‹ Histoire de Saint-BarbeChapitre 64 sur 110 · Arrêté du 1«' avril · texte numérisé non relu

Arrêté du 1«' avril

une agitation qui passa des collèges royaux, où elle se manifesta d'abord, dans presque toutes les maisons d'éducation. La M/ne/ve h\t accusée d'asoir mis le feu aux poudres.

Celte revue, rédigée presque uniquement par des académiciens et très-influenle, avait ouvert une souscription pour l'établissement du Champ dasile^ que des réfugiés français, se proposaient de fonder au Texas. Les écoliers, comme bons libéraux, voulurent apporter aussi leur offrande. Une collecte, qui s'était organisée à Henri IV, fut arrêtée par la vigilance du proviseur. Les élèves de Louis-le-Grand eurent plus d'adresse. Ils recueillirent entre eux une somme de 183 francs, et la portèrent au journal, qui rannonça\ Le proviseur, désespéré, ordonna une enquête. Le trouble était ainsi à l'avant et à l'arrière de Sainte- Barbe; elle en fut gagnée.

Le 7 janvier, les plus petits du Grand-collège se barricadèrent dans leur classe. Ils déchirèrent leurs cahiers, renversèrent leur encre, ijrisèrent leurs pupitres, et pour que la révolte fût dans toutes les règles, ils publièrent un manifeste où ils juraient de vivre et de mourir libéraux. Sommés de se rendre, ils refusèrent d'abord ; mais ils n'avaient pas le moyen de tenir plus d'un jour. Au bout de ce temps, une capitulation s'établit, et la conséquence fut encore l'expulsion des meneurs.

Cependant les choses allaient très-mal à Louis-le- Grand. Aux mécontents politiques s'était jointe la presque totalité du Collège royal, outrée de ce qu'on

\. La Minerve de 1819, t. IV, p. 493.

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n'avait pas eu le congé habituel de trois jours pour le nouvel an. Toutes les colères se tournèrent alors contre un surveillant qui passait pour affilié aux Jésuites. On complota de le jeter par la fenêtre. Heureusement on n'alla pas si loin, mais il y eut de tels désordres le 15 et le 17 janvier, que la Commission de l'Instruction publique fît ferojer le collège. L'arrêté fut placardé sur la grande porte de la rue Saint-Jacques. Les passants purent le lire; bientôt la nouvelle fut portée par toute la ville \

L'interdit fut levé au bout de deux jours, après qu'on eut fait un grand nombre de victimes. Vu la gravité des circonstances, l'Université enjoignit à tous les maîtres de pension et chefs d'institution de conduire eux-mêmes leurs élèves au collège, et de présider, sous leur responsabilité, à l'entrée ainsi qu'à la sortie des classes.

Si cette précaution empêcha les externes de participer à la révolte, elle n'étouffa pas le feu mal éteint qui couvait à l'intérieur. Un nouvel éclat ne put être réprimé que par la retraite du proviseur ^ C'était M. Taillefer, qui fut élevé à la dignité d'inspecteur d'Académie.

La paix rétablie à Louis-le-Grand, les élèves de l'École de droit la troublèrent à leur tour. Nous n'avons pas à parler de celte nouvelle agitation, qui eut des causes plus sérieuses, et qui jeta l'émeute dans la rue ; mais nous ne pouvons passer sous silence que Sainte- Barbe, toujours sensible aux iiD pressions du dehors,

d. Journal de Paris, n° du 19 janvier 1819. 2. Constitutionnel du 2 février 1819.

fut entraînée en ce moment à ourdir un nouveau complot. Celte fois, les conspirateurs furent les élèves de seconde. La classe se barricada, suivant l'usage. Elle fut réduite par le moyen ingénieux dont se servit le marécbalLobau lors de l'émeute de la place Vendôme, en 1 836. M. de Lanneau envoya cbercber les pompiers. Une pompe à incendie, dirigée sur les mutins par un trou percé dans le plafond, les fit passer de la colère au fou rire. Ils se soumirent quand ils virent qu'ils ne pouvaient plus garder leur sérieux.

Les deux affaires de 1819 passèrent inaperçues au milieu de la perturbation générale à laquelle l'autorité universitaire eut à porter remède. Il n'en fut pas de même d'une autre révolte qui eut lieu au commencement de 1820. Celle-ci vint seule en son moment, qui fut celui de l'effervescence produite dans l'opinion par les premières nouvelles de la révolution d'Espagne; elle fut très-remarquée.

Nos barbistes de troisième traitaient de tyran un maître d'études jugé irréprocbable par la Direction. Un élève ayant été renvoyé sur les plaintes de ce maître, les autres écrivirent au Directeur qu'ils voulaient être rendus à leur famille, si la mesure prise contre l'un d'eux n'était pas immédiatement révoquée; et ils eurent l'insolence de demander réponse à une pareille lettre. La réponse ne venant point, ils se barricadèrent. Us firent plus. Us démolirent une cloison, afin de réunir deux salles ensemble, et de se procurer plus d'espace dans leurs retrancbements.

M. de Lanneau n'avait jamais vu l'insubordination s'en prendre à son autorité. Le cas lui parut assez grave pour rendre nécessaire l'emploi des plus grands

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moyens. Il fit venir les pompiers armés de la sape, ordonna de percer une épaisse muraille, et entra le premier par la brèche. Le même accident qu'il avait éprouvé en 1815 se reproduisit, mais avec plus de gravité.

Comme il se présentait, une pièce de bois poussée avec violence l'atteignit à la jambe ; il tomba. Le coup avait été lancé avant qu'on eût pu voir qui s'avançait. Lorsque Ton reconnut le Directeur , un cri d'effroi s'échappa de toutes les bouches. Les révoltés s'empressèrent autour de lui, l'aidèrent à se relever, et lui demandèrent grâce en se reconnaissant vaincus et coupables. Jamais n'apparurent les marques d'un plus sincère repentir; mais il fallait un châtiment exemplaire, après que le devoir avait été si outrageusement méconnu. La classe fut dissoute et le Conseil royal instruit de ce qui s'était passé. Un arrêté déclara quatorze élèves expulsés de Sainte-Barbe et exclus de la fréquentation de Louis-le-Grand \

Cette sédition, la plus triste de toutes, fut aussi la dernière. Une disposition nouvelle, qui fut introduite dans la maison, contribua sans doute à empêcher le retour de ces scènes affligeantes. La superficie du quadrilatère fut partagée en trois cours, de sorte que les élèves, à partir de la sixième, formèrent trois divisions, au lieu de deux. D'autre part, les bons conseils produisirent plus d'effet, lorsqu'ils s'adressèrent à une génération qui n'avait point été remuée par les événements de 1814 et 1815. Enfin l'usurpation du nom de Sainte-Bai be, qui mit à découvert toute l'hos-

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