspondance, pour laquelle il n'avait pas assez d'admiration, et menaçant de la faire imprimer à la honte des accusateurs de M. de Lanneau. Mais nous n'en sommes encore qu'à l'an 1810. Ne nous engageons point dans le récit d'une persécution que personne alors ne pouvait prévoir.

Les quelques barbistes qui avaient transporté, sous le commandement de Maugras, le théâtre de leurs exploits au lycée Impérial , furent rejoints par leurs condisciples de toutes les autres classes en 1811, de sorte que les rapports cessèrent entièrement avec le lycée Napoléon. Cette scission fut jugée si nécessaire que, pendant que M. de Lanneau travaillait à l'opérer, elle fut prescrite par le grand-maître de l'Université lui-même.

I^a compétition du titre de Sainte-Barbe avait produit sur les enfants une émotion qu'empêcha d'abord de se calmer leur rencontre de tous les jours avec les élèves de M. Parmentier, car l'institution Parmentier suivait aussi le lycée Napoléon. M. Parmentier, homme pacifique et digne instituteur, avait été, nous l'avons dit déjà, l'instrument et non l'auteur du complot de 1 807. 11 s'employa de tout son pouvoir à prévenir les effets d'une situation difficile. La paix ne se rétablit pas par ses efforts, parce qu'il restait la circonstance, devenue de notoriété publique, que deux

professeurs et le proviseur du lycée Napoléon faisaient partie àusénat de la rue des Postes. Dès lors les élèves de M. de Lanneau virent partout de la parlialilé. Ils avaient tort sans doule, mais ces messieurs n'avaient pas non plus raison de conserver encore, après ce qui s'était passé, leur patronage sur la maison de M. Parmentier. Vainement ils alléguaient les exemples fournis par l'ancienne Université. Ce qui avait élé tout naturel, avant la Révolution, entre le Plessis et la Communauté de Sainte-Barbe, ne l'était plus, sous -le nouveau régime, entre un lycée, établissement de l'Etat, etune institution, établissement particulier, fréquentant le même lycée. IN'y avait-il pas d'ailleurs la circonstance aggravante que l'institution s'était déclarée l'ennemie d'une autre institution habituée aux mêmes classes ?

M. de Lanneau craignant de blesser M. de Wailly s'il proposait le divorce, la rivalité ne fit que s'aigrir. Elle divisa bientôt la jeunesse du lycée en deux camps, et tout devint une occasion de rixe. Dans une mêlée qui eut lieu à l'entrée de la classe, le 1 8 décembre 1 808, un barbiste tomba évanoui d'un mauvais coup que lui poita un lycéen. Qu'on juge de l'esclandre qui suivit! L'élève blessé était le neveu, d'autres disent le fils du grand-maître de ^Université^

Un mot sur ce jeune homme, dont la courte existence a été un vrai roman. Il avait nom Saint- Marcellin. 11 fut le plus singulier mélange d'esprit, de valeur héroïque et de fatuité. Après avoir versé son sang à profusion dans les dernières guerres de

■1. Biographie universelle de Michaud, t. LXXX, p. 357,

l'Empire , il fit des prouesses dignes d'un paladin pour les Bourbons, auxquels il resta attaché depuis 1814. Il a cultivé la littérature avec un certain succès et écrit des livrets d'opéras-coraiqucs (celui de fVallace entre autres), dont le nombre n'est surpassé que par celui de ses duels. Il périt de la main d'un duelliste de profession, qu'il avait gratuitement provoqué. Ramené mourant dans sa famille au milieu des apprêts d'un bal, il dit à M. de Fontanes, qui lui demandait le nom de son meurtrier : « C'est un homme qui lire bien. » Avec ses manières aggressives, il est probable qu'il avait poussé à bout celui de qui il reçut sa piemière blessure; mais entre condisciples on ne doit pas s'assommer.

La douleur de M. de Wailly et les mesures énergiques qui furent prises pour couper court à toute manifestation hostile firent fermer les yeux sur ce qui s'était passé. La paix sembla scellée entre les écoliers par l'accident de Saint-Marcellin ; mais bientôt les ombrages recommencèrent à l'occasion des professeurs du sénat. De nouvelles plaintes furent porlées par le directeur de Sainte- Barbe : le proviseur du lycée Napoléon ne les reçut pas bien ; l'amitié que deux hommes honorables avaient toujours professée J'un pour l'autre s'altéra sensiblement.

Sur ces entrefaites parut l'arrêté qui forçait tous les chefs d'institution et maîtres de pension d'envoyer, dans le délai d'un mois, leurs élèves aux classes des lycées (10 novembre 1810). Celles de Napoléon gagnèrent à cela bon nombre de nouveaux trouble-fêtes, particulièrement les élèves de l'abbé Liautard, qui, malgré leur origine tant soit peu barbiste , se présentèrent en

ennemis déclarés non-seulement des Lanneau, mais encore des Parmentier. Nous aurons à revenir sur Tabbé Liaulard et sur son institution : qu'il suffise de dire ici que le lycée devint un enfer, et que M. de Lanneau prit enfin le parti de la séparation. 11 profita de ce qu'un supplément d'élèves, qu'il se proposait de fournir au lycée, avait été désigné pour le lycée Impérial, à cause de l'encombrement des classes à Napoléon. 11 représenta qu'il serait trop incommode pour lui d'avoir à faire conduire les élèves d'une même classe, ceux-ci au lycée Napoléon, ceux-là au lycée Impérial. Les barbistes, moins les mathématiciens, furent donc attachés au lycée Impérial à partir du l*"^ janvier 181 1 .

Les mathématiciens furent laissés à Napoléon parce que les cours y passaient pour plus forts qu'au lycée Impérial. C'était un fait reconnu des élèves eux-mêmes, qui néanmoins avaient en aversion le professeur de spéciales, M. Dinet, l'un des barbistes chagrins du temps jadis , l'un des membres du sénat de la rue des Postes. Il n'en fallut pas davantage pour entretenir l'effervescence dans ce coin du lycée, tandis que l'animosité se déchaîna de plus belle entre les pensionnats continuant a fréquenter les classes de latin. L'institution Liautard et l'institution Parmentier se montrèrent surtout hostiles l'une à l'autre. L'année s'écoula tout entière dans le trouble, ainsi qu'elle avait commencé. Le grand-maître de l'Université dut aviser à un remède. D'après les rapports des inspecteurs, il importait que pas un seul des élèves de M. de Lanneau ni un seul de M. Parmentier ne restassent au lycée Napoléon. On ne voyait pas d'ailleurs d'inconvénient à ce que les deux institutions, retirées du lieu de

leurs anciennes querelles, se trouvassent de nouveau côte à côte sur les mêmes bancs. De là une décision, nolifiéeà la rentrée des classes de 1811 ', pour que la totalité des barbistes et des Parmentier suivissent désormais les classes du lycée Impérial. On s'en remit avec raison, pour le succès des premières rencontres, à M. de Sermand, qui venait d'être nommé à la place de M. Champagne. C'était une main de fer. Malheur à qui eût donné le signal ou partagé l'entraînement du désordre sous ce redoutable proviseur. Appelé avec la mission d'assujettir le lycée à la discipline d'un régiment, le jour de son installation il prononça d'une voix forle et dure léloee de la sévérité. Son administration ne cessa pas un seul instant d'être la mise en pratique de cette doctrine. Les rancunes enfantines, contenues par une crainte salutaire, se convertirent en émulation , et ce fut un plaisir de voir, aux distributions de prix, l'institution de la rue de Reims et celle de la rue des Postes se disputer les récompenses.

L'époque où nous sommes arrivés peut passer pour celle de la plus grande splendeur que la maison ait acquise sous la direction de M. de Lanneau. Elle regorgeait d habitants, et chaque rentrée surpassait par le nombre des nouveau-venus celle qui l'avait précédée. Sainte-Barbe exerçait une véritable attraction. Deux divisions réparties dans son grand quadrilatère étant devenues insuffisantes pour contenir plus de quatre cents pensionnaires, une division de plus fut formée en faveur du jeune âge. Elle prit domicile en

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